Le sionisme, un mouvement politique et religieux complexe, a émergé à la fin du XIXe siècle, mais ses racines historiques et idéologiques remontent bien plus loin. Il est essentiel de comprendre les multiples facettes de ce mouvement pour éclairer la naissance de l'État d'Israël cinquante ans plus tard et pour saisir pourquoi ce territoire a cristallisé l'intérêt d'une partie des Juifs désireux d'y établir une nation.
Les Prémices du Sionisme: Un Attachement Millénaire à Sion
Le mot « sionisme » tire son nom de Sion, une colline de Jérusalem biblique. Sion en vint à symboliser Jérusalem elle-même, puis la Terre d'Israël dans son ensemble. Après la destruction du Second Temple en 70 après J.-C. et la dispersion du peuple juif, le rêve d'un retour à Sion, à Jérusalem, a été constamment entretenu dans la tradition religieuse juive. La formule « l’an prochain à Jérusalem » répétée lors des fêtes de Pâques et du Nouvel An, exprime cette nostalgie et l'espoir d'un retour.
Cet attachement à Sion, profondément ancré dans le peuple juif, est d'essence religieuse. La religion juive fait constamment référence à la Terre promise, et l'« aliya », la montée vers la Terre Sainte, est considérée comme une obligation pour tout fidèle.
Les Premières Idées Nationalistes Juives
Bien que l'attachement à Sion ait longtemps été de nature spirituelle, l'idée d'une restauration politique juive en Palestine a commencé à germer au sein du judaïsme européen au milieu du XVIIIe siècle, avec la Haskalah, les Lumières juives. Ce mouvement intellectuel a contribué à une sécularisation du judaïsme, à une modernisation de la culture et de l’identité juive ainsi que de la langue hébraïque.
En 1862, le philosophe allemand Moses Hess, proche de Karl Marx, publie « Rome et Jérusalem », un essai qui témoigne de l’émergence des idées nationalistes juives parmi les intellectuels juifs européens. Il y affirme que les Juifs forment une nation à part entière et doivent créer un État. Deux décennies plus tard, Léon Pinsker, médecin de l’Empire russe, publie anonymement « Auto-Émancipation ! ». Après avoir milité en faveur de l’assimilation des Juifs de Russie, il est bouleversé par les pogroms qui ont éclaté après l’assassinat du tsar Alexandre II. Dans son opuscule, il rejette l’idée d’assimilation des Juifs aux sociétés européennes et propose une solution territoriale. Il devient l’un des meneurs du jeune mouvement nationaliste juif des Amants de Sion. L’association Hovévé Sion (les Amants de Sion) est formée par Leo Pinsker et organise la première aliyah (montée) dans les années 1880-1890 durant laquelle environ 30 000 Juifs d’origines russe, polonaise et roumaine s’installent en Palestine. L’association est chargée de récolter des fonds afin d’acheter des terres en Palestine.
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En 1890, le journaliste autrichien Nathan Birnbaum forge le mot « sionisme ».
Theodor Herzl et la Naissance du Sionisme Politique
C'est sous l'impulsion du journaliste et écrivain juif d'origine hongroise Théodor Herzl (1860-1904) que le sionisme national se constitue et se développe véritablement. Correspondant à Paris pour le journal autrichien « Neue Freie Presse » à partir de 1894, Herzl prend pleinement conscience, avec l’Affaire Dreyfus, de l’ampleur de l’antisémitisme en Europe et de l’impossibilité de l’assimilation.
En 1896, il publie « L’État des Juifs », où il expose ses théories sionistes et affirme que la formation d’un État juif est le seul moyen de permettre aux Juifs de vivre en sécurité et d’améliorer leur image en Europe. Il y reprend les thèses sionistes et affirme que la formation d’un Etat juif est le seul moyen de permettre au Juifs de vivre en sécurité et d’améliorer l’image du Juif en Europe. Herzl s’interroge également sur les moyens de mettre en œuvre le projet sioniste. Il propose la constitution de plusieurs organes : la Société des Juifs établirait les bases politiques et culturelles de l’Etat alors que la Compagnie juive serait chargée de lui apporter des moyens financiers. Par ailleurs, il envisage la mise en place d’une monarchie ou d’une république aristocratique ne croyant pas qu’une démocratie serait capable d’établir un Etat solide. Il ne précise pas vraiment la langue officielle, considérant que l’hébreu n’est pas assez moderne et le yiddish pas assez sophistiqué. Le lieu du futur Etat reste alors à déterminer. La Palestine serait bien sûr l’idéal mais Herzl envisage également l’Argentine ou l’Ouganda.
Du 29 au 31 août 1897, Herzl organise le premier congrès sioniste mondial à Bâle, où est créée l’Organisation sioniste mondiale, dont il prend la tête. L’objectif du mouvement est d’établir en Palestine un « foyer » légitimé par le droit international, puis d’organiser l’immigration libre des Juifs en Palestine. Le programme du sionisme ne fait alors aucune référence religieuse et insiste plus sur l’histoire commune des Juifs. La même année, il fonde le journal « Die Welt », l’organe officiel du mouvement.
Diversité Idéologique au Sein du Sionisme
Au sein du sionisme, différentes tendances s’opposent. Le sionisme « pratique » cherche à accélérer l’immigration en Palestine sans attendre une garantie juridique internationale, tandis que le sionisme « culturel » tente de revaloriser la culture juive en Palestine en se fondant sur la langue hébraïque. Le sionisme territorialiste souhaite établir un État juif sur n’importe quel territoire.
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Pour Ahad Ha’Am (1856-1927), le sionisme est avant tout un mouvement culturel : la Palestine doit être un centre spirituel pour les Juifs. Certains sionistes, à l’instar d’Arthur Ruppin (1876-1943), sont partisans de la colonisation agricole en Palestine sans attendre l’appui d’une puissance étrangère tandis que d’autres, dont Herzl, cherchent à obtenir le soutien d’une grande puissance avant de mener une action concrète en Palestine.
En août 1903, après les pogroms de Kichinev (Russie), les sionistes se divisent autour de la proposition britannique de colonisation de l’Ouganda. Le pays est présenté comme « ein Nachtasyl » (« un asile de nuit ») par Nordau, un lieu temporaire pour secourir les réfugiés juifs d’Europe de l’Est. Approuvé lors du 6e congrès sioniste, ce projet révèle l’échec diplomatique de Herzl pour la reconnaissance de la présence juive en Palestine ottomane. Cependant, pour bon nombre de délégués du congrès, le sionisme ne peut se réaliser hors de l’antique terre d’Israël. C’est ainsi que lors du congrès suivant, qui se tient après la mort de Herzl en 1904, le mouvement sioniste rejette le précédent projet et décide de s’ancrer territorialement en Palestine.
Le Sionisme et les Puissances Européennes
Herzl se lance dans une importante activité diplomatique et multiplie les contacts avec les puissances européennes pour obtenir des concessions territoriales. Il tente de trouver des appuis auprès des souverains européens tels que du sultan ottoman Abdul Hamid II, l’empereur d’Allemagne Guillaume II et le roi d’Italie, sans grand succès. Herzl parvient cependant à sensibiliser les différents souverains au projet sioniste en leur démontrant que la mise en place d’un foyer juif ne peut qu’aller dans le sens de leurs intérêts. A partir de 1902, il arrive à obtenir le soutien du ministre britannique des colonies, Joseph Chamberlain.
En réalité l’idée d’une restauration politique juive en Palestine a d’abord germé hors du monde juif. Ce sont principalement des intellectuels protestants qui sont les auteurs de diverses propositions. Bien des traités savants, des plans et mémoires sont rédigés sur ce sujet entre le XVIe et le XIXe siècles.
L’intérêt croissant qui se manifeste alors pour la Palestine est lié aux craintes suscitées par l’entreprise conquérante du pacha d’Egypte Méhémet-Ali. La Grande-Bretagne joue un rôle important dans la mise en échec, en 1840-41, des ambitions égyptiennes et cherche à éviter tout retour offensif de Méhémet-Ali, plus ou moins soutenu par la France.
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La Déclaration Balfour et le Mandat Britannique
En 1917, la Déclaration Balfour apporte à l’Organisation sioniste une première grande victoire avec une garantie juridique de portée internationale pour l’établissement d’un Foyer national juif en Palestine. Le 9 novembre 1917, la Déclaration Balfour est publiée. Dans cette lettre, la Grande-Bretagne se déclare favorable à l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. "La déclaration Balfour de 1917 marque une sorte de tremplin pour le mouvement sioniste, qui est assez minoritaire avant la Première Guerre mondiale.", explique Chloé Rosner. L’historienne ajoute : "C’est à ce moment-là que la Palestine devient le lieu d’établissement du projet sioniste. C’est une brèche dans l’histoire de l’immigration juive en Palestine."
Suite aux accords Sykes-Picot, la Palestine passe sous mandat britannique, de 1920 à 1948. Le mandat britannique modifie la manière dont les populations en Palestine sont classifiées, et distingue les populations selon leur religion, ce qui modifie profondément le tissu local.
Tensions et Conflits en Palestine
Entre Juifs et Arabes de Palestine, des tensions apparaissent. Le modèle national du sionisme apparaît comme un danger pour la population arabe palestinienne, qui refuse d’emblée le projet d'État juif en Palestine et voit d'un mauvais œil l'augmentation de l'immigration juive sur son territoire. Des révoltes visent à la fois la population juive, avec des massacres comme celui d’Hébron en 1929, et les autorités britanniques qui contrôlent la zone, avec des actions violentes comme la grande révolte arabe entre 1936 et 1939, qui demande la fin du mandat britannique, la création d’un État arabe indépendant, et la fin de l’immigration juive. Pour apaiser le mécontentement de la population arabe, les Britanniques publient le Livre blanc, un document politique qui vise à réduire la vente de nouvelles terres aux Juifs et à limiter l'immigration juive. Ils répriment néanmoins violemment les mouvements de contestation.
Dans le même temps, la contestation juive grandit elle aussi, avec la formation de milices armées, comme l’Irgoun ou la Haganah, qui organisent des actions violentes contre la puissance mandataire pour protester contre les restrictions migratoires qui visent la population juive.
La Création de l'État d'Israël
Les persécutions et le génocide nazi des années 1930-1940 contre la communauté juive légitiment toujours plus son besoin de constituer un Etat. Le Royaume-Uni, dépassé par les événements et les revendications contradictoires de deux parties, se tourne vers l’Organisation des Nations unies en 1946, afin qu’elle trouve une solution. C’est la fin du mandat britannique sur la Palestine, et les premières étapes de la création de l’Etat d’Israël.
En 1947, l'ONU adopte un plan de partage de la Palestine. Bien que les Arabes rejettent ce projet, les Britanniques quittent le territoire et les sionistes proclament alors l’État d’Israël en 1948. Les pays arabes voisins envahissent le nouvel État mais perdent la guerre (1948-1949).
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