Le deuil périnatal est une épreuve bouleversante, souvent vécue dans l’intimité et le silence. Chaque année, de nombreuses femmes et couples sont touchés par cette perte, qu’elle survienne en début de grossesse, plus tardivement, ou même à la naissance ou dans les jours qui suivent. Malgré sa fréquence, le deuil périnatal reste un véritable tabou dans notre société. Il est encore difficile pour de nombreuses personnes de trouver un accompagnement adapté, car peu de professionnels sont formés pour comprendre et accompagner cette souffrance, qui a des répercussions profondes et durables.

Comprendre le deuil périnatal

Définition et types de pertes

Le deuil périnatal englobe une variété de situations de perte, chacune avec ses propres spécificités et son impact émotionnel unique. Ce deuil peut être vécu non seulement après des pertes précoces, comme une fausse-couche ou une grossesse extra-utérine (GEU), mais aussi après des pertes plus tardives, telles qu’une mort fœtale in utero (MFIU), un accouchement prématuré ou une interruption médicale de grossesse (IMG).

Un deuil singulier et complexe

Le deuil périnatal est un deuil à part, souvent incompris et solitaire. C’est un deuil singulier en cela que l’objet aimé n’a pu vivre socialement aux yeux des autres. C’est également un deuil complexe, à plusieurs dimensions, psychologique, éthique et culturelle notamment. C’est l’irruption brutale de la mort dans une histoire porteuse de vie et d’espoir.

L'importance de la reconnaissance

Dans notre société, la perte d’un enfant dans ces conditions est encore, pour beaucoup, minimisée. La douleur qui en résulte peut-être peu considérée par certains professionnels et par l’entourage des parents. En fonction de la situation, la dédramatisation est mise en avant, niant le ressenti des principaux concernés.

L'accompagnement : Un espace d'écoute et de soutien

Un accompagnement personnalisé

Chaque cheminement est différent. L’accompagnement est conçu pour répondre aux besoins, au ressenti et à la manière de vivre cette épreuve. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire son deuil, seulement la sienne.

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Les étapes clés de l'accompagnement

L'accompagnement se décline en trois étapes clés qui permettent d’avancer à son rythme, tout en respectant ses besoins et son histoire :

Échange et écoute

C’est un espace pour exprimer ses émotions, ses ressentis, sans jugement. Pleurer, crier, parler… Tout est permis. L’important est de pouvoir libérer ce qui est enfoui et de se sentir entendu(e). Lors des premières séances, l’objectif est avant tout de créer un espace d’écoute. C’est un moment où l’on peut déposer tout ce que l’on ressent, sans filtre, sans tabou et surtout sans jugement ! Cette étape permet de poser les mots sur sa souffrance, d’exprimer des émotions que l’on n’a pas pu ou voulu partager ailleurs. Le temps d’échange est aussi un moment où l’on est accompagné dans l’expression de ses besoins, de ses attentes, ou de ses incompréhensions. On prend le temps de faire un point sur ce que l’on vit actuellement, tout en respectant son rythme.

Comprendre

Au-delà de l’écoute, comprendre ce que l’on est en train de vivre est une étape essentielle pour alléger la charge émotionnelle. Le deuil périnatal est souvent un tsunami émotionnel, et parfois, comprendre les mécanismes qui entrent en jeu permet de mieux accepter et faire face à cette épreuve. Ensemble, on travaille sur la compréhension de ses émotions, de ses réactions et du processus de deuil. Des clés sont apportées pour mieux appréhender chaque étape, sans jugement. On n’est pas seul à démêler ce que l’on traverse.

Alléger la charge émotionnelle

Le deuil périnatal ne se vit pas uniquement dans la tête, il se vit aussi dans le corps. Les émotions non exprimées ou non entendues s’accumulent souvent et se manifestent par des tensions physiques. C’est pourquoi l’accompagnement intègre des techniques complémentaires pour alléger cette charge émotionnelle et physique. On peut explorer, selon ses besoins, des pratiques telles que le massage, la relaxation, la visualisation ou le rituel rebozo (qui inclus un serrage des différents points du corps). Ces méthodes visent à reconnecter son corps à ses émotions et à faciliter le processus de guérison.

Un accompagnement adapté aux différentes situations

L’accompagnement est adapté aux différentes situations :

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  • Après une fausse couche, une interruption médicale de grossesse (IMG) ou une interruption volontaire de grossesse (IVG) : Chaque interruption de grossesse, qu’elle soit spontanée (fausse couche), médicale (IMG) ou volontaire (IVG), peut laisser une empreinte profonde. Même lorsqu’une IVG est un choix conscient, elle peut s’accompagner d’émotions complexes : soulagement, tristesse, culpabilité, ambivalence… Il est parfois difficile d’en parler librement, par peur d’être jugée ou incomprise. Ici, il y a un espace où déposer ses émotions en toute sécurité, sans tabou ni jugement. Des rituels symboliques peuvent être explorés si l’on ressent le besoin de donner une place à ce bébé dans son histoire, tout en avançant vers un apaisement émotionnel.
  • Après la naissance d’un bébé né sans vie : Porter la vie et devoir faire face à la perte de son bébé est une épreuve bouleversante. On l’a senti grandir en soi, et pourtant, il est parti avant d’avoir pu vivre dans ce monde. Cet accompagnement offre un espace pour parler de son bébé, poser des mots sur son histoire et trouver des repères pour avancer dans son cheminement de deuil, tout en douceur.
  • Cohabiter avec le deuil et la naissance d’un autre bébé : Lorsqu’un deuil périnatal survient dans une grossesse gémellaire ou que l’un des bébés ne survit pas, la douleur est double : celle de la perte et celle de la nécessité d’avancer malgré tout. Comment accueillir pleinement ce bébé vivant tout en faisant le deuil de l’autre ? Comment ne pas se sentir coupable de ressentir de la joie ? Ce suivi aide à concilier ces deux réalités, à exprimer librement ses émotions et à trouver un équilibre entre hommage et présence pour son bébé vivant.
  • Construire une nouvelle maternité après un deuil périnatal : Après une perte, envisager une nouvelle grossesse peut être une source d’angoisse et de doutes. Comment ne pas vivre cette maternité dans la peur ? Comment accueillir pleinement ce bébé tout en respectant la place de l’enfant perdu ? Cet accompagnement aide à traverser cette grossesse avec plus de sérénité, à faire de la place à chaque bébé et à accueillir toutes les émotions contradictoires sans culpabilité.
  • L’impact du deuil périnatal sur la fertilité : Parfois, après un deuil périnatal, la conception d’un nouvel enfant semble plus difficile, sans qu’aucune cause médicale ne l’explique.

L'accompagnement de la fratrie

Les pédopsychiatres sont unanimes : il est important de reconnaître les faits et d’en parler aux frères et sœurs. Minimiser ou cacher cet événement aux jeunes enfants pour réduire leur chagrin et les épargner risquerait de compliquer le nécessaire travail de deuil. Pour en faire l’annonce, le lieu et le moment doivent être bien choisis. Le psychiatre Jacques Salomé propose aux parents de ne pas imposer d’affirmations aux enfants (croyances, etc.), qui ont leur propre imaginaire, et de leur dire qu’ils n’ont pas toutes les réponses. On peut également proposer aux enfants, selon leur âge, de voir le bébé. Les écueils à éviter sont de vouloir faire peser tout son chagrin de parents sur les enfants ou de ne jamais parler du bébé mort, qui resterait une ombre qui pèse ou une sorte de petit fantôme. Il est également conseillé de ne pas vouloir surprotéger les enfants à tout prix, pour ne pas risquer d’étouffer leurs émotions. Les tout-petits peuvent inconsciemment se sentir responsables de la mort de leur frère ou sœur, d’où la nécessité qu’ont les parents de parler avec eux pour leur permettre de s’exprimer librement. Il n’est pas non plus conseillé de censurer ou refouler les souvenirs de vie avec le bébé (ou avant sa naissance) ; les évoquer permettra au contraire de faire le deuil plus facilement. Il n’existe pas véritablement d’outils spécifiques à destination des plus jeunes pour évoquer ce drame. Néanmoins, l’association Spama a créé des supports pour aider chaque enfant, dès l’âge de 3 ans, à exprimer ce qu’il ressent : colère, jalousie, honte, culpabilité, tristesse.

L'importance du rôle de la doula

L’accompagnement du deuil périnatal est l’une des missions les plus sensibles de la doula. Trouver la juste place, répondre aux besoins souvent différents des membres de la famille, apporter de l’apaisement lorsque c’est possible : cela demande une posture professionnelle irréprochable.

Initiatives et ressources

Initiatives hospitalières

Pour optimiser le soutien des parents et de leurs proches, un travail autour du deuil périnatal a été mis en place au CH de Carcassonne, dans une démarche Pacte. Le dispositif s’articule autour de six axes principaux :

  • faciliter l’expression des émotions des professionnels et des parents ;
  • proposer des repères, des pistes d’amélioration et de soutien tout en s’adaptant aux besoins spécifiques de chaque couple dans la traversée du deuil ;
  • soutenir les équipes pour une prise en charge plus sereine de ces situations ;
  • former les équipes au deuil périnatal ;
  • proposer la meilleure prise en charge possible afin d’accompagner au mieux les familles, « proposer sans imposer » ;
  • optimiser la coordination et la communication au sein de l’équipe.

Dépistage des besoins

L’établissement a établi son diagnostic en se basant sur les cinq éléments suivants : les entretiens professionnels annuels, le recueil du vécu des soignants, le partage d’expérience, les ateliers « pose-parole » et le CMR santé.

Formalisation du plan d’action

Au-delà des outils tels que les ateliers « pose-parole », le suivi des prises en charge en cas de mort fœtale in utero (MFIU), d’interruption médicale de grossesse (IMG), de fausse couche tardive (FCT) ou encore le relevé des empreintes des pieds et/ ou mains de ces petits anges, plusieurs actions ont été planifiées.

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Associations et ressources

De très nombreuses associations locales existent. L’Association « L’ENFANT SANS NOM - PARENTS ENDEUILLÉS » accompagne dans le cheminement de parents endeuillés et est aux côtés pour traverser cette souffrance. L’association Pomme d’Amour regroupe deux associations identiques. L’association Naître et Vivre mène des actions d’aide aux parents endeuillés par la perte d’un tout-petit, de prévention de la MIN et de soutien à la recherche scientifique sur la mort inattendue et la mort subite du nourrisson (MSN).

La journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal

La journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal a lieu chaque année le 15 octobre. Cette journée permet de sensibiliser et d’échanger sur cette thématique encore tabou et très sensible.

Conseils et attitudes

Résister à la pression

Même si l’entourage ne reconnaît pas forcément la nécessité de ce deuil et a plutôt envie de voir les parents reprendre leur vie « normale » le plus rapidement possible, mieux vaut se laisser du temps pour exprimer sa douleur et s’entourer des personnes qui peuvent la comprendre. Et il faut aussi savoir résister à la pression familiale/amicale qui souhaiterait que la vie redevienne « comme avant ». Car elle ne peut pas redevenir comme avant : vous avez eu un enfant et ce n’est pas parce qu’il est décédé qu’il n’a pas pour autant existé.

Prendre soin de soi

Le deuil est très éprouvant physiquement et on ne le sait pas forcément. Il faut apprendre à prendre soin de soi et à ne pas oublier son corps qui a enregistré beaucoup d’émotions.

Garder des souvenirs

Garder des souvenirs concrets du bébé se révèle très précieux pour vivre son deuil. Vouloir revoir son enfant après le décès n’est pas morbide. Parler de son enfant après le décès, se rémémorer tout ce qui a été vécu avec lui peut faire du bien. Cela peut être essentiel pour l’enraciner dans la mémoire.

Ne pas rester isolé

Il vaut mieux ne pas rester trop isolés dans ces circonstances, même si on a besoin de temps seuls…

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