L'Opéra de Paris, institution emblématique de la culture française, fascine par ses spectacles grandioses et ses danseuses gracieuses. Parmi elles, les "petits rats", jeunes élèves de l'École de danse, incarnent l'espoir et la promesse d'une carrière prestigieuse. Cependant, derrière le voile de tulle et les mouvements gracieux se cachent des réalités moins reluisantes, notamment en ce qui concerne la santé et le bien-être de ces jeunes filles. Cet article explore les aspects souvent méconnus de la vie des petits rats, en particulier les défis liés à la puberté et aux problèmes menstruels, tout en analysant l'image idéalisée de la danseuse classique dans la culture.
L'Image de la Danseuse Classique : Entre Pureté et Sensualité
Dès leur plus jeune âge, les petites filles sont initiées à la danse classique, souvent perçue comme un passage obligé pour l'épanouissement féminin. Elles sont dressées sur leurs pointes, vêtues de tutus immaculés, les cheveux tirés en chignon, formant un corps de ballet harmonieux. Cette image, à la fois étrange et familière, est omniprésente dans notre société, alimentant les rêves de nombreuses fillettes qui aspirent à faire partie de ces ballets.
Le ballet blanc, genre particulier de la danse classique, renforce cette image féminine idéalisée. Des ballets tels que La Sylphide, Giselle et Le Lac des cygnes mettent en scène des héroïnes éthérées, vêtues de blanc, symboles de pureté et d'inaccessibilité. Ces figures féminines, souvent vouées à un impossible et éternel passage, contrastent avec les jeunes filles terrestres et charnelles qui se marient et fondent une famille.
Dans La Sylphide, par exemple, la pâle Sylphide, vêtue d'un tutu blanc et d'ailes, s'oppose à Effie, la fiancée, vêtue d'un lourd tissu rouge vif. La Sylphide, symbole de virginité conservée, ne peut exister qu'en gardant ses distances avec l'autre sexe, tandis qu'Effie incarne la rougeur terrestre et charnelle de la jeune fille qui se mariera.
De même, dans Giselle, l'héroïne, transformée en créature ailée, revêt le tutu romantique et chausse les pointes après sa mort. Elle rejoint les Wilis, ces fiancées mortes avant leurs noces qui condamnent les hommes aventureux à périr par leur danse séductrice.
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Le Lac des cygnes présente également une jeune princesse ensorcelée, transformée en cygne blanc et condamnée à rester près du "Lac des cygnes". Elle ne pourra sortir de cet état que si un jeune homme lui promet de l'épouser, mais l'alliance échoue car un magicien parvient à lui faire épouser sa fille, le cygne noir.
Ces ballets mettent en évidence l'opposition entre le monde terrestre, chaleureux et fertile, et le monde céleste, froid, humide et infertile. La forêt, lieu traditionnel des amours clandestines, devient dans le ballet romantique celui d'une fixation stérile.
Cependant, malgré son caractère éthéré, l'héroïne est extrêmement séduisante. Cette association paradoxale de la blancheur et de la séduction reflète l'ambivalence de la sexualité masculine bourgeoise, déchirée entre la femme légitime, appartenant au même milieu social, et la courtisane, en l'occurrence la jeune danseuse, avec laquelle on éprouve le plaisir sensuel.
Au XIXe siècle, les danseuses étaient souvent des jeunes filles d'origine modeste placées à l'Opéra pour avoir un toit et un revenu. Libérées de toute autorité paternelle, elles étaient très convoitées par les "abonnés", des hommes de la bourgeoisie et de l'aristocratie qui se réservaient le privilège de les approcher en habit de scène. "Avoir sa danseuse" était alors "un brevet d'homme à la mode".
Ce paradoxe de la danseuse est illustré par Giselle, où la Wili incarne à la fois la pureté et la légèreté de la "colombe craintive" et le pouvoir de séduction des "filles légères" qui s'élèvent trop facilement sur l'échelle sociale. Le dénouement des livrets montre qu'une telle femme doit payer sa faute, puisque, circulant trop facilement d'une classe à l'autre, elle ne peut passer d'un statut à l'autre, façon de "fixer" celle qui est trop mobile et de rétablir un équilibre social.
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La danseuse classique apparaît ainsi comme une figure féminine ambiguë, tour à tour chaste et sensuelle, dont le sacrifice réitéré à chaque spectacle semble destiné à garantir la moralité publique.
Les Exigences de la Danse Classique et leurs Conséquences sur la Santé des Jeunes Filles
La pratique de la danse classique, en particulier à un niveau professionnel, impose des contraintes physiques et mentales considérables aux jeunes filles. L'entraînement intensif, les exigences de minceur et la pression de la compétition peuvent avoir des conséquences néfastes sur leur santé, notamment en ce qui concerne leur développement pubertaire et leur cycle menstruel.
Dès leur plus jeune âge, les petites filles sont encouragées à "tenir" leur corps, à rentrer leur ventre et à se tenir droites. La danse classique devient ainsi un art de la retenue, où l'énergie des filles doit être canalisée vers l'intérieur. La coiffure, avec ses épingles, ses pinces et ses filets, symbolise cet enfermement du corps, qui doit être uniformément lisse et rectiligne.
L'âge de début de la danse est un facteur important. Il s'agit tout d'abord de contenir l'énergie éparse de celles qui ont la « bougeotte ». La pratique de la danse est donc une première façon de distinguer les sexes en leur assignant des activités différentes.
Les troubles neuro-hormonaux sont fréquents chez les danseuses de haut niveau. Les contraintes liées aux conditions d'entraînement et de préparation, à la nature du sport exercé, aux exigences de compétition et de performance, ainsi qu'à l'âge de l'athlète, peuvent entraîner une inhibition des noyaux hypothalamiques responsables de la stimulation cyclique de l'hypophyse et des gonades.
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Dans les cas extrêmes, peut se constituer "la triade des sportives adolescentes" (F.A.T. des anglo-saxons), qui associe des troubles du comportement alimentaire peu éloignés de l'anorexie mentale, une aménorrhée et une ostéoporose comme lors de la ménopause. Ces manifestations peuvent être à l'origine de complications ostéo-articulaires sévères touchant les os longs et la colonne vertébrale.
Les moyens pour obtenir cette perte de poids sont bien connus puisque ce sont les mêmes que dans l’anorexie mentale. Ils conduisent à des comportements déviants souvent incontrôlés. Ces pratiques de restriction pondérale ont amené certains auteurs à établir une relation avec la réduction significative de la taille et du poids des championnes olympiques de gymnastique entre 1976 et 1992.
Les mêmes mécanismes évoqués pour les désordres alimentaires sont à l’origine de l’aménorrhée. Toutes ces perturbations aboutissent à une absence de maturation folliculaire, une anovulation, une insuffisance lutéale et un déficit estrogénique important. Cette aménorrhée est réversible à l’arrêt des facteurs responsables et notamment après régularisation alimentaire et énergétique et constante après un an.
L’incidence de telles anomalies ou accidents est significative pour de nombreux auteurs et plus marquée pour certains sports comme les courses à pieds, les danses de ballet ou la différence de pourcentage des fractures de contrainte passe d’environ 20 % pour les athlètes réglées à environ 60 % pour les athlètes aménorrhéiques. La durée de l’aménorrhée est un facteur déterminant.
Problèmes Menstruels et Aménorrhée chez les Danseuses
L'aménorrhée, ou absence de règles, est un problème fréquent chez les danseuses classiques, en particulier chez celles qui commencent leur entraînement intensif avant la puberté. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'aménorrhée chez les danseuses, notamment :
- Un faible poids corporel et un faible pourcentage de graisse corporelle : Les danseuses sont souvent soumises à des régimes alimentaires restrictifs pour maintenir un poids corporel faible, ce qui peut perturber la production d'hormones nécessaires à la régulation du cycle menstruel.
- Un entraînement intensif : L'exercice physique intense peut également perturber l'équilibre hormonal et entraîner une aménorrhée.
- Le stress : Le stress lié à la compétition, aux auditions et aux exigences de performance peut également contribuer à l'aménorrhée.
L'aménorrhée peut avoir des conséquences néfastes sur la santé des danseuses, notamment :
- Une diminution de la densité osseuse et un risque accru d'ostéoporose : L'absence d'œstrogènes, due à l'aménorrhée, peut entraîner une perte de densité osseuse et augmenter le risque de fractures.
- Des problèmes de fertilité : L'aménorrhée peut rendre difficile la conception d'un enfant.
- Des problèmes cardiovasculaires : L'aménorrhée peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires.
Il est donc essentiel que les danseuses soient conscientes des risques liés à l'aménorrhée et qu'elles consultent un médecin si elles ont des problèmes menstruels.
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