Introduction

Jules Ferry (1832-1893) demeure une figure emblématique de la Troisième République française. Né à Saint-Dié dans les Vosges, le 5 avril 1832, d’un père avocat, il est une figure majeure des débuts de la Troisième République. Cet article propose une analyse de la vie et de l’œuvre de Jules Ferry, explorant ses contributions majeures dans les domaines de l’éducation, de la politique et de la laïcité, tout en abordant les controverses liées à sa politique coloniale. Il incarne toutes les ambiguïtés du libéralisme républicain français.

Jeunesse et Ascension Politique

Issu d'une famille bourgeoise et fortunée, Jules Ferry est le fils de l'avocat Charles-Édouard Ferry et d'Adèle Jamelot. Son père, libre-penseur, lui donne une éducation classique, libérale et agnostique. Il semble d’abord vouloir suivre les traces de ce dernier. Jules Ferry fait des études de droit à la faculté de Paris. Devenu un avocat réputé, il se passionne pour la chose publique et se spécialise dans la défense juridique des républicains. Son jeunesse est marquée par son engagement dans les mouvements républicains et son opposition au Second Empire de Napoléon III.

Opposant actif au Second Empire, il se tourne très vite vers le journalisme où l’on remarque son talent de pamphlétaire. Il collabore à plusieurs journaux dont La Revue des Deux Mondes en s’exprimant sur la politique économique. Il fait paraître un pamphlet en 1863 (La Lutte électorale) dans lequel il critique la pratique des candidatures législatives officielles. Il est condamné mais critique le régime impérial ainsi que les projets d’urbanisme d’Haussmann en 1868.

C’est alors que Jules Ferry entre en politique. Il se fait élire en 1869 député de la 6e circonscription de la Seine, sur un programme radical, anti-centralisateur et anti-militariste. Il s’oppose d’ailleurs à la déclaration de guerre contre la Prusse. Ferry gravit rapidement les échelons politiques, devenant député républicain de la circonscription de Paris en mai 1869.

La Naissance de la IIIe République et le Rôle de Jules Ferry

Après la défaite de Napoléon III à Sedan, la république est proclamée le 4 septembre 1870. Ferry intègre le gouvernement de Défense Nationale. Il est délégué du gouvernement à la mairie de Paris dès le 6 septembre. Il est nommé maire de Paris, le 15 novembre 1870. Il a la charge d’assurer le ravitaillement de la capitale assiégée par l’armée prussienne. Les restrictions alimentaires qu'il impose au peuple parisien lui valent le surnom de « Ferry la famine ». Durant la Commune (1871) il fuit Paris pour Versailles et contribue à réprimer violemment les insurgés. Il démissionne le 5 juin 1871 du poste de Préfet de la Seine qu’il vient de prendre à la suite de la répression de la Commune.

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Élu député des Vosges le 8 février 1871, il détiendra ce mandat jusqu’en 1889. Il rejette les idées royalistes et la politique d’ordre moral de Mac Mahon. Ferry est un fervent défenseur du républicanisme et de l’anticléricalisme. Quand on parle de la naissance de l’école, on cite souvent Jules Ferry.

L'Œuvre Éducative de Jules Ferry : L'École Laïque, Gratuite et Obligatoire

Appelé en 1879 par le troisième président de la IIIe République, Jules Grévy, pour être ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts, il occupera ce poste presque sans interruption jusqu’en novembre 1883 et s’illustrera par sa politique scolaire. Après la victoire des républicains face aux royalistes de 1879, Ferry devient ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts et Président du Conseil. Son œuvre est considérable.

Les Lois Fondamentales de l'Éducation

Si celui qui incarne la gauche républicaine ou « opportuniste « n’a pas « inventé » l’école, pas plus que Charlemagne d’ailleurs - les premières d’entre elles sont apparues au moment même où a été inventée l’écriture il y a 3 500 ans avant JC, en Mésopotamie -, il reste l’instigateur des lois de 1881-1882 sur l’école laïque, gratuite et obligatoire, qui ont fondé le système scolaire tel qu’il existe encore aujourd’hui en France. En effet, il fait adopter la loi du 16 juin 1881, instaurant la gratuité absolue de l’enseignement primaire. Il complète cette réforme par la loi du 28 mars 1882 qui rend l’école laïque et obligatoire (jusqu’à l’âge de 13 ans). Ferry jette ainsi les bases du système éducatif français moderne.

Autres Réformes et Mesures

Parmi ses premières mesures : la création d’une École normale supérieure féminine à Sèvres et d’une agrégation féminine, le 9 août 1879, et l’expulsion des congrégations religieuses non autorisées, 29 mars 1880. En plus de rendre l’instruction publique laïque, il crée l’École Normale Supérieure féminine (l’ENSJF, fusionnée en 1985 avec l’ENS d’Ulm) ce qui entraîne la création d’une agrégation féminine. Par ailleurs, il impose certaines règles telles que la différenciation entre l’éducation d’une fille et d’un garçon. Il estime que leur enseignement ne peut être identique, notamment en ce qui concerne les travaux manuels.

Jules Ferry et les Libertés Publiques

En 1881 il introduit la loi sur la liberté de réunion, considérée comme fondamentale et qui permet à un groupe de personnes de se réunir dans un lieu de façon pacifique. S’ensuit la loi sur la liberté de la presse le 29 juillet 1881 qui définit les libertés, les responsabilités et les limites de la presse française. En 1884, il fait voter la loi “Waldeck-Rousseau” sur la liberté syndicale. Concrètement, celle-ci autorise la création de syndicats de salariés. Jules Ferry a ainsi permis le développement des libertés publiques.

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La Politique Coloniale de Jules Ferry : Entre Expansion et Controverse

Tout en conservant sa fonction de ministre de l’Instruction publique, il est président du Conseil de septembre 1880 à novembre 1881 et à nouveau à partir de février 1883. Il prend ensuite le portefeuille des affaires étrangères qu’il conservera jusqu’au renversement de son cabinet, le 6 avril 1885. Pour Ferry, la République a un rang à tenir dans le monde. Mais sa politique d’expansion coloniale, notamment en Tunisie et au Tonkin, se heurte à l’hostilité de la droite comme de l’extrême gauche.

L'Expansion Coloniale

« la France ne peut être seulement un pays libre ; […] elle doit être aussi un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient […] et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie «. D’abord, Ferry se montre hostile à l’expansion allemande et souhaite récupérer l’Alsace et la Moselle. Ne souhaitant toutefois pas s’attaquer au front allemand, il choisit de porter son intérêt sur des conflits plus favorables. C’est le début des conquêtes coloniales. La politique de Ferry permet à la France d’obtenir le protectorat de la Tunisie en 1881 par le traité de Bardo, de Madagascar en 1883, d’une partie de l’Afrique équatoriale (1883-1885), et du Tonkin en 1885.

Les Controverses et la Chute

Cette dernière intervention lui sera fatale. Elle provoque en effet la colère des milieux nationalistes et particulièrement de la gauche républicaine. Ces derniers critiquent la tentative d’oubli de l’Alsace-Moselle. Dans son discours du 28 juillet 1885, Jules Ferry parle de « races supérieures » qui auraient un droit vis-à-vis des « races inférieures ». Ferry prône l’idée d’une mission civilisatrice dont serait chargé l’homme blanc. Cette expression indigne nombre de parlementaires. Par ailleurs, l’extension du conflit à la Chine s’ensuit de nombreuses spéculations boursières et provoque la chute de Ferry. Il démissionne en mars 1885.

La Déchéance et le Retour en Politique

Surnommé le "Tonkinois, Ferry connaît alors une vague d’impopularité en France. Alors qu’il incarnait la gauche “opportuniste “, il se heurte à l’hostilité de la droite comme de l’extrême gauche. L’affaire du Tonkin met fin à sa carrière de président du Conseil, en 1885. Vivement attaqué par les boulangistes qui ne lui pardonnent pas d’avoir surnommé le général Boulanger ”César de café-concert”, Jules Ferry est battu aux élections présidentielles de 1887. Les boulangistes en particulier attaque sa candidature. Ces derniers ne lui pardonnent pas d’avoir surnommé le général Boulanger “César de café-concert”. Il devient la cible d’un attentat au Palais Bourbon quelques jours après l’élection.

Jules Ferry n’en demeure pas moins président du Conseil général des Vosges et devient élu au Sénat en 1891. Il y préside notamment la commission des douanes et la commission de l’Algérie pour laquelle il fera une longue mission en Algérie en avril-juin 1892. En 1893 il apparaît comme candidat naturel à la Présidence du Sénat et se voit élire dès le premier tour. Il ne peut exercer cette charge qu’une vingtaine de jours, puisqu’il meurt d’une crise cardiaque le 17 mars 1893, à 60 ans, ce qui fait de lui le Président de la Haute Assemblée au mandat le plus court.

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Héritage et Impact

L’héritage de Jules Ferry demeure complexe, mêlant ses réalisations éducatives progressistes à ses politiques impérialistes. Son influence sur le système éducatif français perdure, tout en suscitant des débats sur la conciliation des idéaux républicains avec les actions coloniales. Malgré ces nuances, Jules Ferry reste une figure incontournable de la construction de la République française et la promotion de l’éducation pour tous. Très contesté de son vivant, il devient ensuite une légende républicaine.

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