Introduction

L'œuvre de Pablo Picasso est vaste et complexe, explorant une multitude de thèmes et de styles tout au long de sa carrière. Parmi ces thèmes, la maternité occupe une place particulière, témoignant de la sensibilité de l'artiste et de son observation du monde qui l'entoure. Cet article se propose d'analyser en profondeur le thème de la maternité dans l'œuvre de Picasso, en se concentrant notamment sur le tableau "Maternité à la pomme" et en explorant les différentes facettes de ce motif récurrent.

Le Totémisme et l’Inspiration Primitive chez Picasso

Au début du XXe siècle, les artistes sont de plus en plus fascinés par les cultures dites "primitives". Cette fascination se manifeste par un intérêt pour les objets d'art africains, océaniens et amérindiens, ainsi que pour les croyances et les pratiques associées à ces cultures. Picasso, comme d'autres artistes de son époque, est influencé par cette vague primitiviste. Il s'inspire des formes, des motifs et des symboles présents dans l'art primitif pour créer un langage visuel nouveau et expressif. Dans cette perspective, le totémisme, avec sa dimension fusionnelle et sa capacité à convoquer des forces magiques, devient une source d'inspiration importante pour Picasso.

Au sein du nouvel accrochage du Musée, la salle 31 rassemble des œuvres d'artistes surréalistes, nord-américains et sud-américains qui se sont rencontrés dans les années 1940 à New York. Depuis son apparition à la fin du 19e siècle dans le domaine de l'anthropologie, le « totémisme » a suscité des polémiques et des désaccords sur sa capacité à désigner un phénomène précis. Pour Claude Lévi-Strauss, il n'est qu'un symptôme de l'incapacité de la pensée occidentale à percevoir l'autre sans le rapporter à elle-même. Selon l'anthropologue, le totémisme serait une manière de nommer un rapport fusionnel à la nature, à l'opposé du cartésianisme qui dissocie nature et culture. Philippe Descola, anthropologue spécialiste des questions d'animisme et de totémisme, souligne dans son ouvrage Par delà nature et culture, 2005, que « la dimension fusionnelle » du totémisme reste une thématique pertinente pour aborder le « phénomène » car elle est commune à toutes les cultures qui le pratiquent. En art, les pratiques dites primitives inspirent les recherches formelles dès la fin du 19e siècle, notamment avec Gauguin, et sont à l'origine des mouvements d'avant-gardes − le cubisme, l’expressionnisme allemand − qui souhaitent rompre avec l'académisme. Puis, à partir des années 1930, par l’intermédiaire de revues, dont la revue Documents, et sous l'impulsion des surréalistes, les artistes s'intéressent de près au travail des anthropologues et aux cultures dont émanent les objets d'art africains, océaniens et amérindiens qu'ils admirent tant. Si les pionniers − cubistes, expressionnistes − prennent pour modèles les caractéristiques formelles de ces œuvres, les surréalistes et ceux qui les suivent, plus précisément les artistes américains, vont s'interroger sur les croyances « primitives », attirés par le caractère magique des forces qu'elles convoquent.

De part et d’autre de la salle consacrée au totémisme sont présentées, dans des salles adjacentes, des œuvres de Roberto Matta (salle 30) et de Wifredo Lam (salle 32). Athènes et le rationalisme grec avait associé à l’effroi et à la mort la figure du Minotaure, et fait de sa demeure le symbole de la perte des repères et de la raison. Dans sa relecture de l’Antiquité grecque, Nietzsche réinterprète le mythe en réconciliant Ariane, séduite par Dionysos, avec les forces labyrinthiques de l’irrationnel et de l’esprit. Le Minotaure apparaît ici tel un colosse, sorte de totem mythologique. Mais, à y regarder de près, ce colosse n’est pas seulement la fusion d’un animal et d’un homme, sa chair s’entremêle aussi au labyrinthe dans lequel Minos avait enfermé le monstre. Comme si celui-ci devenait une figure de réconciliation de l’irrationnel et de l’esprit. Ayant pratiqué abondamment le dessin automatique, Masson établit dans cette œuvre, de manière manifeste, un rapprochement entre l'enchevêtrement des lignes et la circulation en boucle de l'architecture dédalique. Ami de Michel Leiris et de Georges Bataille, eux-mêmes passionnés d'anthropologie, André Masson s'est référé à plusieurs reprises au mythe du Minotaure, à commencer par le titre de la revue lancée en 1933, avec l'éditeur Tériade. Masson a créé de nombreuses illustrations pour cette publication, dont la couverture (une tête de Minotaure) de son dernier numéro, en 1939. Toutefois, au-delà de la référence grecque, on se rappellera que ce tableau est peint pendant les heures sombres de l'histoire du 20e siècle. De petites dimensions, cette gouache n'en est pas moins représentative de l'activité d'André Masson durant son exil aux États-Unis entre 1941 et 1945. Renouant avec le dessin automatique tel qu'il l'a pratiqué autour de 1925, André Masson s'éloigne ici de la figuration dans une sorte de farandole calligraphique dominée par des couleurs lumineuses, proches du vitrail. Par rapport à ses dernières toiles peintes en Europe, il y semble plus libre, encore plus dans l’expérimentation, n'hésitant pas à tendre vers le décoratif.

Les Premières Maternités : Tendresse et Attachement

Avant même de devenir père, Picasso explore le thème de la maternité dans ses œuvres. Dès ses premiers dessins et peintures en 1897-1898, alors qu'il signe encore P. Ruiz Picasso, l'artiste représente la maternité avec une grande tendresse. Dans ces représentations, les gestes tendres et protecteurs de la mère expriment un profond attachement à l'enfant. La main occupe une place importante, témoignant du rapport charnel entre la mère et l'enfant, comme dans la "Maternité à la pomme". Parfois, l'on ne voit presque pas les yeux de la mère, qui ne sont qu'une ligne, comme si le lien affectif entre la mère et l'enfant était au-delà du regard. C'est en particulier le cas dans "Claude dessinant, Françoise et Paloma". L'image que Pablo Picasso a de la maternité est très tendre.

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"Maternité à la Pomme" : Un Symbole de Nourriture et de Vie

"Maternité à la pomme" est un tableau emblématique de la période initiale de Picasso. Il représente une mère tenant un enfant dans ses bras, tout en lui offrant une pomme. Ce tableau est riche en symboles. La pomme, tout d'abord, est un symbole de nourriture, de fertilité et de vie. Elle représente l'abondance et la générosité de la mère envers son enfant. Le geste de la mère offrant la pomme à son enfant est un geste d'amour et de protection. Il symbolise le don de soi et le désir de nourrir et de faire grandir l'enfant.

L'Influence des Femmes dans la Vie et l'Œuvre de Picasso

Presque toutes les compagnes de Picasso ont été ses modèles, véritables muses de l'artiste. Il avait dans presque toutes ses résidences des ateliers, symbole de cette fusion entre vie intime et artistique. C'est cette symbiose qu'est invité à découvrir le public à travers un parcours en trois sections : Maternité-Jacqueline, Claude-Paloma, la Guerre-la Paix. Les œuvres retracent les grandes périodes de sa production et offrent au public une vue d'ensemble de la carrière du maître espagnol. Des photographies complètent cette exposition. Ici, Picasso se promène sur la plage avec son fils Claude et sa compagne Françoise Gilot. Cette photo a été prise en août 1948.

Picasso et ses Enfants : Une Source d'Inspiration Quotidienne

Si la maternité est présente dans ses premières œuvres, le père de 4 enfants puisera aussi dans son quotidien familial. C'est à l'âge de 40 ans que Picasso a son premier enfant avec Olga Khokhava. 14 ans plus tard nait son second enfant Maria de la Concepcion, plus connue sous le nom de Maya. Claude et Paloma sont ses derniers enfants, nés de l'union avec Françoise Gilot. Pablo Picasso peint aussi les jouets de ses enfants.

Les Différentes Périodes de Picasso et le Thème de la Maternité

L'œuvre de Picasso est souvent divisée en différentes périodes, chacune caractérisée par un style et des thèmes spécifiques. Le thème de la maternité est présent dans plusieurs de ces périodes, mais il est traité de manière différente selon l'évolution artistique de Picasso.

La Période Bleue (1901-1904)

La période bleue est marquée par une palette de couleurs froides et une représentation de la misère et de la souffrance. Les tableaux de cette période sont assez rares sur le marché, leurs prix s’échelonnent de 400 000 à plus de 35 millions d’euros. Bon à savoir : Les deux éléments qui définissent cette période, le misérabilisme et la teinte chromatique bleue, se développent avant l’arrivée de Picasso à Paris. La couleur bleue, liée au symbolisme, était déjà bien présente en Europe, notamment en Espagne. La couleur bleue décrit pour Picasso ses sentiments de douleur et de tristesse.

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La Période Rose (1904-1906)

La période rose fait suite à la période bleue, elle se déroule entre 1904 et 1906. Elle témoigne de la douceur retrouvée, même s’il subsiste un voile de tristesse, bien que tendre. Cette période illustre aussi la pauvreté et le divertissement. On y retrouve souvent des arlequins, des jongleurs, des funambules ainsi que des mendiants et des aveugles. Les tableaux de cette période sont rares sur le marché de l’art. Leurs prix démarrent autour de 300 000 euros et s’échelonnent progressivement jusqu’à 8 millions d’euros.

Le Cubisme (1907-1917)

Picasso initie le mouvement cubiste en 1907. L’origine de ce mouvement est également associée à son ami Georges Braque. La période cubiste de Picasso se caractérise en bonne partie par la géométrisation des objets : tasse, pipe, instruments de musique, etc. L’espace pictural semble aplati, lissé. Pablo Picasso utilise souvent les objets de son atelier pour peindre ses natures mortes. Les éléments choisis sont modifiés dans leurs proportions et dans leur apparence, mais restent néanmoins identifiables. Picasso tient là aussi à garder un certain équilibre entre l’abstraction et le naturalisme. Il souhaite conserver une relation avec le réel tout en s’en libérant au profit de sa création artistique. Bon à savoir : Les Demoiselles d’Avignon, œuvre créée en 1907, illustre bien la volonté de Picasso de dissocier chaque élément de son tableau. L’esthétique de chaque protagoniste répond à des normes différentes, parfois opposées.

La Période Post-Cubiste (1918-1936)

Les prix des tableaux de Picasso réalisés durant sa période post-cubiste s’échelonnent de 200 000 à plus de 50 millions d’euros. Cette période, que l’on situe entre 1918 et 1936, se caractérise par un retour au classicisme et la volonté de Picasso de prendre des distances avec sa recherche analytique où chaque sujet était presque disséqué. Elle s’inscrit complétement avec son nouveau train de vie, plus confortable financièrement et au climat plus tranquille. Malgré un certain renoncement à la provocation, il entretient son intérêt à déformer ses sujets dans sa volonté de les pénétrer au-delà des apparences.

La Période de la Guerre (1937-1945)

Les prix de vente des tableaux de Picasso conçus entre 1937 et 1945 se distribuent entre 150 000 et 50 millions d’euros. L’expérience de la guerre conduit Picasso à saisir des thèmes qui le font s’ouvrir vers le monde extérieur et à prendre des positions politiques. Le tableau Guernica, peint pendant la guerre d’Espagne en 1937, dénonce le bombardement de la ville éponyme. Bon à savoir : Durant sa période cubiste, Picasso déformait ses sujets pour en analyser l’essence, ce qu’il pousse plus loin pendant la guerre en redoublant cette décomposition. La forme doit maintenant engendrer le motif de destruction.

La Période d'Après-Guerre (1946-1973)

Les tableaux de Pablo Picasso peint après-guerre et jusqu’à sa mort en 1973 se vendent de 300 000 euros, prix de départ d’une nature morte, à plus de 25 millions d’euros. Cette dernière période est marquée par le caractère graphique des œuvres ainsi que par l’accentuation des traits. Picasso souhaite se rapprocher des dessins d’enfants, à une représentation expressive des sujets qu’il traite.

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