Cet article vise à fournir une vue d'ensemble détaillée des principales maladies vectorielles affectant les chevaux, en mettant l'accent sur leur étiologie, leur épidémiologie, leurs signes cliniques, les méthodes de diagnostic et les options de traitement disponibles. Comprendre ces maladies est essentiel pour les propriétaires de chevaux, les vétérinaires et tous ceux qui s'intéressent à la santé équine.

Piroplasmose Équine

Étiologie et Épidémiologie

La piroplasmose équine est causée par des protozoaires parasites des globules rouges, principalement Theileria equi et Babesia caballi. D'autres espèces de piroplasmes peuvent également affecter les chevaux. La transmission se fait par la morsure de tiques infectées. Une transmission transplacentaire est possible pour Theileria et Babesia, pouvant entraîner des avortements ou une mortalité néonatale. Les chevaux peuvent devenir porteurs chroniques après l'infection, avec des symptômes variables selon l'espèce de piroplasme.

Signes Cliniques

La période d'incubation varie de 10 à 19 jours pour Theileria et de 7 à 30 jours pour Babesia. Les signes cliniques sont souvent non spécifiques et varient d'un cas à l'autre. La forme aiguë se manifeste par une forte hyperthermie (supérieure à 40°C), une léthargie, une anorexie et des œdèmes des membres. Les muqueuses peuvent être pâles, ictériques ou congestives, parfois avec des pétéchies. Une pigmenturie (urine jaune à rouge-brun) et des cas d'uvéite bilatérale avec hyphema ont été rapportés. La forme chronique se caractérise par un amaigrissement, un abattement, une contre-performance, parfois une splénomégalie ou des œdèmes.

Examens Complémentaires

  • Analyses hémato-biochimiques : Les modifications sont variables et non spécifiques. Une numération formule sanguine peut révéler une anémie et une thrombocytopénie en phase aiguë. En phase chronique, les changements sont inconstants. Les modifications biochimiques incluent une augmentation de la bilirubine totale, une augmentation du fibrinogène, et une diminution de l'albuminémie, du phosphore et du fer.
  • Frottis sanguin : Peu sensible, mais permet de poser le diagnostic si des parasites sont observés.
  • Sérologie : Différents tests sérologiques existent (fixation du complément, immunofluorescence indirecte, test ELISA), avec des performances variables. L'ELISA de compétition est considéré comme le test le plus sensible pour détecter les porteurs chroniques. Les anticorps apparaissent en 7 à 21 jours, avec un pic entre 1 et 3 mois, puis diminuent en 3 à 6 mois et peuvent persister à un niveau faible si l'animal est porteur. Deux prises de sang à environ 15 jours d'intervalle peuvent confirmer une infection récente. Après traitement, une diminution du taux d'anticorps est observée, avec une séronégativation possible après plusieurs mois pour Babesia.
  • PCR (Polymerase Chain Reaction) : Technique très sensible et spécifique, la PCR permet de détecter l'acide nucléique de l'agent pathogène. L'interprétation des PCR négatives après traitement alors que la sérologie reste positive jusqu'à 24 mois n'est pas encore totalement élucidée.

Traitement

L'imidocarbe dipropionate (Carbesia ND) est le traitement de choix. La posologie varie en fonction de l'agent et de l'objectif. Pour un traitement symptomatique : Babesia 2 mg/kg et Theileria 2-4 mg/kg 2 à 3 fois à 24-72h d'intervalle. Pour une clairance : Babesia 2 mg/kg 2 fois à 24h d'intervalle et Theileria 4 mg/kg 4 fois à 24-72h d'intervalle. Les effets secondaires fréquents incluent des coliques, une sudation et une diarrhée. Chez les ânes et les mules, il est recommandé de ne pas dépasser 2mg/kg. L'oxytétracycline 6 mg/kg IV pendant 7 jours serait actif contre Theileria (pas Babesia).

Diagnostic Différentiel

Les signes de la piroplasmose sont non spécifiques et nécessitent d'exclure d'autres causes infectieuses.

Ehrlichiose ou Anaplasmose Granulocytaire Équine

Étiologie et Épidémiologie

L'ehrlichiose ou anaplasmose granulocytaire est causée par Anaplasma phagocytophillum, une rickettsie transmise par les tiques. Elle infecte les polynucléaires neutrophiles et éosinophiles.

Signes Cliniques

La période d'incubation est de 3 à 10 jours lors d'infection expérimentale, et pourrait aller jusqu'à 20 jours après morsure de tique. Les symptômes sont peu spécifiques : fièvre, abattement, dysorexie, œdème des membres, difficultés à se déplacer, faiblesse, ataxie, ictère, pétéchies, uvéite. La maladie est normalement auto-limitante, avec une guérison sans traitement en 10 à 15 jours.

Examens Complémentaires

  • Analyses hémato-biochimiques : La numération formule sanguine peut révéler une neutropénie, lymphopénie, thrombopénie et de l'anémie.
  • Frottis sanguin : Il est possible d'observer une morula dans le cytoplasme des polynucléaires neutrophiles ou éosinophiles, 2 à 3 jours après le début de la fièvre et pendant environ 7 jours.
  • Sérologie : Les anticorps apparaissent en moyenne en 15 jours suivant l'infection et persistent jusqu'à 1 an. Deux sérologies réalisées à 15 jours d'intervalle sont recommandées.
  • PCR : La PCR est très sensible et doit être réalisée idéalement en phase fébrile.

Leptospirose Équine

Étiologie et Épidémiologie

La leptospirose est une zoonose due à une bactérie spirochète capable de survivre durablement dans le milieu extérieur, qui se transmet via les muqueuses ou la peau lésée. Les animaux domestiques et sauvages (rongeurs en particulier) constituent le réservoir de la maladie en excrétant le pathogène dans leurs urines. Il existe une grande variabilité selon les régions avec plus de 22 espèces dont 10 pathogènes et plus de 300 sérovars regroupés en 24 sérogroupes.

Signes Cliniques

Les organes cibles de la bactérie sont principalement : les reins, le foie, l'œil, l'appareil reproducteur femelle, les poumons, le système nerveux central. Une bactériémie hyperthermisante de 2 à 20 jours est décrite pour certaines souches pathogènes. L'incubation peut durer de 3 jours à 3 semaines.

Examens Complémentaires

  • Sérologie : Les anticorps apparaissent en 7 à 10 jours et peuvent persister longtemps (en moyenne 6 mois, parfois plus de 2 ans chez le cheval). Il existe deux techniques sérologiques : l'ELISA et le MAT (Micro Agglutination Test). L'ELISA est rapide, simple, automatisée mais ne permet pas de distinguer les différents sérovars et ne mesure que les IgG. La technique MAT teste la capacité du sérum à agglutiner des souches vivantes de leptospires et permet de détecter le(s) sérovar(s) impliqué(s). Les résultats sont donnés sous forme de titre. L'idéal pour le diagnostic d'un cas aigu est de réaliser une cinétique (deux sérologies à 10-15 jours d'intervalle). Lors d'avortement, les taux d'anticorps sont généralement très élevés.
  • PCR : Pendant les 12 premiers jours de l'infection, la PCR peut être positive dans le sang, le lait, et le LCR (mais la présence du pathogène est transitoire). Après les 10 premiers jours, l'urine sera le prélèvement de choix, mais l'excrétion est intermittente. Après un avortement, la PCR peut être positive jusqu'à 14 semaines.

Traitement

Les données sont principalement extrapolées d'autres espèces et l'efficacité de ces traitements chez le cheval est peu connue. La pénicilline (10 000 UI/kg BID) reste le traitement de choix. Les tétracyclines (oxytetracycline, doxycycline) peuvent également être utilisées. La durée du traitement est en général de 7 à 15 jours. Sur une uvéite, un traitement antibiotique n'est pas indiqué. Par contre, il se justifie chez une jument en fin de gestation qui présente une séroconversion afin de prévenir l'avortement et la mortalité néonatale.

Maladie de Lyme Équine

Étiologie et Épidémiologie

La maladie de Lyme est causée par Borrelia burgdorferi sensus lato, un ensemble de bactéries spirochètes gram négatives de répartition mondiale. Borrelia burgdorferi sensus stricto est l'agent causal initialement décrit en Amérique du Nord, mais d'autres sous-espèces telles que Borrelia garinii ou afzelii sont aussi retrouvées en Europe et en Asie. La bactérie est transmise par les tiques qui doivent être attachées au minimum 24h pour pouvoir entrainer une infection chez les mammifères.

Signes Cliniques

De nombreux signes cliniques ont été attribués à la maladie de Lyme, tels qu'une fièvre légère, de l'abattement, une raideur généralisée, des boiteries intermittentes ou variant d'un membre à l'autre, des distensions synoviales, des troubles du comportement, une fonte musculaire ou encore de l'hyperesthésie. Les études rétrospectives n'ont pas démontré de corrélation significative entre les chevaux séropositifs et la présence de ces signes cliniques. La plupart des chevaux infectés ne présentent pas de manifestation clinique évidente. Expérimentalement, l'infection de poneys par B. burgdorferi a entrainé une réaction cutanée et musculaire au site de morsure de la tique, ou encore une atteinte des nerfs périphériques et peri-synoviaux mais aucun signe d'atteinte générale n'a été mis en évidence.

Examens Complémentaires

  • Sérologie : Les tests sérologiques, basés sur la détection des anticorps anti-Borrelia, sont les plus couramment réalisés. Un résultat positif indique que l'animal a été exposé à la bactérie mais pas forcément qu'il souffre de la maladie de Lyme. Il n'y a pas de corrélation connue entre le titre en anticorps et le risque de développer la maladie. Dans les régions endémiques, le dépistage sérologique sur des chevaux sains n'est pas recommandé. Sur des chevaux présentant des signes compatibles avec la maladie de Lyme, des faux négatifs sont possibles. L'ELISA est une technique sensible, automatisée, qui reste la plus utilisée en première intention mais manque de spécificité. Un test de confirmation est donc conseillé lors de résultat positif : le Western Blot ou immunoblot. Les anticorps sont détectables seulement 4 à 6 semaines après l'infection, ils augmentent ensuite jusque 3 à 4 mois après et restent détectables pendant plusieurs mois (12 voire 18 mois), même lors de la mise en place d'un traitement.
  • PCR : La sensibilité et la spécificité de la PCR n'est actuellement pas connue et la technique peut varier d'un laboratoire à l'autre. Chez le cheval, la PCR est très rarement positive dans le sang.

Traitement

Le traitement des chevaux asymptomatiques n'est actuellement pas recommandé. Les chevaux présentant des signes cliniques compatibles avec une maladie de Lyme, pour lesquels les autres affections potentielles ont été exclues, sont les seuls candidats avec une sérologie positive pour lesquels le traitement est justifié. Il n'existe pas de consensus sur la molécule de choix. Les tétracyclines sont les molécules les plus utilisées actuellement. Elles ont une activité anti-inflammatoire synoviale par inhibition des MMP (Matrix Metallo Proteinase), ce qui explique la réponse favorable chez un grand nombre de chevaux présentant des boiteries d'origine articulaire, qu'elles soient liées à une borréliose ou non. Le traitement le plus fréquemment décrit en pratique clinique est l'administration d'oxytetracycline (6.6 mg/kg IV q24h) pendant 5 à 7 jours, suivie par un relai à la doxycycline (10 mg/kg PO q12h) pendant 3 à 4 semaines.

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