L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un enjeu de santé publique majeur en France, suscitant régulièrement des débats éthiques et sociétaux. Cet article vise à analyser les chiffres clés de l'IVG en France, en mettant en lumière les tendances récentes, les disparités territoriales et les enjeux liés aux différentes méthodes utilisées : médicamenteuse et instrumentale.

Évolution du Nombre d'IVG en France

En 2024, 251 270 IVG ont été réalisées en France, confirmant la hausse des dernières années. Après deux années de stabilité, ce nombre a augmenté (232 000 contre 216 000 en 2021). En 2022, le ratio était de 1 IVG pour 3 naissances contre 1 pour 4 en 2017. Le nombre d’IVG a augmenté après deux années où il avait été plus faible (215 000 en 2020 et 216 000 en 2021).

Alors que la diminution de 2020 et 2021 par rapport à 2019 (224 000) semblait s’expliquer par une baisse des conceptions liées à la crise sanitaire du Covid-19, observée également dans la baisse des naissances, la hausse prononcée observée en 2022 survient alors que la natalité continue de diminuer. Après deux années de crise sanitaire ayant entraîné une baisse des conceptions (notamment pendant le premier confinement), la dégradation du contexte socioéconomique était toujours marquée en 2022.

Cette situation explique certainement en partie l’augmentation des IVG dans les tranches d’âges où la fécondité est la plus élevée : l’avortement a pu être davantage mobilisé dans une période possiblement jugée peu propice à la décision d’accueillir un enfant. L’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 explique également, bien que dans une bien moindre mesure, cette augmentation.

Caractéristiques des Femmes Recourant à l'IVG

Les IVG sont concentrées aux âges compris entre 20 et 34 ans, et le taux de recours le plus élevé se situe entre 25 et 29 ans. L’augmentation des IVG est observée dans les tranches d’âges pour lesquelles la fécondité est la plus importante. Entre 2019 et 2022, le taux a augmenté pour les femmes âgées de 25-49 ans alors qu’il a diminué pour les 15-19 ans. En d’autres termes, le recours à l’IVG a augmenté principalement aux âges d’entrée dans la maternité et au-delà. C’est dans le groupe d’âge des 20 à 29 ans que les IVG restent les plus fréquentes : le taux de recours s’élève à 26,9 ‰ en 2022 parmi les jeunes femmes âgées de 20-24 ans (+ 2,6 points par rapport à 2021) et atteint 28,6 ‰ pour celles âgées de 25-29 ans (+2,2 points).

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En 2020, une première analyse sociodémographique de la Drees a montré que les taux de recours à l’IVG étaient plus importants parmi les femmes aux niveaux de vie les plus faibles. Dans un contexte économique difficile peut on se satisfaire que l’avortement soit un marqueur d’inégalité sociale ? Il serait également intéressant de s’interroger sur les violences : à l’heure où la lutte contre les violences faites aux femmes est un enjeu majeur, la question des violences dans les parcours d’ivg reste un impensé. Des études récentes montrent des liens entre les violences conjugales et les interruptions volontaires de grossesse à répétition. En France, le lien entre IVG et violences demeure cependant peu exploré : très peu de médecins posent systématiquement la question des violences aux femmes réalisant une IVG [Pelizzari Mélanie et al., « Interruptions volontaires de grossesse et violences : étude qualitative auprès de médecins généralistes d’Île-de-France », Cliniques méditerranéennes, 2013/2 n° 88, p. 69-78].

Répartition Géographique et Évolution des Méthodes d'IVG

En 2022, les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines ainsi que dans les DROM, à l’exception de la Guadeloupe. Les disparités territoriales sont marquées puisque les taux de recours varient du simple au double selon les régions. En France métropolitaine, ils varient de 11,6 ‰ en Pays de la Loire à 22,6 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La méthode médicamenteuse domine largement : elle représente 80 % des IVG, contre 68 % en 2019 et 31 % en 2000. C’est l’activité en ville (cabinets libéraux, centres de santé, centres de santé sexuelle), qui assure désormais 45 % des IVG (112 310 en 2024), soit +11,7 % en un an et +47 % depuis 2021. Jusqu’en 2005, toutes les IVG étaient réalisées dans des établissements de santé, qui regroupent les établissements d’hospitalisation quel que soit leur statut (public, privé à but lucratif, privé d’intérêt collectif). À partir de 2005, les IVG médicamenteuses ont été autorisées en ville, puis en centre de santé et centre de santé sexuelle. Depuis 2020, la part des IVG réalisées hors des établissements de santé progresse, atteignant 38 % en 2022. La méthode médicamenteuse est la plus utilisée, y compris en établissement de santé.

En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville par méthode médicamenteuse, 40 % à l’hôpital par méthode médicamenteuse et 22 % par méthode chirurgicale (figure 2). En 2022 toujours, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, proportion également en hausse, dans le prolongement de la tendance observée depuis qu’elles disposent du droit de pratiquer des IVG en ville, mis en place en 2016 - ce qui contribue à l’augmentation globale de la part d’IVG médicamenteuses. Seules 6 % des IVG sont pratiquées dans un hôpital privé, ce qui témoigne également de la tendance de long terme au recul de la prise en charge des IVG par ces établissements. A l’inverse, 58 % des IVG sont réalisées dans un hôpital public et cette proportion monte à 76 % pour les 15-18 ans. Enfin, la part d’IVG chirurgicales est plus élevée chez les jeunes (29 % pour les 15-19 ans contre 15 % pour les 45-49 ans), à une durée moyenne de grossesse plus élevée (figures 2 et 3).

IVG Médicamenteuse : Détails et Modalités

Lieux de Pratique :

Lieux : en hôpital, en clinique, dans un cabinet de ville, en centre de santé sexuelle ou en centre de santé.Lieu : à domicile.

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Délais :

Délais : jusqu’à la fin de la 7e semaine de grossesse.

Attentes et Profil :

Mes attentes et mon profil : je ne veux pas d’intervention chirurgicale mais je souhaite être accompagnée par des professionnels.Mes attentes et mon profil : je préfère être chez moi, accompagnée d’un proche. Mon logement est adapté et proche d’un établissement de santé.

Discrétion :

Pour toutes les IVG, quelle que soit la méthode : La prise en charge de l’interruption volontaire de grossesse est légalement protégée par le secret afin de pouvoir préserver, si je le souhaite, mon anonymat. L’anonymat doit être proposé à toutes les femmes (majeures, mineures, femmes bénéficiaires de l’aide médicale de l’État, …). La prise en charge à 100% par l’Assurance maladie, la pratique du tiers payant obligatoire et l’absence de décompte envoyé à l’assurée garantissent l’anonymat.

Taux de Réussite :

Taux de réussite : 95% pour l’IVG médicamenteuse, mais les deux méthodes sont très fiables.

IVG Instrumentale : Détails et Modalités

Lieux de Pratique :

Lieux : en établissement de santé ou en centre de santé.

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Délais :

Délais : jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse.

Attentes et Profil :

Mes attentes et mon profil : j’ai besoin d’être accompagnée par des professionnels. Je préfère que l’intervention se déroule rapidement et en une seule fois.

Discrétion :

Pour toutes les IVG, quelle que soit la méthode : La prise en charge de l’interruption volontaire de grossesse est légalement protégée par le secret afin de pouvoir préserver, si je le souhaite, mon anonymat. L’anonymat doit être proposé à toutes les femmes (majeures, mineures, femmes bénéficiaires de l’aide médicale de l’État, …). La prise en charge à 100% par l’Assurance maladie, la pratique du tiers payant obligatoire et l’absence de décompte envoyé à l’assurée garantissent l’anonymat.

Taux de Réussite :

Taux de réussite : 99,7% pour l’IVG instrumentale, mais les deux méthodes sont très fiables.

Accès à l'IVG et Rôle des Professionnels de Santé

La diversification des lieux et des professionnels permet une plus grande souplesse dans la prise en charge. Elle n’est cependant pas égale sur le territoire, ni selon l’âge des personnes ayant besoin de recourir à une IVG, notamment pour les plus jeunes. L’accès à l’information et à des structures de soins de proximité est essentiel pour assurer une prise en charge correspondant au choix de la méthode, au moment souhaité.

En 2024, chaque région doit disposer d’un annuaire actualisé des structures et des professionnels contribuant l’offre d’IVG et volontaires pour y figurer, facilement accessible et mieux diffusé. En soutenant l’activité d’IVG des centres de santé ainsi qu’en ouvrant aux sages-femmes, à terme, la possibilité d’y réaliser des IVG instrumentales.

L’allongement des délais légaux de recours à l’IVG, la formation des sages-femmes à l’IVG instrumentale et la suppression de la clause de conscience spécifique sont des avancées nécessaires pour améliorer l’accès à l’IVG ainsi que l’autonomie et la liberté des femmes.

Discours et Controverses Autour de l'IVG

Alors que la proposition de loi pour améliorer l’accès à l’IVG est en attente d’être examinée par le Sénat, de nombreuses prises de paroles d’institutions se disant « représentantes » du corps médical : CNGOF (Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français), CNOM (Conseil National de l’Ordre des Médecins), Académie de Médecine, ont été médiatisées. L’association de professionnel·les de santé Pour une MEUF (Pour une Médecine Engagée Unie Féministe) se révolte devant ces discours. Plusieurs d’entre nous pratiquent l’IVG dans leur exercice quotidien et ne peuvent se taire face à l’utilisation d’arguments d’autorité erronés et fallacieux.

Lorsqu’on parle d’allongement des délais légaux d’IVG, les détracteurs opposent d’emblée les aspects techniques en évoquant notamment la technique instrumentale (par aspiration). Or, cet argument ne peut résumer le sujet. Par ailleurs, en France, la méthode médicamenteuse est déjà utilisée dans le cadre légal de l’interruption médicale de grossesse (IMG), sans limite de terme. Dans les pays voisins, la législation permet aux femmes ayant recours à une IVG au-delà de 14 SA d’avoir le choix de la technique : médicamenteuse ou instrumentale, tout comme le CNGOF le recommandait d’ailleurs en 20061.

Une fois que la discussion s’est focalisée sur la technique instrumentale, les détracteurs exposent un soi-disant trop grand nombre de complications, physiques et psychologiques, sans les chiffrer ni donner de références scientifiques. Ils et elles profitent de cette occasion pour utiliser une rhétorique crue et choquante, ne correspondant pas forcément à du vocabulaire professionnel. Les complications de l’IVG existent comme dans toute pratique médicale mais elles sont rares. En ce sens, il est intéressant de remettre certains chiffres précis en perspective. Pour exemple, le risque d’hémorragie après un accouchement à terme est de 5 à 10 %3 alors qu’il est de 0,2 % après une IVG réalisée au cours du 1er trimestre4. Comparer les risques de complications des IVG avant et après 14 SA est hors de propos et invisibilise le réel problème. La décision d’une personne d’interrompre une grossesse ne se fait pas au regard des complications.

Accès à l'IVG à l'Étranger et Enjeux de Société

En effet, une étude européenne coordonnée par Sylvia De Zordo, a montré que la moitié des femmes françaises avortant à l’étranger avaient découvert leur grossesse après 14 SA6. Le nombre de femmes avortant à l’étranger a bien diminué : alors qu’il était estimé entre 3000 et 5000 en 2001, le rapport préliminaire à la proposition de loi estimait ce chiffre autour 2000 à 3000 femmes par an actuellement8.

Dans les pays permettant l’IVG au-delà de 14 SA, il a été démontré que la part des IVG diminue avec l’avancée du terme. Pour exemple, au Canada (où il n’y a théoriquement pas de délai maximum pour un avortement), 92 à 95 % des interruptions de grossesse ont lieu avant 12 SA. En Espagne en 2018, 23,68 % des IVG ont été réalisées entre 9 et 14 SA, 5,66 % de 15 à 22 SA et 0,15 % au-delà de 23 SA. Il est honteux et hypocrite de se décharger sur les pays voisins pour résoudre les situations souvent complexes des demandes d’IVG après 14 SA. De plus, seules certaines personnes peuvent accéder à ce parcours à l’étranger : celles qui connaissent cette possibilité, ont le temps d’effectuer le voyage, la sécurité administrative pour franchir les frontières et les moyens financiers nécessaires.

Il y aura probablement des praticien·nes qui ne voudront pas pratiquer d‘aspirations entre 14 et 16 SA, de la même manière que certain·es les refusent encore aujourd’hui entre 12 et 14 SA. Rappelons que l’IVG instrumentale est un geste simple et sûr (aucune complication dans 99% des cas selon la HAS (Haute Autorité de Santé) 4. Après une formation adéquate, il n’est pas nécessaire d’être chirurgien·ne pour pratiquer une IVG instrumentale. Les sages-femmes sont formées aux gestes techniques dans leur formation initiale (pose de dispositif intra-utérin, épisiotomie, etc). La procédure d’IMG (Interruption Médicale de Grossesse) pour cause maternelle psycho-sociale est plus longue, plus complexe et nécessite l’accord d’une équipe médicale (gynécologue et souvent psychiatre). Dans de nombreux services, l’accord pour une IMG est conditionné par la présence d’une pathologie psychiatrique grave, ce qui contraint les femmes à apporter la preuve de leur détresse. Selon les articles R4127-4714 et R4127-32815 du Code de la Santé Publique, « hors le cas d’urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d’humanité », tout médecin ou sage-femme « a le droit de refuser des soins pour des raisons professionnelles ou personnelles ».

Le discours en opposition à la proposition de loi est fallacieux. Il se base sur des arguments médicaux manipulés, désuets et inlassablement répétés à chaque opportunité de remettre le droit à l’IVG en cause.

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