Ce mercredi 31 juillet marque le 110e anniversaire de la naissance de Louis de Funès, un acteur comique français emblématique dont l'héritage continue de faire rire des générations. Né Louis Germain David de Funès de Galarza le 31 juillet 1914 à Courbevoie, il a laissé une empreinte indélébile sur le cinéma et le théâtre français.
Une jeunesse et des débuts modestes
Issu d'une famille d'origine espagnole, Louis de Funès est le dernier de trois enfants. Son père, Carlos Luis de Funès de Galarza, avocat d’origine aristocratique, avait quitté Séville après avoir épousé Leonor Soto y Reguera contre l’avis de sa famille. Il devint diamantaire. Le jeune Louis est élevé dans la banlieue parisienne par sa mère, qui lui transmet son sens exceptionnel du théâtre.Louis de Funès est un élève dissipé et se fait remarquer par son goût inné pour le comique. Par ailleurs, il explique qu'il a beaucoup été influencé par sa mère qui possédait un don pour le faire rire.
Ses études sont une suite d’échecs. Après avoir été renvoyé de l'École Technique de Photographie et de Cinéma, Louis de Funès enchaîne les petits métiers avant de devenir pianiste de bar au milieu des années 30. La même année, Louis de Funès décide de devenir comédien et prend des cours auprès du Cours Simon. S’étant inscrit sans trop y croire au cours de comédie de René Simon, il va connaître presque aussitôt une ascension irrésistible : sur une scène, puis devant une caméra, il sait donner en quelques secondes un grand relief à n’importe quelle silhouette, laquelle devient, par son intervention, un véritable personnage.
Il multiplie les petits boulots - étalagiste, apprenti fourreur, comptable - et se fait engager comme pianiste dès 1936 dans de nombreux bars. Pianiste de bar sous l'Occupation, il épouse en secondes noces Jeanne Barthélemy le 20 avril 1943. Celle-ci deviendra en quelque sorte son agent lorsque Louis de Funès aura acquis le statut de star.
Les premiers pas au cinéma et l'ascension
L’apprenti comédien enchaîne, et ce à partir de La Tentation de Barbizon en 1945, les apparitions et petits rôles à un rythme effréné. Son camarade Daniel Gélin lui permet d'obtenir son premier rôle au cinéma. Il ira jusqu'à incarner six personnages à la fois dans Du Guesclin en 1948. Une façon pour lui d’expérimenter grimaces, mimiques et gestuelles qui seront sa future marque de fabrique. Après ses débuts à l’écran dans La Tentation de Barbizon de Jean Stelli en 1945, Louis de Funès enchaîne sans interruption 82 films (il en tournera 140 en tout) dans lesquels ses compositions, toujours plus étoffées, constituent les moments forts. L’ex-pianiste de fortune voit d’abord dans le métier de comédien une manière agréable, quoiqu’incertaine, de gagner sa vie. Il est le premier surpris de ses succès.
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En 1953, sa carrière prend de l'envol avec le succès de Ah ! les belles bacchantes, adaptation du célèbre spectacle des Branquignols, troupe comique d’après-guerre largement influencée par Hellzapoppin' et les films muets. En 1954, Louis de Funès partage l'affiche avec Fernandel dans « Le mouton à cinq pattes » d'Henri Verneuil, sa première collaboration avec l'acteur. C'est son rôle dans La Traversée de Paris en 1956 qui définit le personnage lâche et colérique qu'il interprétera dans ses films futurs. Trois ans plus tard, il fait son entrée parmi les « grands » en tenant tête à Jean Gabin dans une scène culte de La Traversée de Paris (1956). Les deux hommes seront de nouveau amenés à collaborer ensemble, sur Le Gentleman d'Epsom (1962), comédie sur fond d'arnaque au cheval perdant, et Le Tatoué (1967), film au tournage difficile en raison des querelles d’égos existantes sur le plateau.
La reconnaissance arrive pour Louis de Funès lorsqu'il obtient le grand prix du rire en 1957. En 1957, Louis de Funès obtient enfin son premier grand rôle avec « Comme un cheveu sur la soupe » de Maurice Regamey. « Comme un cheveu sur la soupe » est un petit succès et vaut à Louis de Funès de remporter le Grand Prix du rire la même année. Fort de ce succès, l'acteur revient à l'affiche avec « Ni vu… Ni connu…
En attendant, Louis de Funès compte un nouveau triomphe à son actif, théâtral cette fois-ci : la pièce Oscar dans laquelle il livre sa fameuse "tirade des nez". Un long métrage, tiré de cette œuvre et réalisé par Edouard Molinaro, verra le jour 8 ans plus tard et remportera aussi les faveurs du public.
L'explosion de la popularité
En 1963, Louis de Funès devient enfin tête d’affiche en jouant dans Pouic-Pouic, adaptation de la pièce Sans cérémonie de Jean Girault et Jacques Vilfrid. Au début des années 1960, il confirme son statut de grand comique avec Pouic Pouic en 1963 et entame une riche collaboration avec Jean Girault qui le met en scène notamment dans la série des Gendarmes en 1964. Puis connaît une ascension fulgurante durant l’été 1964, période à laquelle il tourne trois futurs « blockbusters » : Le Gendarme de Saint-Tropez, Fantômas - début d’une saga où Jean Marais verra son étoile pâlir à mesure que monte celle de de Funès - et Le Corniaud, l’occasion pour l’énergique acteur de nouer de solides liens d’amitié avec Bourvil, son diamétral opposé à l’écran. Ni vu ni connu (Yves Robert, 1957), Pouic-pouic (Jean Girault, 1963), Le Gendarme de Saint-Tropez (Jean Girault, 1964, qui sera suivi de cinq autres Gendarmes).
Le réalisateur Gérard Oury aura la géniale idée de les réunir à nouveau dans ce qui sera l’une des plus belles réussites de la comédie populaire, La Grande vadrouille (1966). Il multiplie les succès signés Gérard Oury (Le Corniaud en 1965, La Grande Vadrouille en 1966 et La Folie des Grandeurs en 1971). Avec un record établi à 17 267 607 entrées pour ce seul film, Louis de Funès devient l’acteur le mieux payé du cinéma européen. Le Corniaud (1965), puis La Grande vadrouille (1966), La Folie des grandeurs (1971) et Rabbi Jacob (1973), tous quatre signés par Gérard Oury, sans oublier Oscar (1967) et Hibernatus (1969), la série des Fantômas (1964-1967), d’André Hunebelle, Le Grand restaurant (1966) de Jacques Besnard, L’Aile ou la cuisse (1976) de Claude Zidi sont certes de valeur inégale, mais développent tous un type humain que de Funès aura su porter à une hauteur moliéresque : c’est la figure du petit chef, tyrannique avec les inférieurs, cauteleux avec les puissants, qui venge le public populaire de bien des avanies auxquelles il est souvent exposé - ce qui n’est généralement pas le cas des intellectuels (dont la critique) qui lui manifestèrent au commencement leur dédain.
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Parmi les acteurs qui ont marqué la carrière de Louis de Funès, on peut mentionner l'actrice Claude Gensac qui incarne sa femme dans le « Gendarme ».
Les années 1970 et les défis de la santé
Dans les années 1970, Louis de Funès enchaîne représentations théâtrales et tournages. Surmené, il fait deux infarctus en 1975. Il continue de tourner malgré tout (L'Aile ou la Cuisse en 1976, Le Gendarme et les Extra-terrestres en 1979, La Soupe au Choux en 1981).
Sur les plateaux de tournage, sa personnalité écrasante et son interventionnisme dans les scénarios sont parfois mal vécus par certains auteurs et comédiens comme Robert Dhéry (Le Petit baigneur), Claude Rich (Oscar) ou encore Jean Lefebvre et Christian Marin, qui ne feront plus partie du casting des Gendarme à compter de la fin des années 1970.
En attendant, Louis de Funès est en quête de renouvellement dans son jeu, et c’est pour cette raison qu’il se tourne vers Serge Korber qui signera au tournant 1970-1971 deux longs métrages atypiques dans sa filmographie : L'Homme orchestre et Sur un arbre perché. Malheureusement deux échecs commerciaux. Après cette parenthèse Korber, l’acteur renoue avec le succès en retrouvant le cinéaste Gérard Oury pour La Folie des grandeurs (1971) - qui se fera sans Bourvil, décédé un an plus tôt - et Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), comédie dont la scène culte du ballet hassidique et le message de tolérance offriront à Louis de Funès un très bel accueil critique. De retour au théâtre avec La Valse des toréadors de Jean Anouilh, le fringant sexagénaire ne se ménage pas. Gérard Oury et lui ont en tête de retravailler ensemble sur une nouvelle comédie, Le Crocodile, dont le tournage est prévu en mai 1975 et où de Funès aurait à camper un surprenant dictateur. Mais en mars de cette même année, ce dernier est victime d’un double infarctus.
Mis au repos forcé, Louis de Funès doit son retour sur les plateaux de cinéma au jeune producteur Christian Fechner qui parvient à convaincre les compagnies d’assurances de le couvrir sur le tournage de L' Aile ou la cuisse en 1976. Amaigri et assisté médicalement, l’acteur livre aux côtés de Coluche, la valeur montante du moment, un jeu plus allégé, plus nuancé, voire même ouvert à l'émotion. Les spectateurs répondent présent en masse avec 5,8 millions d’entrées. Cette collaboration Fechner / de Funès se poursuivra avec La Zizanie (1978), L'Avare (1979) - seule coréalisation de de Funès - et La Soupe aux choux (1981), adapté du roman de René Fallet. Mais l’acteur est sur le déclin, dépassé par Jean-Paul Belmondo, nouveau champion du box-office. Entre deux Gendarme (… et les extraterrestres / … et les gendarmettes), il se voit remettre le 2 février 1980 un César d'honneur par Jerry Lewis.
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Les derniers hommages et la disparition
Louis de Funès meurt le 27 janvier 1983 à Nantes, près du château de Clermont qu’il avait acquis, victime d’un nouvel infarctus qui lui sera fatal cette fois-ci. Il est inhumé au cimetière du Cellier (Loire-Atlantique).
Sa mort (le 27 janvier 1983 à Nantes, près du château de Clermont qu’il avait acquis) n’a pas freiné sa gloire.
L'héritage d'un géant du rire
Louis de Funès reste l'un des acteurs les plus célèbres et les plus aimés en France, son humour et ses performances continuent d'amuser des générations de spectateurs. Ses films continuent d'être rediffusés et de rencontrer un large public.
Son règne sur le box-office français se confirme avec les différents volets du Gendarme (… à New York, … se marie, … en balade) et autres comédies signées Jean Girault (Les Grandes vacances) ou Edouard Molinaro (Oscar, Hibernatus), mais la critique, elle, ne se montre guère clémente à l’égard de ce que dégage l’acteur, une certaine représentation de la bourgeoisie traditionaliste et de l’autoritarisme gaullien. Mais le temps lui a rendu justice.
Son personnage irascible, mais pas vraiment méchant, son jeu grimaçant et ses mimiques ont été théorisés dans "La Folie des grandeurs" de Gérard Oury en 1971, où il rencontre Yves Montand et "Hibernatus" en 1969. Avec "Les aventures de Rabbi Jacob" en 1973, il réussit l'exploit de faire rire ensemble juifs, musulmans et catholiques. Il a su toujours tirer parti de ses moindres apparitions sur le petit ou le grand écran : il faisait toujours un numéro pour sortir du lot.
Comme tout film culte, cette comédie avec un Louis de Funès au top de sa forme a poussé les Twittos à répéter ses meilleurs répliques.
Témoignages et souvenirs
Nicaise Jean-Louis, qui a joué dans Le Gendarme et les Gendarmettes, se souvient de l’ambiance formidable sur le tournage et de la gentillesse de Louis de Funès, avec qui elle partageait une passion pour le jardinage. Maurice Risch, qui a tourné avec Louis de Funès à quatre reprises, souligne sa précision dans le jeu et son professionnalisme.
Pour Maurice Risch, si Louis de Funès est toujours aussi aimé et ses films font des cartons d’audience à chaque fois, c’est « parce qu’il les pensait pour les enfants. Et quand c’est pour les enfants, c’est indémodable. Prenez Les Grandes vacances. Ce film n’a pas pris une ride !
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