L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse, communément appelée "pilule abortive", est une méthode d'avortement qui suscite de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne ses effets secondaires à long terme. Il est crucial de bien comprendre cette procédure, son fonctionnement, ses effets immédiats et potentiels à long terme, ainsi que les idées reçues qui l'entourent.

Qu'est-ce que la Pilule Abortive ?

Autorisée en France, la pilule abortive est un médicament, et plus précisément le mifépristone (RU 486), destiné à provoquer un avortement. Il est essentiel de souligner que ce n'est ni une méthode de contraception, ni une contraception d'urgence. Le terme "pilule" peut prêter à confusion avec la pilule contraceptive, mais il s'agit de deux choses distinctes. La pilule abortive est autorisée en France pour les avortements survenant au premier trimestre de grossesse. Elle est vendue sous le nom commercial Myfegyne®, mais son nom scientifique est RU 486. L'acronyme RU fait référence au laboratoire Roussel-Uclaf qui l'a mise sur le marché, tandis que les chiffres 4-8-6 correspondent aux numéros d'ordre de la synthèse de la molécule.

Comment Fonctionne l'IVG Médicamenteuse ?

L'IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu'à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents :

  • Mifépristone (MYFEGINE) : Ce médicament interrompt le développement de la grossesse. La mifépristone agit comme une anti-hormone en bloquant l'action de la progestérone, l'hormone de la grossesse qui favorise l'implantation de l'œuf fécondé et son développement dans l'utérus.
  • Misoprostol (GYMISO) : Ce médicament provoque l'expulsion de la grossesse. Il est déconseillé de prendre le misoprostol par voie vaginale en raison du risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes. En gastroentérologie, le misoprostol a une activité antisécrétoire et cytoprotectrice. En gynécologie, il entraîne des contractions des fibres musculaires lisses du myomètre et un relâchement du col utérin, facilitant ainsi l'ouverture du col et l'expulsion des débris intra-utérins.

La prise de ces médicaments se déroule généralement de la manière suivante :

  1. Un premier rendez-vous avec un médecin ou une sage-femme est nécessaire. Toute femme demandant une IVG doit obtenir un rendez-vous de consultation dans les 5 jours suivant son appel.
  2. La femme prend d'abord la mifépristone, soit au cabinet du médecin, soit à son domicile si elle a effectué une téléconsultation.
  3. 24 à 48 heures plus tard, elle prend le misoprostol, généralement à domicile.

Effets Secondaires Immédiats et Complications Possibles

Les saignements de la patiente lors d'une IVG médicamenteuse peuvent survenir entre 30 minutes et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone. La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu'il est important d'évacuer. Les saignements qui s'ensuivent, plus ou moins importants, peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots. Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d'aménorrhées).

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Il est normal de subir les désagréments suivants pendant les premiers jours ou les premières semaines qui suivent une IVG médicamenteuse :

  • Saignements, contractions, douleurs abdominales ou lombaires.
  • Désagréments hormonaux.
  • Diarrhées ou nausées causées par les antibiotiques (uniquement en cas d'IVG chirurgicale par aspiration ou d'avortement instrumental).
  • Tension mammaire et/ou engorgement (lait).

Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.

Bien que rares, des complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse :

  • Hémorragie : C'est le risque principal. La fréquence des complications de l'IVG à domicile (hémorragies sévères) est comparable à celle des IVG réalisées en milieu hospitalier. En cas d'hémorragie, les femmes ont un numéro d'urgence donné par le médecin lors des rendez-vous.
  • Infection : Elle peut survenir si la grossesse n'a pas été complètement expulsée. Les symptômes d'infection peuvent inclure de la fièvre (à 38°C qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur.
  • Douleurs : Les douleurs abdomino-pelviennes induites par les contractions utérines sont quasiment systématiques. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes. Des anti-douleurs sont prescrits systématiquement par le médecin ou la sage-femme et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol.
  • Effets indésirables : Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné.
  • Échec de l'IVG : La pilule abortive n'est pas efficace à 100%. Il y a 2 à 5% d'échec. En cas d'échec, il faut passer par l'aspiration.

Il est crucial de réaliser une consultation de contrôle 15 à 21 jours suivant l'IVG pour s'assurer de l'absence de complications et de l'efficacité de la méthode. Ce contrôle peut se faire par une échographie ou par une prise de sang de dosage d'hormones de grossesse (Bêta HCG).

Effets Secondaires à Long Terme : Mythes et Réalités

De nombreuses idées reçues circulent concernant les effets à long terme de l'IVG médicamenteuse. Il est important de démêler le vrai du faux :

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  • Infertilité : Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n'entraîne pas de risque d'infertilité, n'a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité. Le risque d'infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l'interruption volontaire de grossesse, mais ce risque n'est pas lié à la réalisation de l'IVG en tant que telle, mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l'utérus lors de l'aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l'IVG est réalisée dans des conditions sécurisées.
  • Troubles psychologiques : Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n'en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l'IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d'en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel. Le vécu d'une IVG est personnel et varie d'une femme à l'autre. C'est souvent le contexte de sa réalisation et l'accompagnement autour de l'IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d'une IVG.
  • Risque de cancer : Selon certains, l’avortement constituerait un risque pour la santé sur le long terme et conduirait notamment à une augmentation du risque de cancer (col de l’utérus, seins). Ceci est faux !

Il est essentiel de noter que les symptômes de grossesse (fatigue persistante, nausées ou sensibilité des seins) disparaissent quelques jours après l'IVG médicamenteuse ou chirurgicale. Si ces symptômes persistent au-delà de sept jours, il est conseillé de consulter le professionnel de santé qui a réalisé l’IVG. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG.

Que Faire Après une IVG Médicamenteuse ?

Après une IVG, il est important de :

  • Surveiller les symptômes : Être attentive à tout signe d'infection, d'hémorragie ou de douleurs persistantes.
  • Assurer un suivi médical : Respecter la consultation de contrôle prévue 15 à 21 jours après l'IVG.
  • Choisir une contraception adaptée : Le choix d’une méthode contraceptive est abordé au cours de la procédure d'IVG. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG. La contraception choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.
  • Rechercher un soutien psychologique si nécessaire : Après une IVG, parler, se sentir écoutée et soutenue peut s'avérer essentiel. N’hésitez pas à vous confier à une personne de confiance ou à en parler avec un professionnel de santé ou un psychologue. Vous pouvez aussi contacter l’antenne du Planning familial la plus proche de chez vous ou le numéro vert national "IVG, sexualité" afin d’être orientée vers des associations légitimes et adéquates, et/ou vers un psychologue.

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