L'interruption volontaire de grossesse (IVG), un droit acquis en France depuis 1975, est un acte médical permettant à chaque femme enceinte d’avorter si elle le souhaite. Parmi les méthodes disponibles, l'IVG médicamenteuse, souvent désignée par le terme "pilule abortive", suscite de nombreuses interrogations quant à ses risques et effets secondaires. Cet article vise à fournir une information claire et détaillée sur ce sujet, en s'appuyant sur des données médicales et des témoignages.

Qu'est-ce que la pilule abortive ?

Contrairement à une idée reçue, la pilule abortive n'est pas une méthode contraceptive. Il s'agit d'un médicament, le mifépristone (RU 486), destiné à provoquer un avortement. Elle est autorisée en France pour les IVG survenant au premier trimestre de grossesse. La pilule d'urgence, quant à elle, est une contraception prise après un rapport non protégé pour empêcher l'ovulation et donc la conception.

La pilule abortive est un terme générique utilisé pour parler de la contraception. Il s'agit d'un comprimé mais il ne s'agit pas d'un mode de contraception. La substance active de la pilule abortive, la mifépristone, agit comme une antihormone.

Étapes de l'IVG médicamenteuse

L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines d'aménorrhée). Cette méthode peut être proposée par un médecin ou une sage-femme.

Le processus d'IVG médicamenteuse se déroule en plusieurs étapes :

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  1. Consultation initiale : Le professionnel de santé évalue les éventuelles contre-indications et propose la méthode d’IVG adaptée à la situation de la patiente.
  2. Première prise de médicament (mifépristone) : Ce médicament interrompt le développement de la grossesse. La patiente doit être sûre de son choix avant d’avaler ce comprimé. Une fois que vous aurez pris le comprimé de Mifegyne®, vous ne pourrez plus revenir en arrière. Vous devrez obligatoirement prendre ce comprimé à la clinique. Vous n’avez pas le droit de l’emporter avec vous.
  3. Deuxième prise de médicament (misoprostol) : Prise 36h à 48h après la prise du mifépristone. Le misoprostol est un anti-progestérone qui contient de la prostaglandine synthétisée. Ce médicament provoque des contractions de l'utérus, entraînant l'expulsion de la grossesse. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).
  4. Suivi médical : Une consultation de contrôle est programmée 14 à 21 jours suivant l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.

Les médicaments sont remis par le médecin ou la sage-femme lors du recueil du consentement ou délivrés en pharmacie si la patiente a effectué une téléconsultation.

Contre-indications

Le professionnel de santé que vous consultez pour l’IVG évaluera si vous présentez des contre-indications lors de la première consultation pour vous proposer la méthode d’IVG adaptée à votre situation. La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine (situation dans laquelle la grossesse se développe en dehors de l’utérus, par exemple dans une trompe). D’autres situations peuvent contre-indiquer cette méthode :

  • Allergie à l’un des deux médicaments utilisés.
  • Insuffisance rénale chronique.
  • Porphyrie héréditaire.
  • Corticothérapies à long terme.
  • Troubles de la coagulation.
  • Insuffisance surrénale.

Effets Indésirables et Complications Possibles

L'IVG médicamenteuse, bien que sûre, peut entraîner des effets indésirables et, dans de rares cas, des complications. Il est essentiel de les connaître pour réagir adéquatement.

Effets indésirables fréquents

  • Douleurs : Les douleurs lors d’une IVG médicamenteuse sont fréquentes et leur intensité varie d’une femme à l’autre. Elles ressemblent généralement à des douleurs de règles plus intenses que d’habitude et sont provoquées par les contractions utérines qui permettent d’expulser la grossesse. Elles surviennent le plus souvent suite à la prise du second médicament (le misoprostol) mais peuvent aussi parfois survenir dès la prise du premier médicament (la mifépristone). Des antidouleurs sont systématiquement prescrits à l’avance.
  • Saignements : Des saignements, ou métrorragies, souvent plus abondants que des règles accompagnent systématiquement l’expulsion de la grossesse. Ils surviennent le plus souvent dans les 3 à 4h suivant la prise du misoprostol (deuxième médicament). Les saignements peuvent persister jusqu’à 30 jours après la prise du premier médicament. Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.
  • Troubles gastro-intestinaux : Des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) surviennent fréquemment. Si des vomissements surviennent dans les 30 minutes qui suivent la prise du misoprostol, il peut être nécessaire de prendre un nouveau comprimé.

Complications rares

  • Hémorragie : Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie.
  • Infection : Une infection peut survenir si la grossesse n’a pas été totalement expulsée.
  • Douleurs persistantes : Des douleurs peuvent persister malgré la prise de médicaments antidouleurs.
  • Échec de la méthode : La pilule abortive n'est pas efficace à 100% puisqu'il y a 2 à 5% d'échec. Si l'IVG médicamenteuse n'a pas marché, il faut passer par l'aspiration.

Signes d'alerte nécessitant une consultation rapide

Dans les jours suivant l’IVG, il est impératif de contacter rapidement le professionnel de santé en cas de :

  • Fièvre, avec une température supérieure à 38 °C.
  • Pertes très abondantes de sang (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite).
  • Malaise.
  • Très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs.
  • Symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol).
  • Pertes inhabituelles en couleur et odeur.
  • Effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h.

Suivi Post-IVG

Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 14 à 21 jours suivant l’IVG. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.

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Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place. Des complications peuvent parfois survenir jusqu’à un mois après l’IVG si la consultation de contrôle n’a pas été réalisée dans de bonnes conditions ou pas faite du tout.

Disparition des symptômes de grossesse

Les symptômes de grossesse (fatigue persistante, nausées ou sensibilité des seins) disparaissent quelques jours après l’IVG médicamenteuse. Si ces symptômes persistent au-delà de sept jours, consultez le professionnel de santé qui a réalisé l’IVG.

Impact sur la Fertilité et le Bien-être Psychologique

Contrairement à certaines idées reçues, avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité.

Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.

Soutien psychologique

Après une IVG, parler, se sentir écoutée et soutenue peut s'avérer essentiel. N’hésitez pas à vous confier à une personne de confiance ou à en parler avec un professionnel de santé ou un psychologue. Vous pouvez aussi contacter l’antenne du la plus proche de chez vous ou le numéro vert national "IVG, , sexualité" (par téléphone ou via le tchat) afin d’être orientée vers des associations légitimes et adéquates, et/ou vers un psychologue. Vous pouvez également vous rendre dans un centre de santé sexuelle ou un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).

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IVG Médicamenteuse vs IVG Instrumentale : Comparaison

CaractéristiqueIVG MédicamenteuseIVG Instrumentale
DélaiJusqu'à 7 semaines de grossesse (9 SA)Jusqu'à 14 semaines de grossesse (16 SA)
ProfessionnelMédecin ou sage-femmeMédecin, ou sage-femme sous certaines conditions
LieuCabinet, centre de santé sexuelle, centre de santé, établissement de santéÉtablissement de santé, certains centres de santé
MéthodePrise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé ou seule à domicile.Introduction d’une canule souple pour aspirer le contenu de l’utérus.
DouleurPas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique.Anesthésie locale ou générale selon le souhait de la patiente.
Durée TotaleVariable. Évacuation de la grossesse dans les 4h dans environ 60% des cas après la prise du second médicament. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h.Intervention rapide (15-20 minutes). Surveillance de quelques heures après l’intervention.
Consultation Suivi14 à 21 jours après l’IVG.14 à 21 jours après l’IVG.
Taux de Succès95%99,7%
Effets IndésirablesDouleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours.Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours.
TéléconsultationToutes les étapes sont réalisables en téléconsultation.Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation.

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