L'allaitement maternel est un processus physiologique complexe, influencé par divers facteurs anatomiques, hormonaux et chirurgicaux. Comprendre l'organe responsable de la lactation et les éléments qui peuvent l'affecter est essentiel pour accompagner au mieux les femmes souhaitant allaiter.

1. Anatomie du Sein et Lactation

Pour comprendre comment les chirurgies mammaires peuvent impacter une lactation, il faut comprendre comment elle se déroule. Le réseau lacté est composé de plusieurs éléments clés :

  • Aréole et mamelon : Ils possèdent de nombreux capteurs nerveux qui, sous la succion, transmettent l’information à l’hypothalamus. Ce dernier transmet ensuite l'information à l’hypophyse pour activer les hormones responsables de la production et de l’éjection lactée. Donc de la prolactine, un peu d’insuline et de cortisol (production) et de l’ocytocine (éjection). Ces capteurs nerveux sont reliés aux nerfs qui eux-mêmes suivent plusieurs chemins dans le sein, tout autour des glandes mammaires.
  • Glandes mammaires : Elles sont constituées de lobes eux-mêmes constitués de lobules. Il y a 20 à 40 lobules par lobe et chaque lobule contient 10 à 100 alvéoles/acini où se déroule la production de lait. Les capteurs nerveux envoient donc le signal aux hormones de produire et les lobules, abritant des cellules très bavardes, se dépêchent de produire le lait tout en contractant les membranes qui les entourent pour l’envoyer vers les canaux galactophores.
  • Canaux galactophores : Ces canaux prennent leur origine dans les alvéoles/acini et se dirigent, par un réseau complexe de ramifications, vers l’aréole et le mamelon (où ils se rejoignent) pour permettre au lait de s’extraire du sein.
  • Pores galactophores : Le mamelon possède des pores galactophores, ces petits « trous » qui permettent de laisser sortir le lait.

Lors d’une chirurgie mammaire il est possible que les canaux galactophores et les nerfs soient endommagés. C’est pourquoi elle est susceptible de perturber la conduite de l’allaitement.

2. Rôle des Hormones

La lactation est un processus hormonal complexe, orchestré par plusieurs hormones clés :

  • Prolactine : Cette hormone, sécrétée par l'hypophyse, est essentielle pour initier et maintenir la production de lait. Elle a un effet mammotrope, c’est-à-dire qu’elle conduit à la croissance des glandes mammaires, un effet lactogène, c’est-à-dire qui stimule la production de lait, et un effet sur la libido et le désir sexuel. Le taux de prolactine augmente à partir de 10 semaines de grossesse, pour culminer aux alentours de 150 à 250 µg/L pendant le 3e trimestre de grossesse. Des pics de sécrétion ont toutefois lieu en cas d’allaitement, durant et après chaque tétée.
  • Ocytocine : Souvent appelée "hormone de l'amour" ou "hormone de l'attachement", l'ocytocine est responsable de l'éjection du lait (le réflexe d'éjection). Elle est sécrétée en réponse à la succion du bébé et provoque la contraction des cellules myoépithéliales autour des alvéoles, permettant ainsi au lait de s'écouler à travers les canaux galactophores. L'ocytocine joue un rôle majeur pendant la grossesse, l'accouchement et l'allaitement.

3. Impact des Chirurgies Mammaires sur la Lactation

Plus la chirurgie est susceptible d’approcher les canaux galactophores, les nerfs et les glandes mammaires, et plus il y a de risque que la lactation soit impactée. Pour toute chirurgie il est donc préférable d’avoir une incision la plus éloignée de l’aréole.

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Afin de connaître l’impact d’une chirurgie sur ce « réseau lacté », il est possible de se fier à quelques signes avant l’accouchement. Si l’aréole a été déplacée il y a de fortes chances pour que le réseau ait été endommagé, c’est une procédure très délicate. Et s’il y a perte de sensibilité, qu’il y ait déplacement ou non de l’aréole, il est possible que le réseau nerveux ait été endommagé. Par contre, il est impossible de savoir à quel degré tant que la lactation n’est pas établie.

3.1. Augmentation Mammaire

L’augmentation mammaire consiste à intégrer des prothèses mammaires, le plus souvent il s’agit d’implants pré-remplis en gel silicone, mais ils peuvent l’être aussi au sérum physiologique ou plus rarement à l’hydrogel. Les implants pré-remplis en gel silicone ne sont pas contre indiqués pour l’allaitement, car « la sécurité des implants en silicone sur la santé des nourrissons est évoquée et semble sans danger ».

Il existe 3 sortes d’incisions pour le placement des implants:

  • En péri-aréolaire, la plupart du temps en hémi péri-aréolaire inférieure, donc en demi-cercle sous l’aréole. C’est l’incision la plus couramment pratiquée du fait de sa discrète cicatrice.
  • Sous mammaire donc sous le pli du sein. D’un point de vue esthétique elle est moins sollicitée car on peut la voir en position allongée.
  • Axillaire donc sous l’aisselle. Également moins sollicitée du fait du placement assez visible de la cicatrice, de la possibilité d’une cicatrice épaisse, de la macération possible pouvant entraver une bonne cicatrisation, du placement difficile des implants pour le chirurgien et du risque de déplacement de la prothèse vers le haut.

Le placement de la prothèse peut se faire en sous pectoral (sous le muscle), ou sur pectoral (entre les glandes mammaires et le muscle) ou en dual plan (ou bi-plan) avec la moitié inférieure de l’implant mammaire entre le muscle et la glande et la moitié supérieure de l’implant derrière le muscle pectoral.

Évidemment lors de ce type de chirurgie il est préférable de ne pas avoir d’incision péri-aréolaire ni de prothèses placées sur le muscle. En effet, cette dernière placée entre le muscle et les glandes mammaires peut comprimer ces glandes et créer de nombreux engorgements et mastites. De plus, il est possible qu’une coque se crée autour de la prothèse et accentue encore cette compression en risquant d’atrophier les glandes mammaires.

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Selon certaines méta-analyses, les participantes avec des implants mammaires peuvent avoir des difficultés d’allaitement, en particulier pour mettre en place un allaitement exclusif. Cependant l’incision péri-aréolaire ne semble pas réduire le taux d’allaitement exclusif.

3.2. Hypotrophie / Aplasie / Hypoplasie Mammaire

Il est possible qu’une chirurgie d’augmentation mammaire puisse cacher des signes d’aplasie ou d’hypoplasie mammaire.

  • L’hypotrophie est un manque de développement du sein, par rapport à la morphologie de la femme et n’impactant pas forcément les glandes mammaires.
  • L’hypoplasie mammaire est un développement anormalement petit des glandes mammaires.
  • L’aplasie mammaire est par définition l’absence de poitrine chez la femme et peut donner lieu à un développement anormal des glandes mammaires.

L’aplasie et l’hypoplasie mammaire peuvent se déclarer à la puberté ou apparaître plus tard avec une diminution de la poitrine. Elles trouvent pour causes un syndrome génétique, la maladie de Poland ou l’intoxication chimique ou médicamenteuse de l’embryon.

Pour l’aplasie mammaire le diagnostic est rapide au vu de l’absence de poitrine. Afin de définir si l’aplasie est bien liée à une diminution des glandes mammaires il faudra surveiller la bonne mise en place lors de l’allaitement.

Pour l’hypoplasie mammaire l’examen se fait aussi visuellement. L’hypoplasie mammaire peut être autant sur des seins grands que petits, il s’agira plutôt de regarder la forme du sein et de l’asymétrie. Le praticien formé pourra regarder différents points tels que:

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  • L’asymétrie mammaire
  • Un écart de plus de 4cm entre les seins
  • Une poitrine de forme tubulaire (la poitrine a une base étroite et son volume est long plutôt que rond)
  • Les aréoles peuvent être grandes et bulbeuses (comme s’il s’agissait d’une structure séparée attachée au sein)
  • Une absence de modification mammaire pendant la grossesse, après la naissance ou les deux.

3.3. Réduction Mammaire / Hypertrophie Mammaire

La réduction mammaire consiste à enlever une partie de la graisse et du tissu mammaire afin de réduire le volume de la poitrine. Le chirurgien commence généralement par le côté profond de la glande au plus près du muscle pectoral ; la quantité de graisse enlevée varie selon l’âge.

L’incision se fait en 3 cicatrices. Une péri-aréolaire, une verticale sous le sein et une à l’horizontale à la base du sein, ce qui forme une cicatrice en « T » inversé ou ancre marine.

L’aréole pourra potentiellement être détachée et déplacée en fonction de la quantité de tissu enlevé. Dans ce cas, il est évident que l’aréole ayant été déplacée, les canaux galactophores pourront être largement endommagés. Il faudra se fier à la sensibilité de l’aréole et compter sur les capacités régénératrices du corps pour pouvoir potentiellement allaiter.

Les techniques qui maintiennent intacte la colonne du parenchyme mammaire sous-aréolaire (tissu fonctionnel de l’organe glandulaire) semblent offrir de meilleures chances d’allaiter.

4. Protocole d'Accompagnement de l'Allaitement en Cas de Chirurgie Mammaire Invasive

Les protocoles décrits ci-dessous doivent se faire sous l’accompagnement d’un professionnel formé en allaitement, tel qu’une consultante en lactation certifiée IBCLC ou tout autre professionnel sérieusement formé en allaitement.

4.1. Tirages

Si la chirurgie mammaire ne permet pas un allaitement exclusif il sera possible pour la maman de mettre en place un protocole de stimulation et de compléments à donner au bébé sans risque de perturbation/modification de succion.

Dans ce cas précis, il est conseillé à la mère de pratiquer le tirage avec un tire lait à double pompage de qualité hospitalière dès l’accouchement. Le nombre de tirages peut être ajusté en fonction du métabolisme de la maman et de sa production lactée.

Si la production est, dès le départ, peu conséquente, il pourra être nécessaire de tirer le lait après chaque tétée. La maman pourra continuer à tirer son lait aux 3h du jour et de la nuit dans un 1er temps. Par la suite, il faudra surveiller la conséquence de ces tirages sur la production lactée, vérifier que le sein soit bien drainé par le bébé (donc vérifier également la prise au sein du bébé), afin d’éviter les engorgements potentiels. Si le sein n’arrive pas à être drainé malgré la bonne succion du bébé, il faudra ajuster cette production excessive en réduisant le nombre de tirages.

Ces tirages doivent être ajustés pour que la lactation soit optimale, ni trop stimulée, ni pas assez. Dans un cas comme dans l’autre la surveillance doit rester accrue afin d’ajuster le protocole en fonction du métabolisme de la maman.

4.2. Compléments

Le bébé pourra avoir besoin de compléments si la mise en place d’un allaitement exclusif n’est pas possible. Dans ce cas, il sera possible de compléter le bébé avec le lait que la mère aura tiré, et/ou aux PCN si les tirages n’étaient pas suffisants.

Il est vivement recommandé d’utiliser le DAL au sein afin de ne pas perturber la succion du bébé dans cet allaitement déjà fragile mais également afin de stimuler la production lactée par la succion de bébé.

5. Importance du Suivi et de l'Accompagnement

Il est recommandé de vous faire accompagner par une consultante en lactation certifiée IBCLC et/ou une association formée en allaitement.

C’est pourquoi il faudra toujours vérifier les paramètres d’un bon transfert de lait avant de se prononcer sur l’éventuelle mise en place d’un protocole d’allaitement. Pour savoir si le transfert de lait est bon, il faudra se fier aux nombres de couches mouillées, aux selles (et au départ, l’évacuation du méconium) et à la prise de poids.

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