Introduction
Christian Pociello est une figure marquante dans le domaine des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) en France. Son parcours, à la fois représentatif et atypique, mérite d'être exploré pour comprendre son influence et sa contribution à cette discipline. Cet article retrace son parcours biographique, en s'appuyant sur des témoignages, des faits marquants et une analyse de son œuvre.
Un parcours entre l'EPS et l'Université
Christian Pociello incarne une génération d'enseignants-chercheurs en STAPS issus de l'Éducation Physique et Sportive (EPS). Agrégé d'éducation physique et sportive et diplômé de l'ENSEP, il a su faire le pont entre le monde de l'enseignement et celui de la recherche universitaire.
L'arrivée à l'UFR STAPS de l'Université de Paris-Sud 11
L'arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981 marque un tournant pour Christian Pociello, qui se montre favorable à l’institution des STAPS. En 1984, les premières UFR STAPS voient le jour, incitant Christian à développer des ambitions universitaires. Il décide de candidater à l’Université, voyant dans les fonctions de Maître de conférences un prestige absolu.
En 1985, un poste s'ouvre à l'UFR STAPS de l'Université de Paris-Sud 11 (Orsay). Christian, qui associe Orsay aux « scientifiques durs, purs et durs », y voit une opportunité. Il avait une image prestigieuse de cette Université, associée à des domaines comme les mathématiques et la physique nucléaire. Il réalise rapidement qu'il sera l'un des rares représentants des sciences sociales, un loupé total selon ses propres termes.
Malgré ce sentiment d'être un « parasite des parasites » dans un campus dominé par les scientifiques, Christian est recruté comme premier Maître de conférences par une commission ad-hoc composée d'enseignants certifiés en EPS. Il apprendra plus tard que son recrutement était presque inévitable, étant donné son parcours : CAPEPS, Agrégation, DEA, thèse.
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L'accueil est austère. Le président Jack Robert lui fait sentir qu'il n'est qu'une « pièce rapportée », lui présentant la « théorie de la greffe ». Christian se sent seul, sans collègues historiens ou sociologues, sans moyens, sans financements, sans laboratoire, sans doctorants, et avec une diminution de salaire. Il perd les heures supplémentaires qu'il touchait en tant que Directeur du laboratoire à l'INSEP. Cela révèle le prestige et les profits symboliques qu'il associait à l'intégration dans une Université.
Néanmoins, des efforts sont rapidement déployés pour lui permettre d'exercer pleinement ses fonctions d'enseignant-chercheur, notamment en créant une formation doctorale encadrée par un Professeur des Universités.
L'instauration d'une formation doctorale
Le cours d'« Initiation aux sciences sociales » que Christian élabore pour les étudiants de première année du Diplôme d’Études Universitaires Générales (DEUG) témoigne de son attachement à une approche pluridisciplinaire.
Il rédige un projet de formation doctorale axé sur la relation entre sociologie et prospective, adossé à un laboratoire qu'il crée de toutes pièces, le « Centre de Recherches sur les Cultures Sportives » (CRCS). Il y adjoint des intervenants prestigieux comme Pierre Bourdieu, Antoine Hautmont, Bernard Ramanantsoa, Marc Guillaume, Paul Irlinger, Jean Maccario, Daniel Mathieu et Jean Praicheux.
En 1986, il envoie ce projet au Ministère, qui reçoit une réponse favorable. Christian obtient l’habilitation d’un DEA « Sociologie et prospective des pratiques et des consommations sportives » pour Orsay et est nommé rétroactivement Professeur des Universités grâce à son Doctorat d’État obtenu en 1986. Sa thèse d’État ès Lettres, dirigée par Georges Vigarello et intitulée « Les goûts sportifs dans la société française ; structure et représentations », est soutenue publiquement devant un jury prestigieux et reçoit la mention « Très honorable à l’unanimité ».
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En 1988, Christian recrute Jacques Defrance comme Maître de Conférences à l’UFR STAPS de l’Université de Paris-Sud 11. Il s’octroie un droit sur la composition et le contrôle de la commission ad-hoc. Au-delà de leur entente amicale, Christian apprécie la complémentarité de leur tandem professionnel. Jacques Defrance assure le plus gros du travail de direction de recherches, tandis que Christian s’occupe de la conception et de la visibilité sociale de la formation doctorale pluridisciplinaire.
Jacques Defrance a une influence importante sur les pratiques professionnelles de Christian, tant au niveau de ses activités de recherche que de ses activités d’enseignement. Il initie Christian à la micro-sociologie et critique les présupposés technicistes excessifs du Système des sports. Cette « petite révolution » modifie durablement la façon dont Christian aborde les objets d’étude et enseigne, en accordant plus d'importance à la dimension symbolique des pratiques sportives.
Souvenirs et collaborations
Un ancien souvenir de rencontre avec Christian Pociello se situe à l’ENSEPS, dans un petit local réservé à la recherche, illustré de dessins tamponnés. Plus tard, les différents laboratoires occupent une petite aile qui s’avance vers les terrains d’entraînement.
Vers 1975, alors qu'il travaille sur sa thèse, se pose la question de la confrontation des sports athlétiques d’origine anglaise avec les gymnastiques. Il est engagé dans une démarche de construction-formalisation d’un « champ des activités physiques et des sports » dans lequel s’affrontent symboliquement et matériellement diverses modalités d’activités physiques.
Pierre Bourdieu, qui avait reçu un article de Norbert Elias, lui demande de le traduire. Christian était le seul à mener des travaux à la fois historiques et sociologiques vers 1978-1980, une double perspective qui l'intéressait davantage que l’historiographie d’un Robert Meunier ou la sociologie empirique d’une Chantal Malenfant-Dauriac.
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Christian conçoit son projet CORDES, en discute avec Pierre Bourdieu et obtient des soutiens par son intermédiaire. Il propose de se joindre à son groupe de recherche, où il rencontre Catherine Louveau, Jean-Paul Clément, Pascal Duret, Jacqueline Blouin-Lebaron, Bernard Michon, etc. Les échanges avec Christian se déroulent souvent au café ou au restaurant, où il prend des notes sur la nappe de papier.
Après 1983, les relations s'espacent. Christian débute des publications sur le rugby. Du côté du Centre de Sociologie Européenne, c’est l’époque de la grande scission. Christian publie son livre sur le rugby en 1983 chez Métailié.
Une autre phase de leurs relations commence quand Christian obtient un poste de Maître de conférences à Orsay et qu’il décide de lui réserver un poste pour 1988. Christian, content que les autres n’aient pas choisi de le recruter, lui dit de se rassurer car il se fait fort de le faire venir dans son Université.
Le jour de son recrutement, il l'invite au restaurant des Pins, sur le campus d’Orsay. Ses relations personnelles ont toujours été très chaleureuses, Christian étant un meneur de groupe doué pour mobiliser des collaborateurs, exciter l’intérêt, répartir les rôles, encourager les efforts.
Même à Orsay, où ils ont fait équipe pendant dix années et où ils ont été plus proches, ils n’ont partagé que des moments comptés, les séances de séminaires de DEA et de thésards, le temps de quelques déplacements ou encore les repas d’avant-soutenances de thèse au restaurant des Pins. Ils n’ont co-signé qu’un seul article au début des années 1990.
Contributions et héritage
L'œuvre de Christian Pociello se caractérise par une approche socioculturelle des pratiques sportives. Il a exploré les liens entre le sport, la société et les pouvoirs, en s'intéressant notamment au rugby, aux pratiques sportives de plein air et à l'histoire des sciences du mouvement.
Ses travaux ont contribué à enrichir la réflexion sur l'éducation physique, le sport et la discipline STAPS. Il a notamment mis en lumière les enjeux épistémologiques liés à la coexistence des sciences biologiques et des sciences sociales au sein de cette institution universitaire.
Christian Pociello laisse derrière lui une bibliographie conséquente, des ouvrages qui ont marqué leur époque et des souvenirs précieux pour les étudiants et collègues qui ont croisé sa route. Son parcours témoigne de la richesse et de la complexité du champ STAPS, ainsi que de la nécessité d'une approche pluridisciplinaire pour comprendre les phénomènes sportifs et corporels.
Bibliographie sélective
- Sports et société. Approche socioculturelle des pratiques. Paris, Vigot, 1981, 377 p.
- Le rugby ou la guerre des styles. Paris, A. M. Métailié, 1983, 414 p.
- Le rugby. Paris, Presses Universitaires de France, 1988, 125 p.
- Sport et pouvoirs au XXe siècle. Collection “Sport en Questions”, 1994, 204 p. (en collaboration avec Jean-Paul Clément et Jacques Defrance).
- Sports et sciences sociales. Histoire, sociologie, prospective. Paris, Vigot, 1999, 223 p.
- La science en mouvements : Etienne Marey et Georges Demenÿ, 1870-1920. Paris, Presses Universitaires de France, 1999, 336 p.
- A l’école de l’aventure. Pratiques sportives de plein air et idéologie de la conquête du monde, 1890-1940. Voiron, Presses Universitaires du Sport, 2000, 325 p.
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