L'article explore deux thèmes apparemment distincts, mais liés par le fil conducteur de la manipulation et de l'influence : l'endoctrinement des jeunes esprits en Iran et la commercialisation de la diversité culturelle à travers la "world music". D'une part, nous examinons comment un système éducatif peut être utilisé pour façonner les mentalités et imposer une vision du monde particulière. D'autre part, nous analysons comment l'industrie musicale mondialisée peut à la fois célébrer et exploiter les différences culturelles à des fins commerciales.

L'Empoisonnement Mental des Écoliers Iraniens

De janvier à mars 2023, les collégiennes iraniennes ont été victimes d'empoisonnements collectifs dans leurs écoles. Cependant, cet empoisonnement physique n'est que la partie visible d'un problème plus profond. Depuis plus de quarante ans, les élèves iraniens sont soumis à une forme d'empoisonnement mental insidieuse.

L'Endoctrinement Religieux Dès le Plus Jeune Âge

Dès l'école primaire, l'enseignement du Coran prend une place disproportionnée par rapport aux matières fondamentales comme les mathématiques, l'histoire et la littérature. Les enfants sont contraints de respecter les préceptes religieux sous peine de culpabilisation.

Le mythe de l'enfer est présenté comme une réalité tangible, avec des descriptions terrifiantes de tourments éternels infligés aux pécheurs. Ces images choquent les jeunes écoliers, dont certains préfèrent mourir jeunes pour s'assurer une place au paradis. L'objectif ultime de cet enseignement est de former des soldats prêts à sacrifier leur vie pour défendre la République islamique.

La Culture de la Haine et la Dévalorisation des Femmes

L'éducation est imprégnée d'une haine virulente envers l'Occident, considéré comme un ennemi des musulmans du monde, avec les États-Unis et Israël en première ligne. Qasem Soleimani, chef de l'armée des Pasdaran, est érigé en héros national, malgré sa reconnaissance en tant que terroriste par l'Union Européenne.

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Les manuels scolaires destinés aux filles véhiculent un message insidieux : elles sont différentes de leurs frères et ne doivent pas chercher à se comparer à eux. Les dessins représentant des jeunes filles au balai se multiplient, les incitant à se préparer au mariage en aidant aux tâches ménagères. La mission la plus noble d'une femme est présentée comme le service de l'homme et l'éducation de ses enfants, dès que la nature le permet. Le but est de former des femmes obéissantes et passives.

L'Accès à l'Université : Un Trompe-l'œil

Certains observateurs soulignent que la République islamique a facilité l'accès des femmes à l'université, où elles représentent plus de 53% des étudiants. Cependant, ils omettent de mentionner qu'avant l'avènement de la République islamique, les femmes pouvaient accéder à des postes ministériels. Aujourd'hui, le taux de participation des femmes au marché du travail est de seulement 13%, contre 69% pour les hommes.

Les manuels scolaires insistent sur le fait qu'il y aura toujours du temps pour les études, mais que le temps pour avoir des enfants est limité pour une femme. Selon les chiffres officiels, du 1er mars au 1er septembre 2023, 791 enfants sont nés de mères âgées de 10 à 12 ans.

La Banalisation de la Violence

La situation est encore plus préoccupante dans les livres extrascolaires destinés aux enfants de 0 à 6 ans. La violence est banalisée à travers des bandes dessinées montrant des exécutions publiques : des souris qui pendent un chat méchant sur la place publique, un bourreau avec un glaive sanglant prêt à décapiter un vieillard, un adolescent pendu.

Plusieurs familles ont protesté contre cette mise en scène de la violence, mais en vain. La répression sous la République islamique n'est pas improvisée ; elle est d'abord justifiée, puis banalisée. La force des ayatollahs réside dans leur capacité à mettre en place un système cohérent pour rendre acceptable l'exercice de la violence dans la société.

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La justification de la violence, la banalisation du mariage des enfants et l'enfermement des filles dans le rôle de mère nourricière, prônés par les manuels scolaires, initient la mentalité des plus jeunes et les habituent à se soumettre. Plus une pratique sociale paraît banale, plus elle est facilement acceptée.

La Mondialisation Musicale : Entre Diversité et Commercialisation

La mondialisation a renforcé le lien entre la musique et les identités sociales. Les flux transnationaux de technologie, de médias et de culture populaire accélèrent la séparation culturelle et l'échange social. Notre époque est dominée par la virtualité sonore. La technologie rend tous les univers musicaux mobiles et audibles dans le monde entier, ce qui paraît de plus en plus banal.

L'Industrie Phonographique : Acteur Clé de la Mondialisation Musicale

En un siècle, les technologies d'enregistrement ont amplifié l'échange des sons au point de bouleverser les récits liés aux voyages, aux migrations, aux contacts, à la colonisation, à la diaspora et à la dispersion. La forme de l'enregistrement, telle qu'elle circule dans le commerce, définit l'authenticité de la mondialisation de la musique. L'industrie phonographique, jouant à la fois le rôle du bon et du méchant, a triomphé grâce à des confluences et des consolidations verticales et horizontales.

La mondialisation musicale est à la fois éprouvée et narrée comme sujet de réjouissance et objet de litige, car elle témoigne autant d'une augmentation que d'une diminution de la diversité culturelle.

L'Émergence et l'Évolution de la "World Music"

Introduite par des universitaires au début des années 1960 pour promouvoir l'étude de la diversité musicale, l'expression "world music" avait des connotations bienveillantes et porteuses d'espoir. Elle était conviviale et moins académique que le terme "ethnomusicologie", en vigueur dans les années 1950 pour désigner l'étude des musiques non occidentales et des minorités ethniques.

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Comme l'ethnomusicologie, la "world music" se donnait pour tâche d'inverser la tendance dominante des institutions qui tenaient pour acquise la synonymie entre "musique" et "musique classique occidentale". Cependant, le dualisme terminologique entre "world music" et "musique" a contribué à reproduire la division entre la musicologie (étude historique et analytique de la musique classique occidentale) et l'ethnomusicologie (étude contextuelle et culturelle des musiques non européennes ou du folklore européen).

Ce schisme reproduisait le partage des disciplines universitaires, où les suffixes en "-ologies" signalent des études sur des sujets occidentaux "nobles", tandis que le préfixe "ethno-" porte sur ce que l'Occident qualifie d'"autres" ethniques.

La Commercialisation de la "World Music"

En dehors des institutions universitaires, dans le monde du commerce, la "world music" aurait pu être nommée "musique du Tiers-Monde". Bien que la musique destinée à la vente ait été produite partout dans le monde depuis le début du XXe siècle, le développement d'une industrie phonographique à visées purement mercantiles ne s'est manifesté que plus tard, dans les années 1950 et 1960.

Ces enregistrements dressaient le tableau d'un monde où le jeu des influences interculturelles apparaissait comme brouillé ou occulté. Les chercheurs devinrent complices des firmes en garantissant une authenticité musicale censée signifier un réalisme documentaire autorisé et une singularité culturelle. L'ironie est que cette invention commerciale d'un désir d'authenticité est née au moment même où des mouvements d'indépendance, des manifestations anticoloniales et des luttes nationalistes commençaient de s'imposer.

L'Essor des Études de Musique Populaire

Dans les années 1960 et 1970, l'approche scientifique des musiques populaires ou traditionnelles s'est caractérisée par la prolifération d'enseignements en ethnomusicologie et de leur version en demi-teinte sous l'appellation de "world music". Mais, dès les années 1980, tout cela fut dépassé par un nouvel essor donné aux études de musique populaire, lesquelles dominèrent alors la scène internationale.

L'accent fut mis sur l'étude des formes musicales populaires occidentales, et plus particulièrement sur la musique rock. Ces études faisaient ressortir l'état de crise auquel se trouvait confrontée l'ethnomusicologie en s'étant confinée à des formes de naturalisation de "traditions authentiques". L'ethnomusicologie américaine dut intégrer de plus en plus les acquis des recherches sur les musiques populaires, et déplacer l'étude d'univers musicaux distincts et délimités vers celle de mondes créés par les histoires de contacts, d'héritages coloniaux, de diaspora et d'hybridité, d'immigration, d'urbanisation et de grande diffusion médiatique.

La "World Music" : D'une Désignation Académique à un Concept Marketing

Le potentiel commercial de la "world music" commença à se développer rapidement au cours des années 1980, conjointement au déplacement discursif du terme même, qui passa d'une désignation académique à une catégorisation spécifique de marketing. La collaboration des vedettes, et leur implication dans la production, devinrent la caractéristique principale du marché de la "world music" au milieu des années 1980. Les exemples clés étaient Graceland (1986) de Paul Simon et Rei Momo (1989) de David Byrne.

Tout au long des années 1990, l'implication des vedettes pop continua à alimenter l'expansion du marché de la "world music". Mais les différentes sources d'inspiration et les choix de collaboration se multiplièrent, révélant davantage de possibilités politiques et esthétiques pour la promotion de l'équité artistique et de la distribution des richesses.

La Diffusion Rapide et le Soutien Promotionnel

L'industrie de la musique des années 1990 ne dépendit plus des vedettes pop pour "vendre le monde". Le succès commercial de la "world music" se réalisa davantage par la diffusion rapide des produits et par le soutien promotionnel des firmes de disques et des entreprises de loisir. Billboard redéfinit en 1990 la "world music" comme un concept de vente ouvrant de nouveaux créneaux de marché, et commença donc à évaluer son impact commercial. En 1991, l'American National Academy of Recording Arts and Sciences transforma son ancienne catégorie "ethnique et traditionnelle" en une nouvelle appelée "world music" pour les Grammy Awards.

Les publications spécialisées consacrées à la "world music" connurent une diffusion plus large; les informations et les notices critiques se répandirent au fil de cette décennie à travers de nombreuses revues de masse, de loisir ou de technologie audio. Un phénomène comparable gagna les programmations musicales. Au même moment, le temps d'antenne accordé à la "world music" s'accrut considérablement, et, avec le soutien des auditeurs et des maisons de disques, conquit de nouveaux supports tels que les canaux labelisés "world music" des compagnies aériennes, les séries télévisées, les vidéos-clips ainsi que les sites internet qui lui furent consacrés et qui se multiplièrent. Les années 1990 venaient de créer un monde de consommateurs de "world music" dont les appétits signifiaient que le monde musical était devenu l'objet d'un vaste marché, avec une production, une organisation, une promotion, une publicité énormément amplifiées. Le concept de "world music" n'était plus régi par la documentation et la valorisation des traditions par les intellectuels.

La Banalisation de la Différence

Le fait que n'importe quel style hybride ou traditionnel puisse être désigné par l'unique étiquette de marché "world music" fournissait la preuve du triomphe commercial de l'industrialisation musicale mondiale. Mais les chercheurs en ethnomusicologie et en "études culturelles" devinrent plus critiques envers ce processus, c'est-à-dire envers la facilité relative avec laquelle ladite industrie pouvait "banaliser la différence".

La première décennie de recherche autour de la production de la "world music" se concentra sur le traitement de la différence dans cette industrie. Ces travaux se sont interrogés sur la façon dont cette différence musicale fut représentée, exaltée et fétichisée, sur le fait que des parts de marché avaient augmenté et chuté, sur les lieux où elles furent dépréciées et hypothéquées et sur leurs modalités d'échange, d'accumulation et d'encaissement. Ces histoires traitaient avant tout de satisfactions inégales et de désirs enchevêtrés sous la rhétorique commerciale des rapports mondiaux, c'est-à-dire celle des flux "libres" et d'accès "facile".

Discours Inquiets et Discours Enthousiastes

Ces travaux critiques ont fini par produire un nouveau type de discours sur l'authenticité - un discours fondé sur des réactions "inquiètes" ou "enthousiastes" vis-à-vis du monde et de la musique de la "world music". Les discours inquiets naissent parfois du soupçon que la concentration et la concurrence capitalistes dans l'industrie du disque entraînent inévitablement une diminution de la valeur artistique de ses productions, en créant notamment une version plus commercialisable, plus édulcorée, somme toute plus vendable d'un monde autrefois plus "pur", plus "vrai", et qui n'était pas une simple marchandise. Ce soupçon alimente une sorte de maintien de l'ordre quant aux lieux d'authenticité musicale et de tradition.

En guise de réponse, les discours enthousiastes viennent contrer ces inquiétudes en mettant l'accent sur le phénomène de réappropriation auquel se livre la musique pop occidentale, faisant de toute forme de fusion le signe d'un refus de considérer les identités comme délimitées, fixes et réduites à leur essence. Autrement dit, les discours enthousiastes sur la "world music" se focalisent souvent sur la production de musiques hybrides. Ils accentuent, de façon positive, les identités mouvantes avec, parfois, un penchant pour des équations quelque peu romantiques entre hybridité et résistance manifeste. Ce type de valorisation tend vers des scénarios optimistes d'équilibre culturel et financier dans les industries du loisir. La désignation de "mondial" remplace dans ce cas celle d'"international", en tant que qualificatif positif pour des pratiques et des institutions modernes. Cela peut avoir pour effet de détourner l'attention portée à la gestion hégémonique des capitaux dans l'industrie musicale, en insistant en revanche sur la façon dont de nouveaux segments du monde de la musique obtiennent des bénéfices de plus en plus importants en termes de capital culturel et financier, tout en gagnant en notoriété. Ces discours exaltés sur la "world music" ont tendance à normaliser et à légitimer la mondialisation, de même que les discours sur la modernisation légitimaient autrefois d'autres grands courants radicaux qui transformèrent et réécrivirent les histoires interculturelles.

Les discours inquiets insistent quant à eux sur la propension qu'aurait le concept de "world music" à faire de l'ethnicité une marchandise, en l'inscrivant notamment dans le paysage de la finance et des médias de la culture populaire mondiale, ainsi que dans le "tapage" ou la "violence canalisée" de l'économie industrielle de la musique. Les tenants de ces discours n'entrevoient que peu de possibilités de résistance à la commercialisation de l'ethnicité; par contre, ils se focalisent sur la compréhension du lieu hégémonique qu'elle occupe au cœur.

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