L'histoire de la Croix-Rouge est intrinsèquement liée à celle d'Henry Dunant, un philanthrope suisse dont la vision a donné naissance à un mouvement humanitaire mondial. Son rôle de pionnier dans la création du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ainsi que dans l'acceptation par les États des principes fondamentaux du droit international humanitaire, est indéniable.

Genèse de la Croix-Rouge Française : Un Acte Fondateur

La Croix-Rouge française, initialement nommée Société de secours aux blessés militaires (SSBM), a été officiellement créée le 25 mai 1864. Cette création est le fruit de l'engagement personnel et décisif d'Henry Dunant. Lors de la réunion de constitution, Dunant affirmait avec conviction : « Avec le temps, notre œuvre trouvera des applications de tous genres et des développements aussi précieux qu’inattendus ». Ses paroles prophétiques se sont avérées justes, car la Croix-Rouge française a connu une évolution remarquable depuis sa fondation.

L'acte fondateur de la Croix-Rouge remonte à la bataille de Solférino, le 24 juin 1859, durant la campagne d'Italie. Henry Dunant, témoin de cette bataille, fut profondément marqué par la souffrance des soldats blessés. Il organisa alors des secours improvisés avec le concours des populations civiles locales, sans aucune discrimination. Cet élan de solidarité est considéré comme le point de départ du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Suite à cette expérience traumatisante, Henry Dunant publia "Un souvenir de Solférino", un ouvrage dans lequel il proposait deux idées majeures qui allaient fonder le droit international humanitaire moderne. Il suggérait la conclusion d'un traité portant sur la neutralisation des services sanitaires militaires sur le champ de bataille, ainsi que la création d'une organisation permanente pour l'assistance aux blessés de guerre.

En 1863, le Comité international et permanent de secours aux blessés militaires, futur Comité International de la Croix-Rouge (CICR), vit le jour, reprenant les idées de Henry Dunant. Ce comité fut fondé sur sept piliers : l’humanité, l’impartialité, la neutralité, l’indépendance, le volontariat, l’unité et l’universalité. Ces principes sont toujours les valeurs fondamentales de la Croix-Rouge aujourd'hui.

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Henry Dunant : Le Visionnaire Humanitaire

Henry Dunant, né à Genève en 1828 et décédé à Heiden en 1910, fut un philanthrope suisse qui reçut le premier Prix Nobel de la Paix en 1901, conjointement avec le militant pacifiste Frédéric Passy. Son rôle essentiel dans la fondation de la Croix-Rouge est largement reconnu, mais sa contribution à la création de la Croix-Rouge française est moins connue. C'est en effet en 1864 que la Croix-Rouge française vit le jour sous le nom de Société de secours aux blessés militaires.

Dunant œuvra auprès de Napoléon III et de son entourage pour créer une organisation qu'il voulait "internationale, interconfessionnelle, et sans couleur de parti politique". En décembre 1863, il reçut une réponse encourageante de l'Empereur, et en avril 1864, il lança une convocation pour constituer une Commission provisoire de la Société nationale de secours aux blessés militaires (SSBM).

La réunion préparatoire eut lieu le 25 mai 1864, dans le salon du conseil d'administration de la Compagnie des Chemins de fer Paris-Orléans. Une trentaine de personnalités, dont des militaires, des industriels, des politiques et des aristocrates, répondirent à l'appel. Le maréchal Randon, ministre de la guerre, accepta de mauvaise grâce la présidence d'honneur. La première assemblée générale eut lieu le 11 mars 1865, entérinant la constitution d'un comité central français et ouvrant la voie à la création de comités locaux. Les statuts définitifs furent approuvés lors de sa reconnaissance comme établissement d'utilité publique par le décret impérial du 26 juin 1866.

Les Premières Actions et les Épreuves de la Guerre

La Croix-Rouge fit ses premières armes lors de la guerre de 1870 qui opposa la France à la Prusse. 400 comités de bénévoles furent créés sur l'ensemble du territoire français. Les bénévoles collectèrent des fonds, envoyèrent des secours et des messages familiaux aux prisonniers de guerre, et mirent à disposition des ambulances. Ce travail fut majoritairement réalisé par des femmes, soucieuses de participer à "l'effort de guerre". Face aux lacunes en matière de formations aux soins, elles encouragèrent la création de l'enseignement sanitaire et des premières formations d'infirmières.

Lors de la Première Guerre mondiale, les trois sociétés de la Croix-Rouge française, auxiliaires du Service de santé des armées, mobilisèrent plus de 68 000 infirmières et créèrent près de 1 500 hôpitaux auxiliaires, des infirmeries et des cantines de gare pour le soin des soldats malades et blessés. En août 1914, la Croix-Rouge française se préparait depuis des décennies à soutenir l'effort du Service de santé de l'armée auprès des malades et blessés militaires.

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Dès la crise des Sudètes en 1938, la Croix-Rouge française se prépara à intervenir comme auxiliaire du Service de santé des armées de la même façon qu'en 1914. La brièveté des opérations militaires en 1940 lui imposa de reconsidérer son action. Le 7 août 1940, les trois sociétés qui composaient l'association depuis 1864 fusionnèrent pour former une Croix-Rouge française unique. Cette fusion avait pour objectif une meilleure coordination de l'intervention en faveur des prisonniers de guerre, et s'avéra essentielle pour l'action auprès des populations civiles.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Croix-Rouge française dressa la liste de ses volontaires victimes du conflit, morts et blessés. L'engagement de la Croix-Rouge française durant le conflit lui valut en 1946 d'obtenir la Légion d'honneur et la Croix de guerre.

La Croix-Rouge Française pendant la Guerre d'Algérie

Depuis son implantation en 1870 à Alger jusqu'à l'automne 1954, la Croix-Rouge française développa son réseau et mena en Algérie des actions similaires à celles de la métropole. Depuis 1945, une direction générale était instituée à Alger, dont dépendaient trois conseils départementaux : Alger, Oran et Constantine.

La guerre fit basculer la population dans une grande misère, aggravée par les déplacements de villages entiers dans les centres de regroupement par les autorités militaires. Pour intervenir dans ces camps, la Croix-Rouge française fut officiellement mandatée par les autorités en mars 1959. Jusqu'en 1963, des équipes féminines se relayèrent pour soigner et distribuer des secours.

Les accords d'Évian (18-19 mars 1962), aboutissement des négociations entre le gouvernement français et le FLN, et la proclamation d'indépendance de l'Algérie le 3 juillet 1962, mirent fin à huit ans de guerre, entraînant un cessez-le-feu immédiat mais aussi un déferlement de violences et un exode massif vers la France.

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Le Bénévolat : Un Pilier Fondamental

Le bénévolat est la pierre angulaire de l'engagement associatif à la Croix-Rouge française. Dès ses origines, la Croix-Rouge l'a érigé comme l'un des 7 principes fondamentaux sous le vocable "volontariat", défini comme un acte librement consenti : "Il est un Mouvement de secours volontaire et désintéressé".

Les premiers à adhérer aux idées de Dunant en France faisaient partie de l'élite. Ils répondirent à un véritable besoin : l'absence quasi-totale de soins aux soldats. Ils firent profiter l'association de leur expérience, de leurs réseaux sociaux et de leurs biens, mus par cette aspiration commune qu'est le secours aux blessés de guerre.

Si la Société de secours aux blessés militaires (SSBM) était initialement une affaire d'hommes, la base active se constitua rapidement de femmes. Elles voyaient dans la Croix-Rouge l'occasion de participer à la défense de la France, en soignant les soldats blessés. Elles poussèrent à la création de l'enseignement sanitaire et des premières formations d'infirmières.

La majorité de la population travaillant de 10 à 12 heures par jour, ceux qui s'investissaient à la Croix-Rouge étaient ceux qui disposaient de moyens suffisants pour ne pas avoir à travailler. Cependant, la volonté d'ouverture au plus grand nombre, quelle que soit leur origine, était grandissante. La guerre de 1939-1945 fut une phase charnière pour la démocratisation de l'accès au bénévolat et pour une plus grande parité hommes-femmes.

Après 1940, la Croix-Rouge devint un microcosme de la société française. Le secourisme, activité nouvelle née de cette guerre, fut un facteur important d'une plus grande ouverture au bénévolat. Les dirigeants de la Croix-Rouge poussèrent à un recrutement plus massif et à plus d'interactions entre bénévoles.

L'Évolution du Rôle des Femmes

L'histoire des femmes au sein de la Croix-Rouge française est celle d'un combat pour le droit à la formation et à l'engagement sur le terrain. Sans jamais verser dans les revendications féministes, les femmes se sont battues pour se faire une place. Bénévoles de la première heure, elles ont largement contribué à la construction de l'identité de la Croix-Rouge française.

Lorsqu'en mai 1864, Henry Dunant présenta son discours pour la création d'une société de Croix-Rouge en France, l'assistance des futurs fondateurs était exclusivement composée d'hommes de l'élite nationale. Pourtant, les femmes se sentaient concernées et participèrent à la création d'ambulances lors de la guerre contre la Prusse en 1870.

Le premier Comité des Dames fut fondé durant la guerre de 1870. Pour attirer les membres féminins, le conseil d'administration de la SSBM demanda aux épouses des maréchaux de France de composer le nouveau Comité des Dames.

La Croix-Rouge Française Aujourd'hui

Aujourd'hui, la Croix-Rouge française est une association loi 1901 à but non lucratif, qui agit au côté des pouvoirs publics dans le secteur humanitaire. Elle est à la tête d'un réseau de 65 450 bénévoles et 16 703 salariés répartis dans près de 1 056 implantations locales.

La Croix-Rouge française est présente sur l'ensemble du territoire national et s'engage dans l'économie sociale de services à but non lucratif, menant des actions de formations aux soins. Elle s'adapte aux défis contemporains tels que la pauvreté croissante, la raréfaction des ressources et la fracture numérique.

En 2019, la Croix-Rouge française a imaginé 21, un nouveau "lieu ressources" à Montrouge, à la fois laboratoire d'idées, de conseil et d'expérimentation dans le champ social de l'association humanitaire.

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