L'économie mondiale est un paysage complexe, marqué par des disparités significatives entre les nations. Alors que l'émergence de certains pays du Sud capte l'attention, il est crucial de ne pas occulter la situation précaire de nombreux autres, regroupés sous l'appellation de Pays les Moins Avancés (PMA). Cet article vise à explorer en profondeur les caractéristiques des PMA, leur insertion dans la mondialisation, les améliorations constatées et la notion d'émergence, tout en soulignant les défis persistants et les perspectives d'avenir.

I. Qu'est-ce qu'un Pays les Moins Avancés (PMA) ?

L'Organisation des Nations Unies (ONU) identifie 44 pays comme étant les moins avancés (PMA). Ces pays sont principalement situés en Afrique subsaharienne, notamment le Mali, le Tchad, l'Éthiopie et la République démocratique du Congo (RDC). On les retrouve également en Asie du Sud, avec des pays tels que l'Afghanistan, le Myanmar et le Laos, ainsi qu'en Amérique, avec Haïti. Créé en 1971 sous l'égide des Nations unies, le groupe des pays les moins avancés (PMA) recense aujourd'hui 46 pays contre seulement 26 à l'origine et un pic de 52 nations en 1991.

Critères de définition des PMA

Les PMA sont avant tout caractérisés par leur grande pauvreté. Une part importante de leur population vit en dessous du seuil de pauvreté défini par l'ONU (moins de 1,25 $ par jour) : 80 % au Burundi, 84 % au Libéria et 88 % en Tanzanie. Avec un revenu moyen par personne inférieur à 750 $ par an (soit environ 1 000 € par an et par habitant), la pauvreté des PMA a un impact considérable sur leur Indice de Développement Humain (IDH). Cet indice est inférieur à 0,470 et peut même descendre très bas : 0,309 au Mali, 0,261 au Niger, 0,239 en RDC et 0,140 au Zimbabwe, un pays en situation de catastrophe humanitaire.

L'espérance de vie, qui dépasse 80 ans dans les pays développés, chute à 57 ans au Lesotho. Le risque de mortalité maternelle est de 1 sur 16 dans les PMA, contre 1 sur 3 500 en Amérique du Nord. Les principales causes de mortalité témoignent de la fragilité des systèmes de santé : paludisme, sida et malnutrition. 50 % de la population est sous-alimentée à Haïti.

Les PMA sont tous des pays à économie fragile, encore fondamentalement agricole, avec une population rurale souvent majoritaire (83 % au Niger, 85 % au Rwanda, 89 % au Burundi). Leurs exportations sont souvent peu diversifiées, ce qui les rend dépendants des cours mondiaux pour leurs recettes en devises.

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Enfin, la plupart des PMA sont confrontés à des crises politiques plus ou moins graves et structurelles. Les régimes en place sont souvent autoritaires et la corruption y est généralisée, ruinant toute tentative de développement autonome. Ces pays sont parfois en proie à des guerres civiles ou des conflits frontaliers, ce qui ne fait qu'aggraver leur situation.

Améliorations récentes et perspectives

Il est important de noter que la situation des PMA s'améliore progressivement. Le nombre de PMA a diminué ces dernières années, et l'espérance de vie progresse, atteignant 67 ans en 2023, se rapprochant ainsi de la moyenne mondiale de 73 ans. Selon les critères établis par l'Organisation, pour ne plus appartenir à la catégorie des pays pauvres, un pays doit afficher aujourd'hui un revenu national brut (RNB) par habitant d'au moins 1.222 dollars. En 50 années, seuls six pays sont sortis par le haut de cette liste. Exception faite du Sikkim (un petit royaume de l'Himalaya) en 1975, l'essentiel des mouvements sont intervenus dans les années 2000 et 2010. Le Vanuatu est le dernier en date en 2020.

II. Une Insertion Incomplète et Dominée dans la Mondialisation

Les PMA sont les pays les moins bien intégrés dans la mondialisation, ce qui explique en partie leur retard de développement. De plus, leur insertion est le plus souvent incomplète et dominée.

Dépendance aux matières premières

Les PMA sont essentiellement des pays exportateurs de matières premières brutes, souvent non transformées, ce qui laisse la plus grande part de la valeur ajoutée aux acheteurs qui transforment ces matières premières en produits intermédiaires ou finis. Cela explique qu'en valeur, les exportations des PMA ne représentent que 1 % des exportations mondiales.

Les produits exportés sont typiquement des matières premières agricoles (bois au Libéria, café au Burundi, cacao en Côte d'Ivoire, coton au Mali, etc.), des matières premières énergétiques (pétrole au Soudan ou en Angola, gaz naturel au Myanmar, uranium au Niger, etc.) et des matières premières minières (bauxite en Guinée, cuivre en Zambie, diamants en RDC, platine au Zimbabwe, etc.).

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À l'inverse, les PMA importent des produits manufacturés, à plus forte valeur ajoutée : les termes de l'échange sont donc en leur défaveur. Par ailleurs, les 2/3 des PMA importent plus de denrées alimentaires qu'ils n'en exportent, du fait de l'incapacité des agricultures à nourrir les populations, souvent en forte croissance.

Difficultés financières et dépendance à l'aide

Les PMA sont donc souvent en difficulté financière et endettés, même si les créanciers effacent parfois tout ou partie de leur dette. L'aide publique au développement en provenance des pays riches et, de plus en plus, des pays émergents est souvent vitale pour des États dont les ressources sont dramatiquement faibles. Les flux financiers de l'aide au développement vers les PMA ont représenté environ 30 milliards de dollars par an ces dernières années.

Avec le dérèglement climatique qui s'accentue et la crise pandémique, les besoins sont colossaux. D'ici à 2030, les PMA vont devoir investir 462 milliards de dollars par an pour atteindre un objectif de croissance de 7 % en moyenne. Ils vont devoir aussi investir 485 milliards de dollars par an pour éradiquer l'extrême pauvreté et plus de 1.000 milliards de dollars par an pour doubler la part de l'industrie manufacturière dans leur PIB. Ce dernier objectif exigerait même une croissance du PIB de… 20 % par an pour réaliser cette transformation structurelle.

III. Des Améliorations Inégales mais Réelles

Toutefois, les PMA ont connu une certaine amélioration dans la dernière décennie. Dans les années 2000, la croissance économique des PMA a, en effet, été supérieure à celle du reste du monde. Les niveaux d'endettement et de pauvreté ont diminué, les infrastructures se sont globalement améliorées, les marchés intérieurs sensiblement développés. Les maux les plus criants en matière de santé, de chômage, d'analphabétisme ont été réduits. Des évolutions notables ont également eu lieu sur les questions de gouvernance.

Certes, ces progrès ne sont pas généraux : les parties des territoires touchées par les améliorations sont celles qui sont le plus en contact avec le reste du monde, comme les grandes régions urbaines ; les zones rurales reculées et enclavées demeurent dans une situation dramatique.

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IV. L'Émergence : Un Concept Complexe

L'émergence caractérise le processus par lequel un État s'intègre à l'économie globalisée et au capitalisme mondial grâce à une croissance économique (c'est-à-dire une augmentation du produit intérieur brut) forte pendant plusieurs années. Le terme est issu du vocabulaire financier et des agences de notations ; il sert à l'origine à désigner des marchés : un marché émergent est, dans ce contexte, un marché attractif pour les investisseurs.

Du fait de l’imprécision de cette notion et de sa non-reconnaissance par les organismes internationaux, il n’existe aucune liste officielle de pays émergents. Par exemple, le Vietnam, le Mexique, l’Argentine, pays en développement connaissant une forte croissance économique, sont souvent classés dans cette liste ; mais l'Éthiopie, pourtant un des 46 PMA, est également qualifiée de pays émergent, tout comme parfois la Pologne, pays développé membre de l’Union européenne. L'émergence peut aussi être un programme officiel : la présidence du Sénégal a ainsi inscrit dans son projet de hisser son pays au rang d'émergent avant 2035 (Beye, 2025). Un projet de ville nouvelle à 30 kilomètres du centre-ville de Dakar, à Diamniadio, doit servir cet objectif.

Les pays émergents les plus connus sont certainement les BRICS (Brésil Russie Inde Chine et Afrique du Sud), en raison de leur poids respectif et cumulé, et de la visibilité politique qu'ils se sont donnés en se réunissant régulièrement. On peut aussi les qualifier de grands émergents. Élargis en 2024 à cinq autres pays dans le cadre des BRICS+ (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie, et Iran), ils forment la principale association de pays émergents.

Parler d'émergence plutôt que de développement induit des différences majeures : l'émergence est plus économique que sociale, et elle peut ne pas se traduire par l'amélioration des conditions de vie des plus pauvres, voire entraîner une augmentation des inégalités sociales. Pour grossir le trait, l'émergence pourrait être la croissance sans le développement.

Le terme présente plusieurs limites. D'abord l'émergence désigne un processus mais aucun critère n'a été défini pour caractériser son achèvement. On parle parfois de pays émergés à propos de la Chine ou du Brésil, ce qui sous-entendrait qu'on peut achever l'émergence sans atteindre pour autant le stade de pays « développé ». L'usage du mot, en insistant sur l'intégration financière du pays, néglige les aspects sociaux et surtout environnementaux.

Critères d'émergence

Bien qu'il n'existe pas de définition économique précise, on peut reconnaître quelques critères communs aux pays émergents :

  • IDH et PIB inférieurs aux pays développés
  • Croissance économique forte
  • Part croissante dans l’économie mondiale

L'appartenance à ce groupe n'est pas figée : Par exemple, la Corée du Sud ou Singapour, anciens pays émergents, font désormais partie du groupe des pays développés.

Les BRICS et les BRICS+

Les pays émergents les plus connus sont certainement les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), en raison de leur poids respectif et cumulé, et de la visibilité politique qu'ils se sont donnés en se réunissant régulièrement. On peut aussi les qualifier de grands émergents. Élargis en 2024 à cinq autres pays dans le cadre des BRICS+ (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie, et Iran), ils forment la principale association de pays émergents.

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