La plagiocéphalie positionnelle, une déformation crânienne survenant dès le plus jeune âge, est devenue un problème de santé publique notable, touchant jusqu'à un quart des jeunes enfants. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète de cette condition, en abordant ses causes, ses conséquences potentielles et les traitements disponibles.
Qu'est-ce que la plagiocéphalie positionnelle ?
La plagiocéphalie positionnelle est une déformation du crâne qui survient dès le plus jeune âge de l'enfant, caractérisée par une perte de symétrie. Elle se manifeste par une asymétrie de la base du crâne. La plagiocéphalie positionnelle est une déformation crânienne constituée d’un aplatissement de l’arrière de la tête, le plus souvent sur le côté droit et plus fréquente chez les garçons que chez les filles, qui peut être accompagné d’un déplacement du même côté de la tête vers l’avant. Le front du même côté peut être plus en avant, l’œil plus ouvert et l’oreille peut se déplacer généralement vers l’avant par rapport à l’autre.
Causes de la plagiocéphalie
Le syndrome de la tête plate, ou déformation crânienne positionnelle (DCP), apparaît lorsque la tête du bébé reste en appui prolongé sur une surface plate sans bouger, ou suite à une position répétée. Le crâne du nourrisson est très malléable, ce qui le rend vulnérable aux pressions prolongées. Une déformation positionnelle peut aussi apparaître si le bébé a une position préférentielle. Parfois, dans l’utérus, le crâne du bébé peut être soumis à des contraintes, par exemple s’il est prématurément engagé contre le promontoire sacré maternel. Après la naissance, la tête peut se déformer jusqu’à ce que les os du crâne soient moins malléables.
La cause fréquente de la plupart des nourrissons atteints de plagiocéphalie est le CMD ou le torticolis musculaire congénital ou l’habitude de dormir habituellement du même côté.
- Positionnement prolongé sur le dos : Bien que crucial pour prévenir la mort subite du nourrisson, le couchage sur le dos peut contribuer à l'aplatissement du crâne.
- Contraintes intra-utérines : Un espace limité dans l'utérus peut exercer une pression sur le crâne du bébé.
- Torticolis congénital : Cette condition, caractérisée par un raccourcissement des muscles du cou, peut entraîner une préférence pour tourner la tête d'un seul côté.
- Utilisation excessive de dispositifs de contention : Les sièges-coques, transats et matelas trop mous peuvent restreindre la mobilité du nourrisson et favoriser la plagiocéphalie.
Après la naissance : la position prolongée sur le dos sur une surface dure (matelas, cosy, siège auto…) augmente le risque de malformations positionnelles mais il faut suivre les recommandations de mettre les bébés sur le dos. Les enfants alimentés toujours dans la même position ont plus de plagiocéphalies.
Lire aussi: Suivi de Bébé par un Pédiatre
Comment reconnaître la plagiocéphalie chez le bébé ?
Pour reconnaître un syndrome de la tête plate chez un bébé, il faut regarder la tête du bébé par au-dessus, de préférence lorsqu’il a les cheveux mouillés. Dans les cas de déformations plus sévères, on observe une avancée frontale, et une asymétrie des oreilles. Une asymétrie faciale est notable dans les cas les plus sévères. Dans le cas des brachycéphalies, on peut également observer la tête vue de profil. Si il s’agit d’un aplatissement de la partie arrière (droite ou gauche) de la boîte crânienne, il s’agit d’une plagiocéphalie.
Conséquences potentielles de la plagiocéphalie
D’après la HAS (Haute Autorité de Santé), le problème est principalement esthétique mais “les troubles de l’articulé dentaire avec latéromandibulie, les troubles posturaux (risque de rétraction musculaire) peuvent être retrouvés dans les formes sévères de plagiocéphalie fronto-occipitale.
Si les causes de la plagiocéphalie ne sont pas suffisamment traitées, cette déformation crânienne peut entraîner des asymétries du visage (essentiellement une obliquité médiane) au cours des premières années et si la correction orthopédique de la déformation n’est pas faite avant les six premiers mois de vie, peut persister jusqu’à l’âge adulte.
Des études scientifiques rétrospectives et prospectives indiquent que la plagiocéphalie entraîne des troubles fonctionnels chez 40 % des personnes atteintes et des troubles de l’apprentissage de la parole à 3 ans chez 25 % des personnes atteintes.
Bien qu’elles soient fréquemment perçues comme de simples préoccupations esthétiques et considérées comme bénignes, les conséquences de la plagiocéphalie peuvent être importantes, tant à court qu’à long terme.
Lire aussi: Adresses de pédiatres à Rennes
- Conséquences esthétiques : Les déformations du crâne entrainent une modification de l’apparence du crâne et du visage qui persisteront à l’âge adulte. Les répercussions morphologiques peuvent être importantes. Elles se manifestent par un aplatissement à l’arrière ou sur un côté du crâne, avec souvent un décalage des oreilles, parfois des traits du visage changent : avec un front plus proéminent, une asymétrie des yeux et de la bouche.
- Répercussions dentaires, de la mâchoire et d’occlusion : Les plagiocéphalies qui associent une asymétrie du visage, entrainent des troubles de l’occlusion et un déplacement vers l’avant de la mâchoire nécessitant la mise en place d’un traitement orthodontique à l’avenir chez l’enfant.
- Problèmes posturaux et musculo-squelettiques : Un enfant dont la plagiocéphalie n’a pas été prise en charge présente une probabilité accrue de développer une scoliose au cours de la croissance. Des enfants dont la déformation crânienne n’a pas été traitée présenteraient également un déséquilibre de la musculature, et par conséquent des troubles de la posture plus globalement.
- Impact sur le développement moteur du bébé : Les enfants atteints de plagiocéphalie présentent plus fréquemment des retards dans l’acquisition des compétences motrices, comme le retournement, la position assise ou encore la marche.
- Risques cognitifs: Des études ont mis en lumière une corrélation entre la plagiocéphalie et des performances cognitives moindres, incluant des retards de langage, des troubles de l’attention et des difficultés scolaires ultérieurs.
- Possibles troubles ORL associés: La réaction à certains stimulus auditifs est plus faible parmi les enfants ayant une plagiocéphalie par rapport à des enfants non atteints. Une autre étude suspecte un lien probable entre le niveau de sévérité de la déformation crânienne et l’intensité des otites moyennes.
Prévention de la plagiocéphalie
Tout d’abord, le traitement de la plagiocéphalie positionnelle est préventif et ce dès la naissance !
Pour éviter le syndrome de la tête plate, il faut d’abord vérifier qu’aucune tension musculaire ne l’empêche de tourner correctement la tête des deux côtés. Ce bilan moteur peut être réalisé par un pédiatre, un kinésithérapeute ou un ostéopathe. Il faut éviter tous les objets qui restreignent la mobilité du nourrisson : les sièges-coque, les transats, les matelas trop mous, et tout ce qui empêche le bébé de bouger librement.
Au quotidien, les parents sont donc les principaux acteurs de la prévention de cette déformation. La HAS leur recommande de laisser leur enfant libre de ses mouvements notamment pour que son cou soit mobile - y compris sur le ventre lorsqu’il est éveillé et à condition qu’il soit surveillé. Elle préconise également de varier les postures du nourrisson et d’encourager les rotations spontanées de sa tête grâce à des sollicitations sensorielles (tactiles, visuelles, auditives).
Voici donc quelques conseils pour prévenir l’apparition d’une plagiocéphalie :
- Stimuler la rotation de la tête et la motricité du nourrisson le plus tôt possible et alterner la position de l’enfant avec la tête tournée à droite et à gauche quand il est couché sur le dos.
- Placer le lit de l’enfant ou les mobiles de telle sorte que l’enfant soit obligé de tourner la tête du côté qui lui est le plus difficile s’il présente une position préférentielle ou une perte de mobilité, donner le biberon des deux côtés…
- Pendant les phases d’éveil : Toujours sous surveillance, mettre bébé sur le ventre durant quelques instants (au début quelques secondes car ce sera difficile et fatiguant pour lui puis quelques minutes), au moins 3 fois par jour. Cela va lui permettre de tonifier les muscles de son cou.
- Pendant les phases de sommeil : éviter les surfaces dures et n’utiliser le cosy que pour les déplacements.
- Avec accord préalable de votre pédiatre, il est possible de placer l’enfant en position latéralisée pendant son sommeil à l’aide d’un coussin de positionnement latéral pour le faire en toute sécurité :
- En alternant régulièrement les côtés droits et gauche si l’aplatissement postérieur de la tête est uniforme;
- En positionnant la tête du côté opposé à la déformation, si l’aplatissement est d’un seul côté.
Ce coussin, adapté à la croissance du bébé, ne sera, au départ qu’installé pendant la journée, sous surveillance des parents. On vérifiera que le sommeil de l’enfant est correct, que le coussin est bien supporté et que la position de l’enfant reste stable. Si la déformation est sévère ce coussin sera proposé jour et nuit. Il sera enlevé dès que l’enfant manifeste des envies de retournement du dos sur le ventre; et systématiquement à l’âge de 4 mois.
Lire aussi: Soins pédiatriques à La Rochelle-Mireuil
Il faut traiter les torticolis ou autres manque de mobilité cervicales. Lorsque votre bébé est éveillé, il faut le mettre sur le ventre et jouer avec lui. Il faut favoriser le contact avec les matelas mous ou les sur-matelas. On peut retrouver des déformations crâniennes chez les adultes.
Traitements de la plagiocéphalie
Tout d’abord, consultez votre médecin et votre pédiatre, qui sauront vous orienter. Il vous sera probablement d’abord conseillé de pratiquer le repositionnement intensif, qui consiste à inciter bébé à tourner la tête du côté opposé au plat. Si bébé a un retard de développement moteur ou des tensions musculaires telles qu’un torticolis, il est recommandé de faire traiter ces causes par un kinésithérapeute à orientation pédiatrique. Si la tête plate persiste malgré le repositionnement et les exercices de kinésithérapie, l’indication d’une orthèse crânienne (casque) peut être posée par une équipe spécialisée.
Si une plagiocéphalie ou une brachycéphalie est avérée, un traitement incluant des recommandations positionnelles et de la kinésithérapie est l’intervention de choix.
En l’absence d’amélioration de la déformation crânienne après une prise en charge adaptée, le médecin doit orienter l’enfant tôt, possiblement dès la fin du premier semestre, vers un centre de compétences ou de référence des malformations crânio-faciales. Dans ces rares cas de formes sévères, une déformation crânienne peut être un symptôme évocateur d’un trouble sous-jacent. Ces centres vont permettre l’intervention de neurochirurgiens, de chirurgiens maxillo-faciaux ou de chirurgiens plastiques pédiatriques.
- Repositionnement : Encourager bébé à tourner la tête du côté opposé à l'aplatissement.
- Kinésithérapie : Des exercices pour corriger le torticolis et améliorer la mobilité du cou. Le traitement kinésithérapeutique vise à corriger les déformations crâniennes, améliorer la symétrie et prévenir l’aggravation de la pathologie. Le rôle du kinésithérapeute consiste à encourager des positions variées et l’usage de la motricité libre pour éviter que le nourrisson ne passe trop de temps dans des positions statiques. Si la plagiocephalie est associée à un torticolis, il est important de traiter ce dernier. Le kinésithérapeute va réaliser des techniques de mobilisation pour améliorer la rotation et l’inclinaison de la tête. Le kinésithérapeute peut pratiquer des exercices doux pour renforcer certains muscles du cou (muscles sternocléidomastoïdiens) et du dos. Le kinésithérapeute joue également un rôle essentiel dans l’éducation des parents.
- Ostéopathie : Le traitement ostéopathique ne s’arrêtera pas à la seule déformation crânienne visible, mais s’occupera de la globalité du corps du nourrisson et de l’asymétrie posturale dans son ensemble (vérification de la rotation du cou, de la position préférentielle de bébé, de l’état des lieux du système digestif, des hanches et des pieds…). Le praticien libère les sutures pour qu’elles retrouvent une bonne mobilité.
- Orthèse crânienne (casque) : Si la tête plate persiste malgré le repositionnement et les exercices de kinésithérapie, l’indication d’une orthèse crânienne (casque) peut être posée par une équipe spécialisée. Dans les cas les plus sévères ou non améliorés par les traitements précédemment décrits, la pose d’un casque peut être proposée. Le traitement consiste à porter un casque orthopédique sur mesure pour profiter de la croissance de la tête et ainsi corriger la déformation. Le casque exerce un confinement sur les zones proéminentes de sorte que la tête se développe à travers les parties qui ne sont pas soumises et libres de confinement. Le traitement nécessite une série de visites régulières chez le spécialiste, qui apportera des modifications au casque, en fonction de la croissance du crâne. Ce traitement est possible grâce au fait que les fontanelles du crâne sont plus ou moins ouvertes durant les 2 premières années de vie, suffisamment pour pouvoir remodeler la forme perdue. Le traitement dure en moyenne 4 mois. Il est conseillé de traiter la plagiocéphalie le plus tôt possible.
- Chirurgie : Elle reste l’exception pour les formes majeures qui persistent après 18 mois ou en cas de craniosténose. C’est une chirurgie lourde avec de gros risques : les traitements précédemment cités doivent être mis en place pour éviter la chirurgie.
Quand s'inquiéter et que faire ?
Le syndrome de la tête plate doit être pris en charge le plus tôt possible afin d’avoir le plus de chance possible de corriger la déformation. Sinon, on peut prendre rendez-vous dans un centre orthopédique spécialisé. Si un aplatissement de la tête de votre enfant est constaté, par vous-même ou par un pédiatre, il est important de consulter rapidement un professionnel de santé, comme votre médecin généraliste ou pédiatre.
Rassurez-vous, à 3 mois il n’est pas trop tard !
Si vous remarquez une asymétrie persistante sur le crâne de votre bébé, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé. Un diagnostic précoce permet de prévenir les conséquences de la plagiocéphalie et d’éviter toute complication.
Il est recommandé de consulter un kinésithérapeute dès que la plagiocephalie est détectée, idéalement avant l’âge de 6 mois. Une prise en charge précoce permet de corriger la déformation plus efficacement et d’éviter l’utilisation d’un casque orthopédique, qui peut être nécessaire dans certains cas plus graves.
tags: #pediatre #specialiste #plagiocephalie #causes #consequences #traitement
