L’avortement aux États-Unis est un sujet de discorde politique majeur qui divise la société depuis des décennies. De la prohibition totale à la reconnaissance d’un droit constitutionnel, puis à son retrait, la question de l’avortement a profondément marqué le paysage politique américain.

Avant Roe v. Wade : Un Mosaïque de Lois Étatiques

Avant 1973, les lois régissant l’avortement variaient considérablement d’un État à l’autre. Certains États autorisaient l’avortement dans des cas spécifiques (danger pour la vie de la mère, viol, inceste), tandis que d’autres l’interdisaient purement et simplement. Cette disparité créait des inégalités d'accès importantes pour les femmes à travers le pays.

Roe v. Wade : La Consécration d'un Droit Constitutionnel (1973)

En 1973, la Cour suprême des États-Unis a rendu l’arrêt historique Roe v. Wade. En substance, la Cour suprême a jugé que la Constitution des États-Unis protégeait le droit d’une femme à avorter, au moins pendant les premiers trimestres de sa grossesse. La Cour a fondé sa décision sur le droit à la vie privée, garanti par le Quatorzième amendement de la Constitution.

Les Personnes Clés de l'Affaire Roe v. Wade

  • Jane Roe: Ce pseudonyme désignait Norma McCorvey, une femme célibataire du Texas qui avait intenté la poursuite contre le procureur général du Texas en 1970.

  • Henry Wade: Ce pseudonyme désignait Henry Wade, le procureur général du Texas à l’époque de l’affaire.

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Conséquences Immédiates de Roe v. Wade

D’un seul coup, la Cour suprême a balayé un siècle de restrictions en matière d’avortement et rend anticonstitutionnelles les lois des 46 États.

L'Érosion Progressive du Droit à l'Avortement

De nombreuses tentatives ont été faites pour faire annuler l’arrêt Roe v. Wade. Au fil des décennies, des États ont adopté des lois visant à restreindre l’accès à l’avortement, telles que les TRAP laws (Targeted Restrictions on Abortion Providers). Ces lois imposent des exigences strictes aux cliniques pratiquant l'avortement, rendant plus difficile pour les femmes d'y accéder.

Le Revirement de 2022 : La Fin de la Protection Fédérale

En juin 2022, la Cour suprême renverse l’arrêt Roe v. Wade. Chaque État est désormais libre de légiférer sur l’avortement. La décision de la Cour suprême des États-Unis de renverser l’arrêt Roe v. Wade en 2022 a suscité de nombreuses réactions et interrogations.

Les Arguments de la Cour Suprême pour le Revirement

Les juges majoritaires ont souligné que le droit à l’avortement n’est pas explicitement mentionné dans la Constitution américaine. Ils ont ainsi remis en question la légitimité de l’arrêt Roe v. En renversant Roe v. Wade, la Cour suprême a estimé que la question de l’avortement devait être renvoyée aux États, qui sont plus à même de représenter les intérêts de leurs citoyens respectifs. Les juges majoritaires ont également souligné l’importance de laisser le débat sur l’avortement se dérouler au niveau politique, par le biais du processus démocratique. Certains juges ont également invoqué la nécessité de protéger la vie fœtale, en particulier à partir d’un certain stade de développement.

Conséquences Immédiates du Revirement

Dès la décision de la Cour suprême, sept États annoncent l’interdiction de l’avortement : le Missouri, le Dakota du Sud, l’Oklahoma, l’Arkansas, l’Alabama, le Kentucky, la Louisiane, le Wisconsin et le Texas.

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Le Paysage Actuel : Un Accès à l'IVG Très Inégal

Presque deux ans plus tard, la Cour suprême examine, la loi restrictive de l’Etat de l’Idaho qui interdit l’avortement, sauf si la vie de la femme enceinte est en jeu : l’administration Biden l’accuse de violer une loi fédérale sur les urgences médicales. Dans le pays, une dizaine d’Etats (en rouge foncé sur la carte ci-dessous) ont interdit l’avortement, obligeant des cliniques à fermer ou à déménager. Sont notamment concernés le Texas, la Louisiane ou encore le Mississippi, qui ne prévoient aucune exception en cas de viol ou inceste. Dans le Wyoming, l’Ohio et le Montana l’accès à l’IVG n’est pas interdit, mais est menacé (en rouge sur la carte). Des textes visant à l’interdire ou à le restreindre sont contestés dans les tribunaux. En revanche, dans une dizaine d’Etats - dont la Californie, l’Etat de New York ou Washington - l’accès a été étendu. Professionnels et patients y sont plus protégés. Dans d’autres Etats, l’IVG reste autorisée (en bleu clair sur la carte), sans nouvelles législations particulières quand l’intervention a été restreinte dans six Etats (en jaune sur la carte), notamment, en réduisant le délai légal.

Les États Sanctuaires et les États Restrictifs

Certains États, comme la Californie, l’État de New York ou Washington, ont étendu l’accès à l’IVG, protégeant davantage les professionnels et les patients. Ils sont souvent considérés comme des "États sanctuaires" pour les femmes cherchant à avorter. À l'inverse, d'autres États ont mis en place des interdictions ou des restrictions sévères, rendant l'avortement quasiment inaccessible.

La Floride : Un Exemple de Restriction Récente

La loi sur l’avortement en Floride a connu des modifications récentes qui ont restreint considérablement l’accès à l’IVG dans l’État. La Floride interdit dorénavant toute interruption volontaire de grossesse après six semaines, contre quinze semaines auparavant. Le lundi 30 septembre 2024, un juge a rétabli le droit à l’avortement au-delà de six semaines, au motif qu’elle violait les droits fondamentaux des femmes. « Beaucoup de femmes ignorent complètement être enceintes ou au mieux n’en sont pas sûres », le juge Robert McBurney a restauré l’autorisation de l’avortement jusqu’à la viabilité du fœtus, soit autour de vingt à vingt-deux semaines.

Les États Protégeant Constitutionnellement le Droit à l'Avortement

En 2024, l’Alaska, la Californie, la Géorgie, l’Illinois, le Kansas, le Michigan, le Minnesota, le Dakota du Nord, l’Ohio et le Vermont ont le droit à l’avortement dans leurs constitutions, soit explicitement, soit selon l’interprétation de la Cour suprême de l’État.

Ressources Utiles

Si vous voulez savoir quels sont vos droits à l’IVG, État par État aux États-Unis, vous pouvez utiliser le site AbortionFinder. Le site est mis à jour très rapidement, et il est géré par une équipe de défenseurs des droits, d’avocats, d’experts en santé publique, de chercheurs, et d’ingénieurs.

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L'Avortement Médicamenteux : Une Nouvelle Frontière

Aux États-Unis, le nombre total de médicaments envoyés pour des avortements autogérés a augmenté d’environ 27 838 au cours des 6 mois suivant Dobbs (de juillet à décembre 2022), soit bien plus que ce qui était attendu selon les données préalablement collectées (Ara et al., 2024). Aussi, un nouveau type de prestataire - les cliniques « virtuelles » ou uniquement en ligne - a élargi les options de soins en proposant des services d’avortement médicamenteux via la télésanté. Si les avortements aux États-Unis demeurent pratiqués encore majoritairement dans des établissements physiques, d’octobre à décembre 2023 un avortement sur cinq (18 %) a été réalisé grâce à la télésanté (Wecount, 2024). Par ailleurs, des travaux soulignent que des personnes souhaitant avorter utilisent la télésanté internationale (ie Women on Web [4]) pour obtenir des pilules abortives médicamenteuses afin de gérer elles-mêmes leurs interruptions de grossesse en dehors du cadre clinique (Aiken et al., 2022). Selon l’Organisation mondiale de la Santé, cette pratique ne comporte pas de risque pour la santé des femmes.

La Menace sur la Mifépristone

Comme l’évoque le court reportage États-Unis : l’accès à la pilule abortive menacé ? (Gainsford, 2024), les groupes anti-choix tentent aujourd’hui aux États-Unis de restreindre l’accès à l’avortement en insistant sur une supposée dangerosité de la mifépristone (la pilule abortive), ce qui pourrait affecter l’accès à l’avortement médicamenteux dans tout le pays, même dans les États où la procédure est légale.

Les Centres de Crise de Grossesse : Un Piège pour les Femmes

Il existe des centres religieux qui ne disent pas leur nom. Ils attirent en proposant des services gratuits. Gratuits est souvent ce que recherchent souvent les femmes qui pensent interrompre leurs grossesses, pour des raisons qui leur appartiennent. Elles sont jeunes, trop jeunes, peu informées, de milieux modestes. Ces centres sont très bien référencés sur les moteurs de recherche et ont des moyens importants pour arriver à avoir de bons avis sur Google notamment, manifestement des faux. Mais si on lit en détails ces avis on trouve des choses étranges. « Basé sur la foi, où ils induisent régulièrement en erreur les femmes dans le besoin avec des informations inexactes. ». On découvre en fait en poussant les recherches, que certains de ces centres sont réputés pour être peu qualifiés pour effectuer une échographie, datent comme ça les arrange les grossesses et vous impriment une image de l’échographie titré « baby » dessus avec une flèche vers l’embryon.

Le Harcèlement des Manifestants Anti-Avortement

De nombreux centres sont assiégés par des « pro-life ». Les femmes qui se rendent dans ces centres, également pour simplement trouver des informations médicales, doivent passer entre les manifestants, qui peuvent : leur lire des versets de la bible, les insulter, ou pire.

Les Conséquences Humaines du Revirement de Roe v. Wade

Les restrictions du droit à l’avortement dans certains États du pays ont déjà couté la vie à une femme. En août 2022, Amber Thurman, 28 ans, est décédée parce qu’elle n’a pas été prise en charge à temps à la suite d’un avortement. Une mort qui aurait pu être évitée selon les résultats de l’enquête officielle.

Un Accès Inégal et Discriminant

Désormais, certaines personnes doivent parcourir des centaines de kilomètres pour pouvoir avorter. D’autres sont contraintes de mener leur grossesse à terme, car elles ne peuvent pas payer le déplacement. Plusieurs personnes ont témoigné en ce sens. Parmi celles qui n’ont pas pu avorter, certaines étaient mineur·es et avaient été violées.

L'Impact Disproportionné sur les Populations Marginalisées

Les interdictions d’avorter et autres mesures restrictives appliquées dans certains États ont un impact disproportionné sur les groupes de population les plus marginalisés, qui sont déjà confrontés à des formes de discrimination multiples et intersectionnelles. Notre enquête contient de nombreuses histoires de personnes enceintes qui sont noires, autochtones, sans papiers, LGBTI+, en situation de handicap, installées en zone rurale et/ou qui ont des revenus faibles.

Les Films pour Comprendre les Enjeux

  • Roe V. Wade. La véritable histoire de l’avortement (titre français) (Stern et Sundberg, 2018) : Sur l’histoire de l’avortement aux États-Unis.

  • Never Rarely Sometimes Always (Hittman, 2020) : Rendre compte d’une expérience contemporaine de femme souhaitant avorter, victime de désinformation en matière d’avortement et contrainte de quitter sa ville de résidence pour pouvoir accéder à un avortement.

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