L'interruption médicalisée de grossesse (IMG), ou avortement thérapeutique, est une épreuve douloureuse et complexe pour les parents. Cet article vise à informer et à guider l'entourage, afin d'offrir un soutien adapté et respectueux aux parents endeuillés.

Qu'est-ce qu'une IMG ?

L’interruption médicalisée de grossesse (IMG) est une interruption de grossesse pratiquée pour des raisons médicales concernant le fœtus ou la mère, sans restriction de délai. À de rares exceptions près - lorsque la vie de la mère est en danger - l’immense majorité des interruptions médicales de grossesse (IMG) est pratiquée lorsqu’une anomalie est détectée chez le fœtus. L'IVG peut être décidée lorsque la mère ne souhaite pas poursuivre sa grossesse pour des raisons autres que médicales.

La décision d'interrompre (ou non) médicalement une grossesse est prise par l’équipe pluridisciplinaire, sur demande des parents ou de la femme enceinte. L'interruption médicalisée de grossesse (IMG), ou avortement thérapeutique, consiste à interrompre une grossesse pour des raisons médicales. Elle peut être pratiquée jusqu’au terme de la grossesse, à la demande du couple ou de la femme enceinte, mais une autorisation doit être délivrée par une équipe pluridisciplinaire.

Le processus de décision et le déroulement de l'IMG

La décision d’une IMG est une décision difficile qui revient aux parents ou à la femme enceinte seule et doit être appuyée par une attestation médicale. « L’équipe médicale est tenue d’informer préalablement les parents des conséquences de la pathologie sur le bébé et des alternatives à l’IMG de façon qu’ils puissent prendre leur décision de façon éclairée », ajoute la sage-femme. Suivant les maternités et le niveau de formation des médecins et des sages-femmes, les informations données ne sont pas toujours complètes. Si l’enfant à naître souffre d’une pathologie grave qui nécessite une IMG, la patiente est adressée à un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN).

« Hors urgence médicale, un délai de huit jours est théoriquement prévu entre le moment de l’annonce du diagnostic et celui de l’IMG, avec un entretien entre les deux où tout le protocole leur est expliqué. Un temps où ils peuvent aussi se préparer à l’accueil du bébé : souhaiteront-ils le voir après l’accouchement ou pas ? Le prendre dans leurs bras ? L’habiller ? Le prendre en photo ? Ont-ils prévu un prénom ? Souhaitent-ils s’occuper des obsèques ? « Aucun de ces actes n’est imposé, mais tous me semblent nécessaires, car ils humanisent la naissance », souligne Fabienne Sardas, psychologue psychanalyste à la maternité des Diaconesses.

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La plupart du temps, l’interruption médicalisée de grossesse est réalisée en déclenchant l’accouchement par les voies naturelles (ce qui évite de fragiliser l’utérus par un geste chirurgical). « Ces médicaments déclenchent des contractions et la procédure peut être assez douloureuse », souligne Laurence Pavie. « Lorsque la grossesse dépasse 22 à 24 semaines d’aménorrhée (absence de règles), une anesthésie fœticide est recommandée avant le déclenchement de l’accouchement, au vu des connaissances sur la douleur chez le fœtus », indique l’Assurance maladie. Les protocoles varient d’une équipe à l’autre. Une consultation post-IMG a lieu préférentiellement avec le médecin ayant réalisé l’intervention.

Le deuil périnatal après une IMG

Une chose est sûre, il y a un avant et un après IMG : « c’est une parentalité terrible que de décider d’interrompre la vie de son enfant », insiste Fabienne Sardas. Le travail de deuil s’installe petit à petit : « intenses au début, la douleur, la culpabilité, les pertes d’appétit et de sommeil, les angoisses, s’émoussent au fur et à mesure que les parents se déplacent vers d’autres investissements, d’autres projets », rassure Fabienne Sardas. Ce dont les parents ont surtout besoin, c’est d’un soutien fort de la part de leurs proches. Pour l’entourage, le plus difficile est peut-être d’oser en parler avec les parents. « Mais esquiver le sujet, comme s’il était tabou, peut aussi très maladroit, indique Laurence Pavie.

Comment soutenir les parents après une IMG ?

Le support de l’entourage est très important pour la mère autant que pour le père. Mais comment les aider en évitant les maladresses qui risqueraient de les blesser davantage?

Être présent et disponible

Montrez-vous disponible pour elle. Votre amie a, avant tout, perdu un enfant. Elle a besoin de pleurer ; elle a envie d’en parler, ou pas ; elle a aussi besoin d’être confortée dans son choix, parce qu’elle se sent coupable. Dites lui que son choix est bon parce que c’est elle qui l’a fait, avec le père, à un moment donné, dans un contexte donné, en cherchant ce qu’il y avait de mieux pour leur enfant et leur famille.

Reconnaître la souffrance du père

Au moment de l’IMG, le père est très seul avec sa souffrance, même s’il est associé à la décision, même si dans la plupart des cas il peut dormir à la maternité avec la maman la veille de l’IMG et assister à l’accouchement. L’entourage est centré sur la maman, sur sa souffrance, sa tristesse, sa fatigue. Le père, lui, doit être l’homme fort qui soutient sa femme, gère les enfants pour la soulager. Rares sont les personnes qui lui demandent comment il va, lui, en lui offrant ainsi un espace de parole pour exprimer sa tristesse de père. Ce n’est pas parce qu’il ne portait pas cet enfant dans son ventre qu’il n’a pas perdu un bébé, et à ce titre-là il a également un deuil à faire. Notre société demande souvent aux hommes de retenir leurs émotions, de ne pas exprimer leur souffrance.

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Éviter les phrases maladroites

Certaines phrases sont absolument terribles à entendre par les parents : « vous en aurez d’autres, vous êtes jeunes », « vous en avez déjà 2 en bonne santé », « si j’étais vous, je ferais pareil », etc. Parler d’une grossesse future est également maladroit…. Les parents ne peuvent pas se projeter dans une autre grossesse (même s’ils en rêvent tous, je crois).

Respecter le besoin d'isolement

Je ne sais pas s’il y a une seule réponse. Dans mon cas, nous avons eu besoin de nous retrouver en famille. Au bout de quelques jours où les coups de téléphone n’arrêtaient pas, j’ai arrêté de répondre. J’ai eu besoin de solitude, je ne voulais pas passer trop vite à autre chose, mais savoir que mes proches n’étaient pas loin m’a aidé…. Même si ça n’a pas duré longtemps et que le jour où j’ai eu envie de les appeler pour leur parler de mon bébé, ils étaient tous passés à autre chose….

Encourager la création de souvenirs

Les spécialistes de l’Association Petite Emilie recommandent aux couples de garder des souvenirs du bébé (photos, bracelet, fêter les anniversaires…). Toute l’histoire de cet enfant se joue au moment de l’IMG. Se créer des souvenirs de cet enfant permet de l’ancrer dans l’histoire, de lui faire une vraie place dans l’histoire familiale. Prendre des photos après la naissance, garder son bracelet de naissance, demander que soient faites des empreintes de ses mains, de ses pieds, récupérer une mèche de cheveux, toutes cette petites choses permettront d’avoir des souvenirs tangibles du passage de leur enfant.

Parler de l'enfant

Eviter de parler de ce bébé est l’attitude naturelle de l’entourage pour épargner le couple. Mais ce bébé a existé, il a une histoire, il fait partie de l’histoire de la famille, il a sa place dans une fratrie. Les parents ont besoin de parler de leur enfant pour continuer à le faire exister, pour qu’on ne l’oublie pas. Ne pas parler de cet enfant, c’est l’oublier, c’est considérer qu’on est passé à autre chose.

Se souvenir des dates importantes

Certaines dates sont importantes après l’IMG. Les dates anniversaires (1 mois après, 2, 3 etc., la DPA (date prévue d’accouchement qui est un cap important pour certains parents avant d’envisager une nouvelle grossesse), et chaque anniversaire. Se montrer ouvert à écouter les parents parler de leur enfant est très important pour eux, qu’ils en aient envie ou pas.

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Le cas particulier des jeunes filles et l'IVG

Pressée par son petit ami, Sabrina, 18 ans, a subi une IVG chirurgicale et présenté un état confusionnel en salle de réveil. Sabrina, 18 ans, a été adressée en juillet dernier à la consultation Nineteen par l’hôpital, après une interruption volontaire de grossesse (IVG) chirurgicale. Le compte rendu de cette intervention rapporte un état confusionnel en salle de réveil, avec une angoisse importante où la jeune fille demandait à voir son bébé.

Le poids de la solitude et du secret

« Je pensais que j’étais trop jeune »Au premier entretien infirmier, la jeune fille semble très intimidée et regarde le sol. Nous nous rendons compte rapidement qu’elle n’a pas parlé de l’IVG à ses parents, chez qui elle vit, ni à personne de son entourage, hormis son ex- petit ami, Théo. Nous tâchons de la mettre en confiance et l’assurons du secret professionnel qui entoure nos rencontres.Sabrina vient d’entrer en terminale. Évoquant son quotidien et ses goûts, elle paraît dynamique. Elle raconte qu’elle parle plusieurs langues, aime regarder des films en version originale et voyager. Elle a rencontré Théo au lycée et, « très amoureuse », a accepté d’avoir des relations sexuelles avec lui. Elle se pensait trop jeune pour « tomber » enceinte… Face à des vomissements, des nausées et une aménorrhée, elle a acheté un test de grossesse et a montré le résultat positif à Théo. Effrayé, le jeune homme lui a immédiatement demandé d’avorter. Il a pris un premier rendez-vous pour elle au Planning familial, et l’a assurée qu’il l’accompagnerait dans toutes les démarches. Sabrina s’est d’abord sentie soutenue puis elle a compris que Théo la « surveillait » pour s’assurer qu’elle mène son avortement jusqu’au bout.Même si elle les trouve « plutôt bienveillants », elle n’a pas pu se confier à ses parents. Dépassée, poussée par Théo, qui restait déterminé, Sabrina s’est rendue à l’hôpital pour avorter, car la grossesse était trop avancée. « Je ne voulais pas le forcer à être père », confie-t-elle. Elle pleurait en attendant l’opération, car au fond d’elle-même, elle refusait l’IVG. Elle ne décrit pas d’hallucinations ni de confusion post-réveil mais plutôt une surprise et un temps assez long avant de se rendre compte que l’intervention était terminée. Sabrina savait qu’elle n’était plus enceinte. Une semaine plus tard, Théo l’a quittée, ce qui l’a beaucoup affectée. Aujourd’hui, elle se sent toujours blessée, regrette « tous les jours » d’avoir avorté, même si elle se sait trop jeune pour avoir un bébé.

Le rôle de la famille

« Ma mère va pleurer »Petit à petit, Sabrina raconte son enfance et relation avec ses parents. Elle ne parvient toujours pas à leur parler : elle pense qu’ils auraient mieux réagi si elle avait gardé l’enfant car ils sont croyants et très pratiquants. « Ma mère va pleurer, elle va s’inquiéter et me faire des reproches. Mon père pourrait peut-être mieux me comprendre mais je ne veux pas qu’ils fassent des histoires. Je préfère garder ça pour moi. »Sabrina se sent proche de son père, pourtant souvent absent. Le couple n’a jamais évoqué de séparation mais la jeune fille garde le souvenir de sa mère pleurant, attendant son mari. Celui-ci a quitté le domicile conjugal durant quelques années puis il est revenu. À l’époque, Sabrina lui en a beaucoup voulu. Elle se souvient aussi de sa grande complicité avec son père quand elle était plus petite, de voyages qu’elle a faits avec lui, de câlins, alors que sa mère était plus distante.

Les signes de détresse et l'accompagnement

La jeune fille présente quelques symptômes de dépression : elle est triste tous les jours, dort assez mal et n’éprouve plus de plaisir à sortir avec des amis ou à faire les boutiques. Elle parvient cependant à aller en cours et à se projeter dans l’avenir. Elle n’a pas d’idées noires.En discutant en staff avec les médecins, nous décidons dans un premier temps de mettre en place des entretiens infirmiers pour permettre à Sabrina de verbaliser. Nous aimerions aussi l’amener à se confier davantage à sa famille, qui pourrait être un soutien et une ressource. Sur un autre plan, un de nos objectifs est d’évoquer sa sexualité et la contraception, mais Sabrina est réticente.

Ressources et soutien

« Vous bénéficiez d’un arrêt maladie pour la durée prescrite par votre médecin si l’enfant n’est pas né vivant ou s’il est décédé alors qu’il était né avant 22 semaines d’aménorrhée ou que son poids de naissance était inférieur à 500 grammes », indique l’Assurance maladie. Cécile Barth est un membre actif de l’Association Petite Emilie.

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