Philippe de Gaulle, figure emblématique du XXe siècle, s'est éteint à Paris dans la nuit du 12 au 13 mars 2024, à l'âge de 102 ans. Fils du général Charles de Gaulle et d'Yvonne de Gaulle, il a mené une vie riche et engagée, marquée par son service dans la Marine nationale et son engagement politique en tant que sénateur de Paris.

Jeunesse et engagement dans la France Libre

Né le 28 décembre 1921 à Paris, Philippe de Gaulle passe une partie de son enfance entre la France, l’Allemagne et le Liban, au gré des affectations paternelles. Il prépare le concours de l'École Navale au Collège Stanislas de Paris lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. L'invasion allemande de la France en mai 1940 interrompt sa préparation. Le 18 juin 1940, il embarque à Brest avec sa mère et ses sœurs, ignorant l'Appel lancé par son père, mais en ayant connaissance le lendemain à son arrivée en Grande-Bretagne. Il devance ainsi l'appel de son père et s'engage le 1er juillet dans les Forces Navales Françaises Libres (FNFL) le 20 juin.

Il suit les cours de l'École Navale sur le cuirassé Courbet à Portsmouth, au camp de la France libre de Camberley, et sur le navire océanographique Président Théodore Tissier. De 1942 à 1944, il participe activement à de nombreuses missions de guerre en Manche et à la bataille de l'Atlantique.

En 1944, il est affecté à la 2e DB et commande un peloton du Régiment Blindé de Fusiliers Marins (RBFM). Le 1er août 1944, il débarque sur la plage d’Utah, dans le Cotentin, avec les hommes de la division Leclerc. Le 25 août 1944, il participe à la libération de Paris. Envoyé depuis la gare Montparnasse, il est chargé de porter l'ordre de reddition aux Allemands retranchés au Palais-Bourbon, dans les locaux de l'Assemblée nationale. Il doit négocier seul et désarmé au milieu d'eux, au risque d'être abattu. Durant la course vers Berlin, Philippe de Gaulle participe à la libération de Strasbourg le 25 novembre 1944. Il se bat dans les Vosges pendant l'hiver 1944-1945. Le RBFM combat au sein de la 2ème DB jusqu’à la fin de la guerre.

Carrière militaire dans la Marine nationale

Après la guerre, Philippe de Gaulle poursuit une carrière militaire dans la marine. Il est affecté au Centre d’Instruction Chasse (CIC) à Meknès au Maroc, puis à la flottille 4F à Hyères, unité équipée d’avions Douglas SBD Dauntless. Il est qualifié à l’appontage le 21 juin 1947 sur l’Arromanches. Il ne part pas en Indochine et est versé à la Flottille 3F à Hyères, toujours sur Douglas SBD. Après dissolution de la flottille 3F en juillet 1948, il revient à la flottille 4F à Hyères, toujours sur Dauntless. Il est ensuite versé à l’escadrille 50S à Lanvéoc comme instructeur sur Junkers 52, Avro Anson, Morane 500 et Stinson 105. Puis c’est la flottille 2F à Port-Lyautey, équipée de Vickers Wellington puis d’Avro Lancaster. Il est officier en second de la flottille 6F à Lartigue et vole sur Grumman TBM Avenger. Il accède au commandement de cette unité en octobre 1952. Il est qualifié à l’appontage de jour le 4 juillet 1952, puis de nuit le 24 juillet 1953 sur le La Fayette. Après son commandement, il rejoint le PA La Fayette comme chef du service PEH et effectue 2 campagnes en Indochine. Il est ensuite chef du service instruction sur la BAN de Hyères et rejoint Paris pour suivre les cours de l’École Supérieure de Guerre Navale (ESGN) à Paris.

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Il rejoint sa première affectation en état-major à l’EMM/Aéro à Paris, puis embarque sur l’escorteur d’escadre Duperré comme adjudant de la 2ème division d'escorteurs d'escadre, avant de prendre le commandement de l’escorteur rapide Le Picard. Il est alors capitaine de frégate. Après son commandement à la mer, il passe 6 mois au Collège de Défense de l’OTAN à l’École militaire.

Plusieurs affectations s’enchaînent ensuite : EMA Emploi à Paris, commandement de la BAN Dugny Le Bourget, état-major EMA Division Armements. Il est alors capitaine de vaisseau. Il retourne à l’EMM Matériel et suit le CHEM et l’IHEDN comme auditeur. Il est de retour dans l’Aéronautique navale avec le commandement de l’Aéronautique navale en 2ème Région maritime à Brest et accède au grade de contre-amiral. Il revient en état-major au bureau Études générales de l’EMA puis accède à un nouveau commandement à la mer au sein du Groupe naval d'essais et de mesures (GROUPEM) à bord du Bâtiment d’Essai et de Mesure Henri Poincaré. Le VA de Gaulle prend le commandement de l’aviation de patrouille maritime (ALPATMAR) dont l’état-major est affecté sur la BAN de Dugny. Il fut le 62ème pilote de la Marine à avoir apponté sur un porte-avions.

Il termine sa carrière militaire en 1982 avec le grade d'amiral, ayant gravi les échelons au sein de la marine comme pilote de chasse dans l'aéronavale.

Engagement politique : Sénateur de Paris

Après sa carrière militaire, Philippe de Gaulle se lance dans la politique. Il est élu conseiller de Paris en 1983, puis adjoint au Maire de Paris la même année. Il est sénateur RPR, puis UMP de Paris de 1986 à 2004. Au Sénat, il s'intéresse particulièrement aux questions de défense, de budget et aux anciens combattants. Il participe activement aux débats sur la professionnalisation de l'armée et s'efforce d'améliorer la retraite des anciens combattants. Il s'investit également dans les questions relatives à l'exercice du pouvoir de police municipale à Paris.

Son engagement politique se manifeste également par son soutien à diverses causes et personnalités. Il soutient Jacques Chirac lors de l'élection présidentielle de 1995 et Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle de 2002. Il se prononce contre le traité de Maastricht sur l'Union européenne en 1992.

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Gardien de la mémoire gaullienne

Après la mort de son père en 1970, Philippe de Gaulle hérite de La Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises. Il veille à la conservation du lieu et décide de l'ouvrir au public. Il hérite également du droit moral attaché à l’œuvre du Général, à sa mémoire, à son image, à ses écrits et ses archives. Il participe à la publication des Lettres, notes et carnets du général de Gaulle.

Il est l'auteur de Mémoires accessoires (2001) et surtout d'un ouvrage intitulé De Gaulle, mon père, publiés sous la forme d'entretiens avec l'écrivain Michel Tauriac. Cet ouvrage connaît un grand succès en librairie et bénéficie d'une forte couverture médiatique. Il entre dans l’intimité du fondateur de la Ve République. Cependant, il suscite également des controverses, notamment en ce qui concerne la guerre d'Algérie. Philippe de Gaulle a ainsi été condamné le 23 mars 2006 par la Cour d'appel de Montpellier pour « diffamation envers des agents de l'autorité publique » en raison de propos tenus sur les harkis. D'autres passages ont été dénoncés, notamment ceux attribuant les événements de mai 1968 à l'action occulte de services secrets étrangers.

Distinctions

Philippe de Gaulle était titulaire de nombreuses distinctions, parmi lesquelles :

  • Grand Croix de la Légion d'honneur (2005)
  • Grand Croix de l'Ordre national du Mérite

Le général de Gaulle n'a jamais fait son fils compagnon de la Libération, sans doute par refus de prêter le flanc à d'éventuelles accusations de népotisme. Pourtant, de l'avis de certains gaullistes et compagnons, Philippe de Gaulle n'aurait pas été le dernier à mériter cette distinction suprême, étant donné son engagement immédiat dans la France Libre et ses états de services dans l'armée pendant cinq ans, souvent en première ligne. Philippe de Gaulle ne se vit pourtant même pas remettre la médaille de la Résistance: son père lui dit incidemment qu'au comité chargé de l'attribution de cette distinction, "on ne t'a pas proposé".

Vie privée

Philippe de Gaulle épouse Henriette de Montalembert de Cers le 30 décembre 1947 à Poncin (Ain). Elle appartient à la famille du marquis de Montalembert. Le couple a eu quatre enfants : Charles, Yves, Jean et Pierre.

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