La maladie du foie gras non alcoolique (NAFLD), une affection hépatique chronique caractérisée par l'accumulation excessive de graisse dans le foie, touche une part importante de la population française, et les femmes enceintes ne sont pas épargnées. Souvent asymptomatique, la NAFLD peut entraîner de graves complications, notamment des problèmes hépatiques sévères, des complications cardiovasculaires et des risques accrus pendant la grossesse. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble de la NAFLD chez la femme enceinte, en mettant en lumière sa prévalence, ses risques potentiels et les stratégies de gestion.

Prévalence et Physiopathologie de la NAFLD

La stéatose métabolique, ou hépatique non alcoolique (NAFLD), est définie comme une accumulation de graisses dans le foie d’origine métabolique, indépendante de la consommation d’alcool ou d’une histoire personnelle d’hépatites virales. La prévalence de la stéatose métabolique est estimée à 18,2 % dans la population adulte française, avec environ 220 000 personnes présentant des lésions de fibrose avancée. Bien que plus fréquente chez les hommes, la NAFLD est préoccupante chez les femmes en âge de procréer, avec une prévalence d'environ 10 % en France et un tiers aux États-Unis.

Dans la NAFLD, l'excès de calories est d'origine métabolique et non provoqué par une consommation excessive d'alcool. La maladie est fortement associée à un mode de vie sédentaire, à une alimentation peu saine, à l'obésité, au surpoids et au diabète de type 2. Lawrence Serfaty, chef du service hépatologie de l'hôpital Hautepierre de Strasbourg, la qualifie d'"une véritable épidémie".

La NAFLD englobe deux entités pathologiques distinctes : la stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD) et la stéatohépatite non alcoolique (NASH). La NAFLD est caractérisée par une accumulation excessive de gras dans le foie, liée à l’insulinorésistance, et définie par une stéatose dans plus de 5 % des hépatocytes. La NASH, quant à elle, est une forme plus agressive de la maladie où la graisse accumulée provoque une inflammation de l'organe, pouvant entraîner une fibrose et une cirrhose.

Risques et Complications de la NAFLD pendant la Grossesse

La NAFLD chez la femme enceinte est associée à un risque accru de complications graves pendant la grossesse et l'accouchement. Une étude a révélé que les femmes enceintes atteintes de la maladie du foie gras avaient trois fois plus de chances de vivre une éclampsie ou un HELLP syndrome (hémolyse, élévation des enzymes hépatiques et faible numération plaquettaire), des complications très graves nécessitant un accouchement rapide. Elles sont également plus susceptibles de faire une hémorragie post-partum, la première cause de mortalité maternelle liée à la grossesse en France et dans le monde. Le risque de décès de la mère est également accru, et l'enfant a plus de chances de naître prématurément.

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Une étude américaine portant sur plus de 18 millions de grossesses a mis en évidence la part croissante des NAFLD et le risque accru de complications graves liées à la grossesse. Le risque de pré-éclampsie, d'éclampsie et de HELLP syndrome est multiplié par 3, le risque d'hémorragie du post-partum l'est par 1,67 et le risque de décès maternel multiplié par 17,82. Ces risques sont observés indépendamment d'un diabète, d'une HTA, d'une dyslipidémie et/ou d'un surpoids préexistant.

Transmission Mère-Enfant et Facteurs de Risque

Le professeur Rodolphe Anty du CHU de Nice suggère que la maladie du foie gras pourrait être transmissible de la mère à l'enfant en raison de leur mode de vie partagé. Il redoute qu'une transmission de l'excès de poids et de ses complications hépatiques pourrait s'aggraver de génération en génération. L'excès de poids préconceptionnel est un facteur aggravant pour la NAFLD de l'enfant ou à l'adolescence.

L'exposome, comprenant l'alimentation, l'activité physique, le tabagisme, la consommation d'alcool et le stress psychosocial, favorise l'émergence d'une NAFLD, reflétant des stress métaboliques et des perturbations du microbiote intestinal. Une étude a également révélé qu'un régime maternel de mauvaise qualité, comprenant des niveaux inférieurs de fibres saines et une consommation élevée de sucre, augmente la sensibilité de la progéniture à la NAFLD.

Diagnostic et Surveillance de la NAFLD

La NAFLD est souvent difficile à diagnostiquer car elle ne présente pas de symptômes spécifiques dans ses premiers stades. Cependant, une anomalie du bilan hépatique, une hyper-ferritinémie, une stéatose échographique ou une cytolyse hépatique peuvent être considérées comme des signes d'appel.

Le Fib-4, un test simple combinant l'âge du patient, les taux d'ASAT et d'ALAT, et la numération plaquettaire, permet un dépistage systématique de la fibrose sévère. L'échographie peut également détecter la stéatose, bien qu'elle puisse méconnaître les stéatoses modérées. L'IRM est l'examen d'imagerie le plus sensible pour le diagnostic de stéatose.

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La surveillance de la NAFLD sans facteur de risque de progression doit être effectuée tous les 2-3 ans, tandis que la surveillance de la NASH et/ou de la fibrose doit être annuelle. Une évaluation du risque cardiovasculaire et un dépistage du diabète de type 2 sont également recommandés chez les patients atteints de NAFLD.

Gestion et Prévention de la NAFLD chez la Femme Enceinte

Aucun traitement pharmacologique n'est actuellement validé pour la NAFLD. La base du traitement repose sur les modifications du style de vie, notamment un régime alimentaire de type méditerranéen et l'exercice physique, avec pour objectif la perte de poids (au minimum 7 %, idéalement 10 % du poids corporel).

Il est recommandé d'adopter un régime alimentaire hypocalorique adapté et personnalisé, de limiter la consommation d'alcool à un verre de vin par jour, d'éviter le fructose et le saccharose dans les boissons non alcoolisées et les graisses saturées, et d'augmenter les acides gras polyinsaturés d'origine végétale. L'exercice physique régulier, comme la marche rapide, pendant au moins 30 minutes tous les jours, est également essentiel.

Pour prévenir les complications pendant la grossesse, l'aspirine pourrait être une solution selon Lawrence Serfaty. Rodolphe Anty suggère également que l'allaitement pourrait protéger de la stéatose les enfants nés de mères ayant un excès de poids avant la grossesse.

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