Historiquement une économie agraire, le Bangladesh a amorcé une transformation industrielle significative à partir des années 1990, portée par le secteur du prêt-à-porter. Ce secteur, employant environ cinq millions de personnes faiblement rémunérées, représente aujourd'hui près de 90 % des exportations du pays, soit environ 40 milliards de dollars. Bien que reposant sur une économie peu diversifiée, ce modèle a permis au Bangladesh de maintenir un taux de croissance annuel moyen supérieur à 6 % au cours des cinq dernières années, de diviser par deux son taux de pauvreté et de quadrupler son PIB par habitant en moins de deux décennies, atteignant environ 2 700 USD en 2025, un niveau comparable à celui de son voisin indien (2 900 USD). En 2021, année de son cinquantenaire, le Bangladesh a été confirmé par le PNUD comme étant sorti de la catégorie des Pays les Moins Avancés (PMA), une transition qui sera formalisée en novembre 2026 après une période d'ajustement prolongée en raison de la pandémie de COVID-19.
Les Enjeux de la Sortie des PMA
La sortie du statut de PMA représente un tournant crucial pour le Bangladesh, mais elle l'expose également à des défis considérables. La perte de l'accès préférentiel à de nombreux marchés, notamment le marché européen via le régime "Tout sauf les armes", qui absorbe près de 50 % de ses exportations textiles, constitue un obstacle majeur. Bien que le Bangladesh bénéficie d'une période de transition de trois ans, la réimposition progressive de droits de douane pourrait entraîner une baisse potentielle de 14 % de ses exportations, selon l'OMC.
Impact de la Crise Ukrainienne et des Déséquilibres Extérieurs
Après avoir relativement bien résisté à la crise du COVID-19, l'économie bangladaise a été fortement affectée par les répercussions du conflit en Ukraine, exacerbant les tensions sur ses équilibres extérieurs, alimentant l'inflation et réduisant ses réserves de change. L'importance du déficit commercial (15 milliards USD en 2024), un faible niveau d'Investissements Directs Étrangers (IDE) (3,2 milliards USD nets) et des transferts de fonds des expatriés décevants (22 milliards USD) ont contribué à la pression sur la monnaie et les réserves de change, qui ont chuté de 46 à 19 milliards USD entre 2021 et 2024, soit de 5,8 à 2,3 mois d'importations. Cette pression a entraîné une forte dévaluation du taka par rapport au dollar, passant de 83 Tk/USD en 2021 à 120 Tk/USD aujourd'hui.
Bien que la situation ait été exacerbée par le contexte international, le déficit commercial bangladais est structurellement déficitaire, oscillant entre 4 et 6 % du PIB. Les entreprises bangladaises sont performantes à l'exportation, mais leurs exportations restent peu diversifiées, avec 85 % de prêt-à-porter, et les cinq principaux pays clients de ce secteur représentent 60 % des achats.
L'Inflation et la Pauvreté
L'inflation, historiquement maintenue sous la barre des 6 %, s'est durablement établie autour de 9 % depuis septembre 2022, en raison de la hausse des prix des matières énergétiques. De plus, la faible croissance, combinée à la baisse de l'emploi total (4 % des travailleurs ont perdu leur emploi entre juillet et décembre 2024) et à une inflation de près de 10 % depuis plus de deux ans et demi, a replongé une partie de la population dans la pauvreté.
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Les Difficultés du Secteur Bancaire
Le secteur bancaire bangladais est confronté à des difficultés majeures, conséquences d'une mauvaise gouvernance sous le gouvernement Hasina, exploitée par l'élite politique et économique. La restructuration du secteur bancaire est donc un enjeu crucial pour les années à venir, d'autant plus que le taux de prêts non performants est estimé à environ 35 % par la Bangladesh Bank.
Bien que la Banque centrale ait entrepris plusieurs réformes pour endiguer la dégradation de la stabilité financière, la situation de certaines banques demeure alarmante. Dans le cadre de la nouvelle Bank Resolution Ordinance 2025, qui renforce ses pouvoirs en matière de restructuration des institutions financières en difficulté, la Bangladesh Bank envisage notamment de fusionner cinq banques islamiques en crise (Social Islami Bank, Global Islami Bank, First Security Islami Bank, Union Bank et EXIM Bank) dans un plan de stabilisation du secteur bancaire.
L'Impact de la Pandémie de COVID-19 sur les PMA
La crise du COVID-19 a durement frappé les Pays les Moins Avancés (PMA), avec 32 millions de personnes retombées dans l'extrême pauvreté, effaçant des années de progrès. Selon la Cnuced, c'est la première fois en vingt ans que le taux de pauvreté remonte dans ces pays.
Bien que l'impact sanitaire ait été limité par rapport aux pays développés, avec un bilan de 17 morts par million d'habitants contre 536 dans les pays développés, les PMA ont subi de plein fouet les conséquences économiques. Le PIB par habitant des PMA a chuté de 2,6 % en 2020, marquant la pire année des trente dernières années.
Certains pays ont su s'adapter, comme le Bangladesh qui a converti ses usines textiles pour produire des masques et des vêtements de protection. Cependant, tous n'ont pas eu cette capacité d'adaptation, et l'ONU a lancé un appel humanitaire record de 35 milliards de dollars pour 2021.
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Les Politiques Audacieuses Nécessaires
Pour éviter de telles catastrophes à l'avenir, il est impératif de mettre en place des politiques audacieuses visant à renforcer les capacités productives des PMA. Au-delà de l'aide d'urgence, des stratégies à moyen terme sont nécessaires, avec des aides ciblées dans les secteurs à fort potentiel de développement et une plus grande intégration des filières au niveau national ou régional, comme le prévoit la zone de libre-échange en Afrique (ZLECA).
Les PMA d'Asie, tels que le Bangladesh, le Myanmar, le Cambodge, le Laos et le Népal, ont pris la direction de l'intégration aux chaînes de valeur plus tôt que la plupart des PMA d'Afrique. En vingt ans (2001-2020), la part de l'industrie de transformation dans le PIB est passée de 12 % à 19 % pour les PMA d'Asie.
Les Aides Publiques aux Entreprises en France et l'ODD 8
En France, la question des aides publiques aux entreprises est un sujet sensible, avec des montants estimés à 270 milliards d'euros par an. Selon une enquête, la crise du COVID-19 a été une aubaine pour les entreprises, avec des injections massives de liquidités par la BCE et le recours au chômage partiel.
Les conditions d'indemnisation de l'Assurance-chômage ont été durcies pour payer la dette Covid, tandis que certaines entreprises ont continué à distribuer des dividendes à leurs actionnaires. Le montant total des aides publiques aux entreprises n'est pas communiqué par les services de l'Etat, mais les calculs des journalistes révèlent des chiffres considérables.
L'Etat accorde des dizaines de milliards d'euros d'exonérations de cotisations patronales, et les pratiques d'optimisation fiscale se banalisent, entraînant un manque à gagner conséquent pour l'Etat.
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L'Objectif de Développement Durable (ODD) 8, qui vise à promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous, est l'un des objectifs les plus cités par les entreprises. Pour y contribuer, elles doivent garantir un emploi décent à leurs collaborateurs sur toute la chaîne d'approvisionnement, éviter le recours au travail forcé ou au travail des enfants, offrir des salaires justes et assurer la sécurité au travail.
L'ODD 8 implique également de garantir la liberté d'association des travailleurs, de promouvoir le dialogue social et l'inclusivité, et d'investir dans des entreprises et associations favorisant l'inclusion, les petits commerces et les exploitations agricoles.
Les Défis de l'Aide Publique au Développement (APD)
L'aide publique au développement (APD) est confrontée à des défis majeurs, avec une baisse prévue de 9 % à 17 % en 2025, qui viendrait s’ajouter à la diminution de 9 % observée en 2024. Les perspectives au-delà de 2025 restent incertaines, et l'APD devrait retomber aux niveaux de 2020.
Les pays les moins avancés (PMA) devraient subir une diminution comprise entre 13 % et 25 % de l'APD bilatérale nette fournie par les pays du CAD en 2025, tandis que les pays d'Afrique subsaharienne pourraient connaître une baisse comprise entre 16 % et 28 %.
Dans le domaine de la santé, l’APD bilatérale devrait afficher une baisse pouvant aller de 19 % à 33 % en 2025 par rapport à 2023, poursuivant ainsi la tendance à la baisse qui a fait suite aux niveaux élevés liés au soutien apporté face au COVID‑19.
Ces baisses pourraient entrainer une seconde vague de diminutions des apports aux pays les plus pauvres et aux services essentiels. Une action coordonnée s’impose pour éviter de léser profondément les pays et les populations dont les besoins sont les plus grands.
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