Quand on pense à la grossesse, ce sont souvent les joies des premiers coups de pied ou les envies culinaires qui viennent à l’esprit. Pourtant, une question revient fréquemment chez de nombreuses futures mamans : où est passée ma mémoire ? Entre troubles de concentration, oublis répétés et cette impression d’être moins performante pour se souvenir des petits détails, le cerveau semble parfois jouer des tours durant cette période unique. Il n’est pas rare d’entendre des femmes enceintes plaisanter sur leur tête en vacances ou leurs oublis surprenants au quotidien. Ce phénomène porte même un nom : “la momnesia” !

Le mystère du « cerveau de grossesse »

La grossesse est une période de bouleversements et de changements physiques, mais aussi psychiques. Parmi ces transformations, un phénomène intrigue et est fréquemment mal compris : la perte de mémoire de la femme enceinte. Au cours des 9 mois où vous portez la vie, votre corps tout entier se transforme pour s’adapter à cette nouvelle condition. Pendant la grossesse, il est fréquent que les femmes enceintes se plaignent de pertes de mémoire ou de défaut de concentration, généralement attribués au « syndrome du neurone unique ». Si ce syndrome porte mal son nom, il n’est pas dénué de toute vérité pour autant.

Alors, faut-il s’inquiéter du fameux « cerveau de grossesse » ? Allez-vous perdre la tête pendant 9 mois ? Bien heureusement, non ! Le « mommy brain » n’est pas un cerveau défaillant, loin de là ! Si le cerveau de la future maman se réorganise, c’est pour mieux s’adapter aux exigences de la maternité.

Les changements cérébraux pendant la grossesse

Aujourd’hui, la science commence à mieux décoder les mécanismes derrière cette fameuse perte de mémoire. La grossesse entraîne un profond remaniement du cerveau, principalement en raison des fluctuations hormonales.Le premier changement majeur observé par les chercheurs est une réduction du volume de la matière grise, ainsi que de l’épaisseur de la couche externe du cortex cérébral, qui diminue progressivement au fur et à mesure que la grossesse avance. Ce phénomène touche quasiment toutes les régions du cerveau, mais il est particulièrement marqué dans les zones impliquées dans la cognition sociale, l’attention et le traitement des émotions. Des études d’imagerie ont mis en évidence que le cerveau de la femme enceinte subit une diminution du volume cérébral, particulièrement dans les zones liées à la cognition sociale et émotionnelle. Cette réduction du volume cérébral est temporaire et semble être un processus naturel d’adaptation neurologique. Les capacités intellectuelles fondamentales restent intactes, et le volume cérébral retrouve normalement son niveau initial quelques mois après la naissance.

Le deuxième changement important concerne la matière blanche. Pendant la grossesse, la matière blanche devient plus structurée à un niveau microscopique. Cela signifie que les fibres nerveuses, qui permettent aux différentes zones du cerveau de communiquer entre elles, deviennent mieux organisées, ce qui pourrait améliorer la connectivité cérébrale. En particulier les scientifiques ont observé que cette modification touchait les faisceaux de matière blanche qui facilitent la communication entre les centres de traitement des émotions et de la vision.

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Les hormones : actrices clés de cette transformation

Les hormones de grossesse bouleversent le fonctionnement cérébral, ce qui peut expliquer certains épisodes d’oubli ou une sensation passagère de ralentissement mental. Le bouleversement hormonal commence très tôt dans la grossesse et reste intense jusqu’à la naissance. Œstrogènes, progestérone et autres compagnons endogènes modifient profondément la chimie cérébrale. Cette tempête hormonale pourrait expliquer pourquoi certaines femmes constatent une nette baisse de leurs capacités de concentration, tandis que d’autres remarquent surtout des troubles de mémoire passagers.

Nouvelles priorités et recentrage

Pendant la grossesse, de nouvelles priorités se manifestent. C’est une période de grands changements, centrée sur soi, sur son bébé et sur tous les préparatifs nécessaires. Ainsi, il est aujourd’hui davantage compris que les changements hormonaux induits par la grossesse préparent le cerveau à répondre de manière plus sensible et attentive aux besoins maternels. Cependant, cette transformation interne comporte également un coût : une diminution de l’attention, caractéristique des femmes enceintes et des jeunes mères.

Si la mémoire peut être affectée par la grossesse, d’autres zones du cerveau se montrent plus performantes ! C’est le cas de l’hypothalamus et l’amygdale, deux régions liées au comportement, très probablement responsables du développement de l’instinct maternel. C’est ainsi qu’il a été prouvé que les facultés d’empathie et de reconnaissance faciale sont plus élevées chez la femme enceinte. Des études réalisées par l’équipe universitaire de Lausanne ont révélé que les changements cérébraux associés à la grossesse et à la parentalité ont un rôle protecteur contre le déclin cognitif lié à l’âge.

Études et recherches sur la perte de mémoire

Plusieurs études ont été menées sur le sujet. En 2007, une méta-analyse a compilé les résultats de 14 études publiées entre 1991 et 2007. Une des raisons de la réduction de la matière grise pourrait être attribuée à la redistribution globale du flux sanguin, qui vise à satisfaire les nouveaux besoins du corps, notamment ceux de l’utérus.

Dans une étude publiée en 2014, des chercheurs anglais ont soumis des groupes de femmes correspondant à chaque trimestre de grossesse (ainsi que des femmes non enceintes) à un test de mémorisation spatiale. Au fil des trimestres, les femmes enceintes étaient de moins en moins performantes aux tests de mémoire. Leur score baissant en moyenne de 11,7 % entre le deuxième et le premier trimestre et entre le troisième et le deuxième trimestre. Les femmes enceintes sont moins performantes quand on les soumet à des tests de mémoire ; elles peinent particulièrement avec les tests de mémoire à court-terme et la mémorisation de mots.

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Des études ont été réalisées sur des souris enceintes et montrent que durant la grossesse, la zone de la matière grise était amenée à augmenter. A contrario, la zone responsable de la mémorisation et de la navigation spatiale, l’hippocampe, était quant à elle en diminution durant la grossesse pouvant perdre jusqu’à 4%. Ces observations ont été menées seulement sur des animaux. Elles sont donc à prendre avec du recul mais pourraient expliquer cette perte de mémoire chez la femme enceinte.

Une étude australienne menée en 2008 et publiée dans le Journal of Clinical and Experimental Neuropsychology a examiné plus de 1000 femmes (enceintes, non enceintes et jeunes mamans). Ainsi, le “pregnancy brain” semble davantage se produire lorsque l’attention n’est pas pleinement focalisée. Il n’y a donc pas de raison de s’inquiéter quant à votre capacité à mener à bien votre travail ou à accomplir les tâches importantes qui vous incombent.

L’intéroception et la construction du lien maternel

Pendant ce temps, le corps de la mère s’adapte à cette vie qui grandit en elle et provoque des sensations qui participent déjà à la construction du lien maternel, faisant naître l’amour qu’elle porte à son bébé, lequel n’a pourtant pas encore vu le jour.

« On a voulu apporter la notion d’intéroception - toutes les perceptions que l’on a de son corps, comment sont positionnés les viscères… - en périnatalité. Cela pose un regard nouveau sur le rôle de la perception des mouvements du fœtus dans la création de l’attachement maternel », expose le Dr Joly, qui mène actuellement avec son confrère une étude sur le sujet. « On a voulu étudier le tissage de cet amour maternel en termes de psychologie et de communication entre le corps et le cerveau », ajoute le Dr Bottemane. Une intéroception périnatale qui « peut se travailler avec certains outils comme l’haptonomie, pour travailler le lien prénatal et favoriser l’attachement avec le bébé », poursuit le Dr Joly.

L’activation du « mode vigilance » des mamans

Et lorsque l’enfant est né, n’avez-vous jamais remarqué comme la mère est particulièrement sensible aux pleurs d’un bébé ? « Toutes les modifications cérébrales durant la grossesse, notamment au niveau du circuit de la récompense, c’est pour préparer la mère à être plus vigilante à ces signaux », confirme le Dr Joly. Ainsi, « après l’accouchement, des études ont démontré que l’activité, dans ce circuit de la récompense, augmente lorsque les mères voient leur bébé sourire ou lorsqu’elles l’entendent pleurer », exposent les deux psychiatres.

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Mais « la construction de ce lien et cette sensibilité maternelle sont progressives : la mère va d’abord être plus sensible aux pleurs des bébés, puis se focaliser progressivement et spécifiquement aux signaux émis par l’enfant », notent les Dr Joly et Bottemane. Mais cette vigilance, « l’autre parent - ou les parents adoptant - peuvent également la travailler, rassure le Dr Bottemane.

Facteurs aggravants et symptômes

La fatigue chronique fait presque partie intégrante de la grossesse. Beaucoup sous-estiment l’influence du manque de sommeil sur le cerveau. En parallèle, le stress - qu’il soit lié à la grossesse ou à la vie quotidienne - ajoute un voile supplémentaire sur les capacités mentales.

Les signes les plus courants incluent des oublis ponctuels, une difficulté à se rappeler des noms propres ou à planifier plusieurs actions successives. Il peut en effet arriver que la femme enceinte ait des trous de mémoire, petits oublis, des absences, une incapacité à se concentrer ou encore la sensation d’avoir « la tête dans les nuages ».

Les symptômes du « mommy brain » peuvent débuter dès le premier trimestre de grossesse et pourraient perdurer jusqu’à deux ans après la naissance.

Témoignages

Nina, maman de deux petites-filles, se remémore un épisode particulièrement drôle de sa grossesse :"Alors que je sortais de chez moi, je me souviens que mon sac à main me semblait lourd. En réalité, je tenais dans ma main (en plus de mon sac), une grande tasse de café fumant. Je l'avais emportée sans m'en rendre compte tellement j'avais la tête ailleurs".

Magali, maman d'un petit garçon de 10 mois, raconte : "Je me souviens avoir eu des moments où j'avais l'impression de ne plus avoir de cerveau. En revanche, aucun exemple précis ne me revient en tête.

Solutions et conseils pour atténuer la perte de mémoire

Même s’il est difficile de contrôler totalement les effets hormonaux, préserver un sommeil de qualité et gérer le stress réduit le risque de troubles sévères.

D’abord, accepter que ce phénomène est fréquent permet de relâcher la pression ; cela facilite grandement le quotidien. Segmenter les tâches prioritaires, organiser différemment son agenda et déléguer dès que possible offrent de vraies solutions pour réduire l’impact des troubles de concentration. Privilégiez des listes claires, visuelles et facilement accessibles. Soigner la qualité du sommeil contribue énormément à la bonne santé du cerveau. Des techniques comme la relaxation, la respiration profonde ou la méditation courte peuvent aider à diminuer le stress. Simplifier sa vie : Faire ce qui est possible pour gagner du temps et éviter des efforts supplémentaires pour éviter de se disperser. Faire le tri de ses préoccupations en hiérarchisant ce qui est essentiel de ce qui l’est moins. S’essayer à la méditation pour développer son attention. Pratiquez une activité physique modérée.

Un phénomène temporaire

Pour la grande majorité des femmes, ces troubles de mémoire disparaissent progressivement dans les semaines suivant l’accouchement. À mesure que les niveaux hormonaux se stabilisent et que le rythme de vie retrouve son équilibre, la mémoire de travail s’améliore nettement.

Ces modifications cérébrales ne sont ni pathologiques, ni permanentes. Après l’accouchement, le cerveau retrouve progressivement sa structure initiale tout en conservant les adaptations utiles à la parentalité.

Si la jeune maman partage son histoire avec sourire, Mathilde Bouychou est plutôt confiante sur ce point : "Que les futures mamans se rassurent. Oui, cet état est absolument transitoire et complètement normal. Il est toutefois important de ne pas hésiter à en parler à un professionnel si ces symptômes sont mal vécus ". L'impact d'une grossesse sur le fonctionnement cognitif peut être ressenti jusqu'à deux ans après l'accouchement.

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