Le 2 mai, le monde de la musique a pleuré la disparition d'Idir, figure emblématique de la chanson kabyle, décédé à l'âge de 70 ans des suites d'une fibrose pulmonaire. Son héritage musical est immense, mais c'est sans conteste son tube planétaire, "A Vava Inouva", qui résonne encore aujourd'hui comme un symbole de la culture berbère. L'histoire de cette berceuse, devenue un hymne international, est aussi touchante qu'inattendue.
La genèse d'un tube improbable
En 1973, Hamid Cheriet, futur Idir, compose avec Ben Mohamed la berceuse "A Vava Inouva". Initialement destinée à la chanteuse Nouar pour une émission de radio en langue kabyle sur Radio Alger, la chanson voit son interprète se désister au dernier moment. Hamid Cheriet, alors étudiant en géologie et artiste en herbe, se lance et interprète lui-même le titre, adoptant le pseudonyme d'Idir pour ne pas embarrasser sa famille. Accompagné de la chanteuse Mila et de sa guitare, il offre une interprétation douce et mélancolique, mêlant musique traditionnelle berbère et folk moderne des années 1970.
Loin d'imaginer la portée de son geste, Idir retourne à son village pour préparer son service militaire. C'est pendant son service, alors qu'il est officier dans une petite caserne, que "A Vava Inouva" envahit les ondes des radios algériennes, suscitant un engouement sans précédent qui s'étend rapidement à toute l'Afrique du Nord.
Un porte-drapeau de la culture kabyle
Le succès de "A Vava Inouva" réside dans l'émotion qu'elle transmet, comme suspendue dans le temps. Le dialogue entre Idir et Mila évoque les veillées traditionnelles dans les villages kabyles, rendant hommage à une culture berbère profondément enracinée mais fragilisée par le gouvernement algérien de l'époque.
Le refrain de la chanson fait référence à un conte kabyle mettant en scène une jeune fille sauvant son père prisonnier d'une forêt peuplée d'ogres et de fauves, symbolisant subtilement la critique politique envers le pouvoir en place. "A Vava Inouva" devient ainsi un symbole de transmission culturelle et de résistance discrète, évitant la confrontation directe avec les dirigeants du pays.
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Idir impose sa marque de fabrique, un style qui ne le quittera plus. "A Vava Inouva" s'impose comme un classique de la musique algérienne, un titre intemporel qui traverse les générations.
L'ascension vers la gloire mondiale
En 1975, après son service militaire, Idir s'installe à Paris et enregistre son premier album, intitulé "A Vava Inouva", incluant le titre phare. L'album, sorti un an plus tard, connaît un succès retentissant, propulsant la culture kabyle sur la scène internationale.
"A Vava Inouva" devient le premier succès commercial algérien en Europe et la première chanson algérienne diffusée sur les ondes de la radio nationale française. Le tube est ensuite diffusé dans plus de soixante-dix pays et traduit dans une quinzaine de langues, dont le français, le grec et l'espagnol.
Même si Idir a poursuivi une carrière riche et diversifiée, "A Vava Inouva" restera le point culminant de son parcours artistique, un titre indissociable de son identité. Une seconde version du tube a été enregistrée en 1999 sur l'album "Identités", en duo avec Karen Matheson, artiste chantant en langue gaélique. Aujourd'hui encore, de nombreux artistes reprennent ce titre emblématique, témoignant de sa portée universelle.
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