L'égalité entre les femmes et les hommes est un enjeu majeur de notre société. Malgré les progrès réalisés, des inégalités persistent, notamment en matière de parentalité. Le congé de paternité, ou congé du second parent, est un outil essentiel pour favoriser un meilleur partage des responsabilités parentales et réduire les inégalités professionnelles liées à la maternité. Cet article explore les enjeux liés au congé de paternité, son évolution récente, et les pistes d'amélioration pour tendre vers une plus grande égalité.
Congés Parentaux Actuels : Un Panorama Général
En France, le système des congés parentaux comprend trois principaux dispositifs : le congé de maternité, le congé de paternité et d’accueil du jeune enfant, et le congé parental d’éducation.
Le congé de maternité, établi en 1909 et généralisé en 1947, vise à protéger la santé des femmes enceintes et des nourrissons, ainsi qu'à prévenir les discriminations sur le marché du travail. Sa durée est de seize semaines (vingt-six à partir du troisième enfant), dont huit obligatoires.
Le congé de paternité et d’accueil du jeune enfant, apparu au début des années 2000 et étendu en 2021, est actuellement de vingt-huit jours, dont sept obligatoires. Il est indemnisé dans les mêmes conditions que le congé maternité et accessible à presque tous les co-parents. Il permet à l’autre parent de passer du temps avec son bébé, de favoriser la sécurité affective de l’enfant, d’atténuer l’isolement des mères et de réduire les inégalités dans les couples par un meilleur partage des tâches parentales.
Le congé parental d’éducation, optionnel, permet aux parents de suspendre leur contrat de travail (jusqu’à trois ans), mais n’est indemnisé que pour une durée limitée (de six à vingt-quatre mois). Il peut être pris à taux plein ou partiel, constituant ainsi un droit au temps partiel après une naissance.
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Maternité et Inégalités Économiques : Un Constat Alarmant
Encore aujourd’hui, la maternité pénalise économiquement les femmes. L’écart global de rémunération entre les femmes et les hommes en France est de 22,3%. La maternité explique en partie cet écart. Ainsi, selon les chiffres de l’Insee de 2022, « cinq ans après une naissance, les mères salariées du secteur privé ont des revenus salariaux inférieurs d’environ 25% par rapport à ce qui se serait produit sans enfant, alors que les pères sont peu ou pas affectés ». L’Insee indique aussi que les femmes précaires sont les plus impactées : celles qui touchent les salaires horaires les plus bas encaissent une perte de revenus de l’ordre de 40%.
L’année suivant une naissance, la moitié des mères (47%) déclare avoir réduit ou arrêté leur activité professionnelle, contre 6% des pères. De manière assez lucide, 78% des mères cadres déclarent qu’une femme qui a des enfants est freinée dans son évolution professionnelle selon une récente étude de l’Apec.
Aux inégalités professionnelles s’ajoutent les inégalités domestiques. Les femmes continuent de consacrer plus de temps que les hommes aux tâches parentales et domestiques, l’écart augmente après une naissance, et la situation ne s’améliore que très lentement. Au croisement des inégalités professionnelles et domestiques, la maternité constitue une trappe à inactivité pour bien des femmes. Seules 53% des mères avec au moins deux enfants dont un de moins de trois ans travaillent, et seulement 27% à temps plein.
Ce n’est pas le congé parental qui éloigne les femmes du marché du travail, mais d’abord l’offre insuffisante de solutions d’accueil pour faire garder son enfant. Il manque en effet entre 160 000 et 200 000 places d’accueil pour les tout-petits en France. Les inégalités sociales et territoriales dans l’accès aux modes de garde étant de plus très fortes en France, ces difficultés se concentrent notamment sur des femmes précaires invisibilisées dans le débat public.
Le Congé de Paternité : Un Levier pour l'Égalité ?
La brièveté du congé de paternité/du second parent conforte, au sein des couples hétérosexuels, un schéma familial traditionnel basé sur un parent principal et un parent secondaire. Ce modèle repose sur une paternité discrète au travail et une paternité auxiliaire au sein du foyer. Parce que le congé maternité est plus long, un grand nombre de co-parents ne se retrouveront jamais seuls avec un nourrisson de manière prolongée. Le 29e jour après la naissance, lorsque le congé paternité/du second parent est pris en une seule fois, la mère qui vient d’accoucher se retrouve seule avec son nourrisson et va prendre en charge davantage de tâches parentales routinières et quotidiennes. Une fois installée, cette posture de parent auxiliaire, source de tensions dans bien des couples, tend à perdurer.
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L’argument de la santé des mères est souvent invoqué pour justifier l’inégalité des congés maternité et paternité/du second parent. En réalité, la situation actuelle crée des situations d’isolement et d’épuisement des mères. 15 à 20% des femmes subissent une dépression du post-partum, et le suicide est la deuxième cause de mortalité des mères dans l’année qui suit une naissance.
Dans la sphère professionnelle, la brièveté du congé de paternité/du second parent limite les efforts d’adaptation de l’employeur, qui peut se contenter d’y voir un congé annuel un peu plus long que d’habitude. Le congé parental d’éducation, censé garantir la flexibilité et la liberté de choix, est parfois subi, utilisé comme palliatif à des difficultés d’accès à un mode de garde.
Évolutions Sociétales et Attentes des Pères
La société évolue lentement mais sûrement vers des valeurs plus égalitaires. Les pères qui n’assumaient aucune tâche éducative, encore fréquents dans les années 1990, sont devenus rares. De même, 71% des Français s’accordent à dire que les hommes en font « plus qu’avant » concernant les tâches ménagères, même si seuls 50% estiment que les hommes en font autant que les femmes selon une enquête de la Drees. Sept pères sur dix prennent leur congé paternité, et les jeunes générations adhèrent à l’idée que celui-ci doit être étendu.
Réforme du Congé Parental : Vers un Nouveau Modèle ?
En janvier dernier, a été annoncé le remplacement du congé parental par un nouveau « congé de naissance » plus court et mieux rémunéré. Si la nécessité de revaloriser les congés parentaux fait relativement consensus, reste à savoir selon quelles modalités et avec quels objectifs.
Il est essentiel d'étendre le congé paternité au bénéfice de tous les seconds parents, d'instaurer un véritable service public de la petite enfance et de revaloriser le congé parental, adossée à des objectifs d’émancipation plutôt que natalistes.
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Les Levers d'Action pour une Plus Grande Égalité
Plusieurs leviers d’action peuvent être mobilisés pour réduire les inégalités liées à la parentalité :
- Améliorer l’accueil des jeunes enfants, en quantité, en qualité et en assouplissant les horaires. Si les structures d’accueil de la petite enfance sont en nombre suffisant, de qualité et accessibles financièrement, elles favorisent à la fois la natalité et l’emploi des femmes.
- Étendre le congé paternité. C’est au moment de la naissance que les écarts (de salaires, d’avancement, de temps passé à la maison) se creusent. L’allongement du congé de paternité contribue à une parentalité mieux partagée ; un investissement précoce des pères participe aussi à renouveler les cadres de la socialisation des jeunes enfants et à réduire l’asymétrie des rôles parentaux. Une mesure plus efficace consiste à désynchroniser une partie du congé entre les parents.
- Le rôle de l’école dans l’orientation des filles vers des filières peu féminisées et inversement. La différenciation des rôles des filles et des garçons se forge dès la petite enfance. Puis, c’est à l’école et tout au long de la formation que s’établit la ségrégation des métiers dits « de femmes » et ceux dits « d’hommes », archétypes des stéréotypes.
Lutter Contre les Stéréotypes de Sexe
Ces mesures ne seront pas effectives sans un travail sérieux et cohérent de lutte contre les stéréotypes de sexe. Pour jouer sur les normes de masculinité et de féminité, des campagnes de sensibilisation antisexiste doivent être diffusées sur les médias traditionnels et en ligne. Mais, c’est surtout un travail de fond de formation à ces stéréotypes qui est à mener auprès des différents acteurs. L’école et les activités extrascolaires étant des lieux majeurs de socialisation, d’apprentissage des normes et des comportements sociaux, la formation des professionnels de l’enfance (professionnels de la petite enfance, enseignants, éducateurs, animateurs, etc.) est capitale.
Enfin, c’est aussi à travers des actions concrètes que l’on peut agir, et ce dès l’enfance. L’apprentissage non sexué des différentes tâches domestiques permet une socialisation précoce au travail domestique. Si cuisiner, nettoyer, ranger est encouragé à la crèche ou l’école maternelle, il faut poursuivre à l’adolescence. On peut penser à une version modernisée des cours d’éducation manuelle et technique au collège, où garçons et filles apprendraient la cuisine quotidienne ou le maniement de la perceuse.
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