Paul Gauguin, figure marquante du 19ème siècle, se distingue par son esprit voyageur et son approche novatrice de la peinture. Son parcours, jalonné d'expérimentations artistiques et de quêtes spirituelles, a profondément influencé l'art moderne.
Genèse d'un Artiste : Enfance et Premières Influences
Eugène Henri Paul Gauguin voit le jour à Paris le 7 juin 1848. Il est le fils de Clovis Gauguin, journaliste, et d'Aline Chazal, dont les origines péruviennes imprègnent l'imaginaire du jeune Paul. En 1849, la famille s'embarque pour le Pérou, mais le décès prématuré du père marque un tournant. Gauguin passe son enfance à Lima, avant de revenir en France à l'âge de sept ans, s'installant à Orléans chez son oncle.
Sa scolarité est marquée par une préparation à la marine. En 1865, à 17 ans, il s'engage dans la marine marchande, découvrant des contrées lointaines telles que Rio de Janeiro, Panama, la Polynésie et les Indes. Ces voyages nourrissent son goût de l'aventure et de la découverte, éveillant ses sens et stimulant son imagination. Il rêve, il dessine pour échapper au dur métier de matelot. Durant son tour du monde, il emmagasine les images qui défilent sous ses yeux et met en mémoire les odeurs jusqu'ici inconnues. La diversité des peuples et des cultures ne fait qu'attiser sa curiosité. Ces perceptions viennent s'ancrer à jamais dans son cœur et dans ses souvenirs.
À 19 ans, suite au décès de sa mère en 1867, Gauguin revient en France. Gustave Arosa, un ami de la famille, devient son tuteur. Il est recruté comme agent de change à la Bourse de Paris, une position confortable qui lui assure une stabilité financière. Arosa, passionné d'art, initie Gauguin à la peinture, qui devient rapidement un amateur et collectionneur averti.
L'Éclosion Artistique : De l'Impressionnisme au Synthétisme
En 1873, Paul Gauguin épouse Mette Sophie Gad, une Danoise. L'année suivante, il rencontre Camille Pissarro, une figure majeure de l'impressionnisme, qui l'initie aux techniques de la lumière et de la couleur. Gauguin découvre les expositions et le courant impressionniste. Il se voue à la peinture, conseillé par son ami Pissarro sur la composition d'un sujet. Les souvenirs et les sensations issus de ses voyages s'affirment sur la toile.
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Il expose à plusieurs reprises avec les impressionnistes, mais son style évolue rapidement. En 1882, un krach boursier le contraint à quitter son emploi et à embrasser pleinement sa vocation d'artiste peintre. Après quelques mois, la vie d'artiste devient de plus en plus difficile. Il ne peut plus entretenir sa famille et se voit obligé de quitter la France. Ils partent s'installer dans la famille de sa femme au Danemark. Mais Gauguin retourne à Paris avec l'un de ses fils. La situation financière est précaire. En 1886, il présente ses œuvres à l'exposition des impressionnistes.
Il part en Bretagne et décide de passer quelques mois à Pont Aven. Il rencontre des artistes dont Émile Bernard, un peintre à la technique particulière. Un voyage en Martinique, accompagné de Charles Laval, l'enchante à tel point qu'il réalise de nombreuses œuvres. La beauté des paysages le subjugue.
Gauguin s'éloigne progressivement de l'impressionnisme pour développer son propre langage pictural, caractérisé par la simplification des formes, l'utilisation de couleurs vives et l'expressivité des sujets. Il élabore une nouvelle technique en simplifiant les formes. Il élimine les détails, sa peinture devient plus synthétique. Il influence la famille des Fauves et des Nabis dont Paul Sérusier, Pierre Bonnard, Edouard Vuillard.
La Quête de l'Exotisme : Tahiti et les Îles Marquises
En 1891, Gauguin quitte la France pour Tahiti, fuyant la civilisation occidentale qu'il rejette. Il est conquis par la splendeur de la nature et de ses habitants, se sentant enfin dans son élément. Conquis pas la splendeur de la nature et de ses habitants, il se sent dans son élément. Il met en application sa nouvelle technique de peinture, le synthétisme, avec aisance. Sa palette se charge de couleurs vives.
Il s'imprègne de la culture locale, explorant les mythes et les traditions polynésiennes. Ses œuvres de cette période témoignent d'une fascination pour la beauté des paysages, la sensualité des corps et la spiritualité des croyances ancestrales.
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En juin 1893, il quitte l'Océanie pour la France où il décide de rédiger Noa Noa. C'est un manuscrit illustré pour expliquer sa peinture réalisée à Tahiti. Paul Gauguin expose une quarantaine d'œuvres de Tahiti, mais le succès n'est pas au rendez-vous.
En 1901, il s'installe aux îles Marquises, où il construit sa "maison du jouir".
Vie Personnelle et Descendance
Paul Gauguin a eu plusieurs enfants au cours de sa vie, issus de différentes relations. Avec son épouse danoise, Mette Sophie Gad, il a eu cinq enfants.
Le 19 avril 1899, Paul Gauguin avait eu un enfant de Pau’ura, sa maîtresse tahitienne, enfant qu’il abandonna, ainsi que sa mère, quand il partit pour les îles Marquises. Même s’il lui avait donné le prénom d’Émile, comme au fils aîné issu de son mariage avec Mette, lui conférant ainsi une sorte de légitimité onomastique, il ne l’avait pas reconnu, pas plus que ses demi-sœurs des îles Marquises. Pour Gauguin, les dérives sexuelles n’empêchent pas d’être légaliste en diable dans le domaine proprement familial : ses seuls vrais enfants sont ceux que lui a donnés sa Danoise. Le pauvre Émile n’avait donc pas le droit de porter le nom de son père.
Émile Marae a Tai était demeuré à Papeete. Demeuré, on ne saurait mieux dire car, d’après les témoins de l’époque, il était légèrement « feeble minded », c’est-à-dire faible d’esprit, au point d’avoir de la peine à s’exprimer et à se faire comprendre. Sans instruction, n’ayant jamais appris ni à lire ni à écrire, assez porté sur la bouteille et d’un tempérament belliqueux, marié, divorcé et remarié, père de six enfants dont il ne se soucie guère, il a pour seule source de revenus une filiation qui lui permet de se faire photographier par les touristes, qui le payent pour avoir un cliché du fils Gauguin. « Il est sans doute le seul mendiant et le seul clochard de Tahiti, l’une des curiosités de l’île », remarque le père O’Reilly.
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Pitoyable vie que celle de cet homme, qui passait ses nuits en prison quand il ne cuvait pas son vin dans les ruelles de Papeete ! « Pendant des années, Émile Gauguin qui couchait sur une paillasse au fond d’un petit garage vendit des nasses, petits paniers d’osier qu’il tressait lui-même, ainsi que d’horribles ‘ watercolors ‘, des aquarelles dont un enfant de trois ans aurait eu honte tellement elles étaient pauvrement exécutées sur n’importe quels bouts de papier. Il en demandait cinq ou dix francs polynésiens (80 francs polynésiens pour un dollar) et se contentait de n’importe quelle somme, un ou deux francs qu’on lui donnait pour ses ‘ œuvres ‘. Il passait la plupart de son temps en prison, constamment condamné pour toutes sortes de méfaits. C’était d’ailleurs une prison complaisante, d’où on le laissait sortir lorsqu’un paquebot entrait au port afin qu’il puisse aller vendre aux touristes ses nasses et ses dessins. » Quelle dérision ! Le fils Gauguin réduit à vendre d’abominables aquarelles, pitoyables caricatures des œuvres du père, aux riches touristes de passage à Tahiti !
Mais Émile était quand même un Gauguin et ce qui ne pouvait manquer d’arriver arriva. Son destin devint tragique le jour où l’on se mit en tête d’exploiter le nom qu’il ne portait pas vraiment. C’est d’abord un « mercanti de Frisco » qui essaie de vendre ses aquarelles, sans grand succès d’ailleurs. Puis, comme de juste, d’autres Américains s’avisent des bénéfices qu’on pourrait tirer des œuvres du fils Gauguin. Peu importe la qualité du travail : le prestige de la signature suffira largement ! Ils en achètent de larges stocks, qu’Émile arrive à peine à signer. C’est un énorme fiasco. Il y a pire. Le correspondant qui renseigne Pierre Leprohon sur le malheureux Émile poursuit son récit : « Il y a quelques années, j’ai lu dans un hebdomadaire qu’une Américaine avait obtenu l’autorisation d’emmener Émile avec elle - c’était je crois à Chicago - où on lui acheta un costume et des chaussures (il ne porte en général qu’un short et marche pieds nus), elle le força à ‘peindre’ quantité de ‘watercolors’ ne ressemblant à rien, puis elle fut bien obligée de le réexpédier à Papeete, vu l’impossibilité de le ‘civiliser’… ». De fait, en 1961, une certaine Josette Giraud, l’épouse française d’un homme d’affaires américain résidant à Tahiti prend en charge la promotion des œuvres d’Émile et le promène de Londres à Paris avant de confier son protégé à une sorte d’impresario américaine, Marjorie Kovler. Simple bête curieuse jeté en pâture au public, Émile ne comprend rien à ce qui lui arrive, se retrouve enfermé dans une cave où il ne produit guère que des œuvres sans intérêt et finit par s’enfuir ! La tentative d’occidentalisation picturale du métis a échoué.
Les Dernières Années et la Mort
Aux Marquises, Gauguin continue de peindre et de sculpter, mais sa santé se détériore. Il est atteint de la syphilis et souffre d'une blessure à la jambe. Ses relations avec les autorités locales se tendent, notamment en raison de sa défense des populations autochtones.
Il meurt le 8 mai 1903 à Atuona, sur l'île de Hiva Oa, et est enterré au cimetière local. Ses biens et ses toiles furent dispersés aux enchères. La plupart de ses dessins et de ses sculptures furent jetées aux ordures.
L'Héritage de Gauguin
Paul Gauguin laisse derrière lui une œuvre considérable, qui a marqué l'histoire de l'art. Son style novateur, son utilisation audacieuse de la couleur et son exploration des cultures non occidentales ont influencé de nombreux artistes. Il est aujourd'hui considéré comme un précurseur de l'art moderne.
Ses œuvres sont conservées dans les plus grands musées du monde et continuent d'inspirer les générations d'artistes. On peut citer parmi ses tableaux les plus célèbres "Femmes de Tahiti" et "Le Christ Jaune".
Une Analyse Rétrospective: Gauguin et la Société
Si Paul Gauguin a marqué le patrimoine artistique français avec des peintures historiques, il est important de considérer les aspects plus sombres de sa vie personnelle. Son attirance pour les jeunes filles, notamment sa relation avec Marie-Rose Vaeoho, alors âgée de treize ans, soulève des questions éthiques et morales qui ne peuvent être ignorées.
La complexité de l'homme et de l'artiste réside dans cette dualité. Son génie créatif ne saurait occulter les aspects controversés de sa vie, qui doivent être analysés et contextualisés.
Redécouverte d'une Œuvre de Jeunesse : L'Aquarelle de 1865
En 2018, une aquarelle signée "Gauguin P." et datée du 2 juillet 1865 a été retrouvée, offrant un nouvel éclairage sur la formation artistique du jeune Paul Gauguin. Cette œuvre, représentant un chalet suisse au bord de l'eau, témoigne de son intérêt précoce pour le dessin et de son influence par les paysages européens.
Cette découverte remet en question l'idée reçue selon laquelle Gauguin était un artiste autodidacte, révélant une formation artistique plus approfondie qu'on ne le pensait. L'aquarelle permet de retracer le parcours du jeune homme, de son enfance à Orléans à son engagement dans la marine marchande.
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