Mathieu Belezi, un écrivain obsédé par l'Algérie, sa colonisation et sa guerre, explore cette obsession dans son roman "Attaquer la terre et le soleil" à travers un débordement sensoriel impressionnant. Ce roman, qui a marqué la rentrée littéraire de nombreux lecteurs, plonge au cœur de la colonisation algérienne au XIXe siècle, offrant une vision à la fois troublante et poétique de cette période sombre de l'histoire.

Un Récit de Violence et de Désespoir

"Attaquer la terre et le soleil" est un roman court, mais gorgé de tristesse, de désespoir et de haine, engendrés par la colonisation en terre d'Algérie. De part et d'autre, pour les colons comme pour les soldats et bien évidemment encore plus pour les peuples autochtones, quel carnage et quelle absurdité ont été engendrés suite aux volontés expansionnistes et colonisatrices de cette France du XIXe siècle, suffisante et peut-être même déjà moribonde. Le roman dépeint admirablement l’enclenchement du cycle de la vengeance et le point de non-retour.

L'alternance de points de vue, entre une femme colon et un soldat, met en lumière la folie des hommes à travers deux prismes. On y découvre les colons misérables et harcelés par le sort, et les soldats français, barbares et sanguinaires. Une phrase, qui revient à plusieurs reprises dans le roman, peut résumer le tout : « Non, nous ne sommes pas des anges ».

Une Exploration des Ténèbres Oubliées de l'Histoire

Dans une langue piégée entre poésie et cruauté, Mathieu Belezi explore les ténèbres oubliés de l'Histoire et de l'âme humaine. Il donne la parole aux sans-grades de la conquête, une femme colon et un soldat, pour déconstruire les mensonges originels de la colonisation. Le roman prend les accents successifs d’une épopée mort-née, d’un conte cruel, d’une tragédie sans grandeur.

Belezi fait sa langue hostile et belle, comme le pays d'Algérie, pour dire l'ensorcellement des soldats en conquête, affolés par leurs outrages, et pour dire le rêve affamé des premiers colons, l'éreintement par les fièvres, par la peine et par l'autre redouté.

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Un Style Incandescent et une Narration Puissante

Le style de Belezi est incandescent, et la narration d’une rare puissance apporte un souffle épique à ce court récit qui se lit quasiment sans reprendre son souffle et laisse sans voix. La langue, littéraire, scandée, rythmée, vise à mettre en lumière les mécanismes d’instrumentalisation des anonymes, leur assujettissement à une idéologie.

C’est un texte quasiment sans ponctuation, qui est scandé comme un cri. Une très belle et très puissante mélopée. En un bref roman, l'écrivain bouleverse et brise une voix hantée.

Parallèles avec la Littérature Américaine et l'Histoire

Ce qui est particulièrement intéressant et inattendu, c'est de mobiliser tout spontanément le background des lectures de l'histoire américaine à notre propre histoire au Maghreb. Les Américains ont une littérature du Sud. "Attaquer la terre et le soleil", qui porte la marque de Faulkner, rappelle qu’en France aussi nous aurions pu en avoir une. On pense à "Méridien de sang" de Cormac McCarthy, encore l'Amérique.

Mathieu Belezi aura marqué une rentrée de septembre, une lecture qui à certains égards rappelle "Congo" de Vuillard comme un pur moment de violence oublié, pourtant au commencement même de notre modernité. Ce moment où après avoir renoncé à l'esclavage l'Occident devient empire colonial, remplaçant la traite négrière par le travail forcé, assujettissant massacrant dans le bruit et la fureur.

Un Devoir de Mémoire Nécessaire

"Attaquer la terre et le soleil" est un devoir de mémoire important. C’est un livre que tout le monde devrait avoir lu avant de commenter « les évènements d’Algérie ». Le roman de Mathieu Belezi a beaucoup plu, car il tranche par son style incisif, un langage parfois trivial, un rythme oscillant entre langueur et célérité pour dénoncer la folie et la barbarie de ces hommes.

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