Michel Foucault, figure intellectuelle majeure du XXe siècle, a profondément marqué la pensée contemporaine par ses analyses critiques du pouvoir, de la connaissance et de la subjectivité. Ses leçons au Collège de France, prononcées entre 1971 et 1984, constituent une somme théorique indépassable. Parmi celles-ci, le cours de 1978-1979, intitulé Naissance de la biopolitique, est l'un des plus lus et des plus controversés. Ce cours s'inscrit dans la continuité de celui de l'année précédente, Sécurité, Territoire, Population, et explore la rationalité politique à l'intérieur de laquelle ont été posés les problèmes spécifiques de la vie et de la population.
Contexte et Genèse de la Biopolitique
Le concept de biopolitique, forgé par Foucault, désigne la manière dont la vie elle-même devient l'objet du politique. Il s'agit de faire prospérer les ressources, de faire croître les forces vives et de les piloter. Le pouvoir se mue en « biopouvoir », qui consiste à « faire vivre et laisser mourir ». Cette notion a trouvé une actualité étonnante avec l’épidémie de Covid-19, puisque le pouvoir a imposé le confinement, puis la distanciation des corps, au nom de la survie.
Foucault situe la naissance de la biopolitique au XVIIIe siècle, période où l'économie politique marque l'avènement d'une nouvelle raison gouvernementale : gouverner moins, par souci d'efficacité maximum, en fonction de la naturalité des phénomènes auxquels on a affaire. Il entreprend alors l'analyse des formes de cette gouvernementalité libérale, cherchant à comprendre comment le phénomène population peut être pris en compte dans un système soucieux du respect des sujets de droit et de la liberté d'initiative.
Le Libéralisme comme Cadre de la Biopolitique
Le cours de Foucault vise à étudier le libéralisme comme cadre général de la biopolitique. Il s'agit de décrire la rationalité politique à l'intérieur de laquelle ont été posés les problèmes spécifiques de la vie et de la population. Quels sont les traits spécifiques de l'art libéral de gouverner, tel qu'il se dessine au XVIIIe siècle ? Quelle crise de gouvernementalité caractérise le monde actuel et à quelles révisions du gouvernement libéral a-t-elle donné lieu ?
Foucault analyse le libéralisme comme une pratique ordonnée vers des objectifs, et non comme une théorie ou une idéologie. Le libéralisme fait donc rupture avec les autres formes de gouvernementalité. Effectivement, la gouvernementalité cherche traditionnellement à maximaliser ses effets en en diminuant le coût. Le libéralisme rompt donc avec la raison d'État (renforcement de l'État) et l'État de police (partir du principe qu'on gouverne trop peu). Au contraire, pour le libéralisme, on gouverne toujours trop.
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Pour le libéralisme, il faut donc s'interroger sur les meilleurs moyens d'atteindre ses effets, mais surtout sur la légitimité même de son projet d'atteindre des effets. En somme, la question qui est posée est : pourquoi faut-il gouverner ? Le libéralisme n'est donc pas une utopie, c'est un instrument critique de la réalité, un instrument critique de la gouvernementalité.
L'Auto-limitation du Gouvernement
Avec ce principe de limitation, on rentre dans l'âge de la raison gouvernementale critique. Ce n'est plus la question du droit et donc de l’usurpation du souverain qui est posée, mais c'est la question de l'autolimitation du gouvernement, c'est-à-dire "comment ne pas trop gouverner". L'économie politique s’est développée dans le cadre même des objectifs du gouvernement, à la différence de la pensée juridique des XVIe et XVIIe qui s'était développée à l'extérieur de la raison d'État.
Foucault met en évidence le rôle paradoxal que joue la « société » par rapport au gouvernement : principe au nom duquel celui-ci tend à s'autolimiter, mais cible également d'une intervention gouvernementale permanente, pour produire, multiplier et garantir les libertés nécessaires au libéralisme économique. La société civile, loin de s'opposer à l'État, est donc le corrélatif de la technologie libérale de gouvernement.
Le Marché comme Instance de Véridiction
Au XVIIIe siècle, un nouveau type de rationalité dans l'art de gouverner émerge, ce que l'on appelle le "libéralisme". Ce nouvel art de gouverner a pour fonction, non pas d'assurer la croissance indéfinie de l'État, sa force, sa richesse, mais de limiter de l'intérieur l'exercice du pouvoir de gouverner. On rentre donc à la fin du XVIIIe dans une époque qui est celle du "gouvernement frugal", ou encore du "moindre État". La question de la frugalité se substitue à la question de la Constitution qui hantait la réflexion politique du XVIe et XVIIe. Ce gouvernement frugal s'est formé à partir du branchement de la raison d'État et de l'économie politique. C'est ce branchement qui va devenir un lieu et un mécanisme de formation de vérité.
Le marché, autrefois considéré comme un lieu de juridiction, devient un lieu de vérification-falsification de la pratique gouvernementale. Ce couplage au XVIIIe, entre un régime de vérité économique et une nouvelle raison gouvernementale, n'est pas le produit d'un discours scientifique économique qui aurait séduit ou contraint les gouvernants.
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Néolibéralisme : Ordolibéralisme Allemand et École de Chicago
Foucault étudie les deux grandes écoles néolibérales du XXe siècle : l'ordolibéralisme allemand et le néolibéralisme de l'École de Chicago. Cette analyse met en évidence le rôle paradoxal que joue la « société » par rapport au gouvernement : principe au nom duquel celui-ci tend à s'autolimiter, mais cible également d'une intervention gouvernementale permanente, pour produire, multiplier et garantir les libertés nécessaires au libéralisme économique. La société civile, loin de s'opposer à l'État, est donc le corrélatif de la technologie libérale de gouvernement.
L'ordolibéralisme allemand, né dans les années 1930, prône un État fort capable de garantir les règles du marché et de lutter contre les distorsions de concurrence. Il s'agit de créer un cadre juridique stable et fiable pour permettre aux acteurs économiques de s'épanouir. Le néolibéralisme de l'École de Chicago, quant à lui, met l'accent sur la déréglementation, la privatisation et la réduction de la taille de l'État. Il considère que le marché est le meilleur mécanisme pour allouer les ressources et que l'intervention de l'État doit être minimale.
Biopolitique et Subjectivité
Si le terme de biopolitique apparaît explicitement en octobre 1974, Michel Foucault a toujours développé sa réflexion sur le corps et la biologie par rapport à l’institution et la classification de la subjectivité.
Foucault s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles il a abandonné la biopolitique pour décrire la sexualité en terme de subjectivité dans les deux derniers tomes de l’Histoire de la sexualité. La biologie, le corps vivant a toujours été présent dans l’œuvre, de 1954 à 1978, à partir de l’interprétation de l’aliénation du corps par le pouvoir psychologique, l’expertise médicale, le regard de la clinique, l’ordre du discours, la surveillance panoptique et le biopouvoir.
Le corps vivant échappe par sa nature aux sciences de l’homme qui doivent, dès le rêve, reconnaître au sommeil. L’opposition de la médecine mentale et de la médecine organique produit une description évolutive de la maladie.
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