La mifépristone, souvent désignée par son nom commercial Mifégyne ou son ancien nom RU 486, est un stéroïde de synthèse utilisé principalement dans le cadre des interruptions de grossesse (IVG). Ce médicament, découvert à la fin des années 70, bloque l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse. Bien que la mifépristone soit un outil précieux en médecine reproductive, il est crucial de comprendre ses effets, ses indications, ses contre-indications et les risques potentiels, notamment en ce qui concerne les anomalies fœtales.

Mécanisme d'Action de la Mifépristone

La mifépristone agit en se fixant spécifiquement sur les récepteurs de la progestérone, empêchant ainsi cette hormone de jouer son rôle dans le développement de l'embryon et le maintien de la muqueuse utérine. Cette action anti-progestative entraîne l'arrêt du développement embryonnaire et le détachement de la muqueuse utérine. Pour compléter l'effet abortif, la mifépristone est généralement associée au misoprostol, une prostaglandine qui provoque des contractions utérines, facilitant ainsi l'expulsion du contenu utérin.

Pendant la grossesse, la mifépristone sensibilise le myomètre aux contractions provoquées par les prostaglandines. La dilatation maximale du col de l'utérus a lieu 36 à 48 heures après la prise de mifépristone.

Indications de la Mifépristone

La mifépristone est indiquée dans plusieurs situations :

  • Interruption médicale de grossesse intra-utérine : Utilisée avant la prise de misoprostol jusqu'au 63ème jour d'aménorrhée.
  • Ramollissement et dilatation du col de l'utérus : Avant une interruption chirurgicale de grossesse au cours du premier trimestre.
  • Préparation à l'action des prostaglandines : Au-delà du premier trimestre de grossesse.
  • Induction du travail en cas de mort fœtale in utero : La mifépristone induit à elle seule l'expulsion dans environ 60 % des cas dans les 72 heures suivant la première prise du médicament.

Effets Indésirables et Risques

Comme tout médicament, la mifépristone peut entraîner des effets indésirables, dont la fréquence varie d'une patiente à l'autre. Les effets les plus courants incluent :

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  • Contractions utérines et crampes
  • Troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales)
  • Saignements vaginaux, parfois abondants
  • Infections de l'utérus (endométrite et maladie inflammatoire pelvienne)

Plus rarement, des effets plus graves peuvent survenir :

  • Chutes de la tension artérielle
  • Fièvre
  • Maux de tête, mal-être ou fatigue
  • Bouffées de chaleur, vertiges, frissons
  • Rupture utérine (surtout lors du 2ème ou 3ème trimestre, chez les femmes ayant eu plusieurs enfants ou ayant subi une césarienne)
  • Réactions allergiques sévères
  • Éruptions cutanées sévères (nécrolyse épidermique toxique, pustulose exanthématique aiguë généralisée)
  • Choc toxique ou septique (fièvre, douleurs musculaires, fréquence cardiaque élevée, étourdissements, diarrhées, vomissements, faiblesse), surtout si le misoprostol n'est pas pris après la mifépristone.

Il est impératif que les patientes soient informées de ces risques et qu'elles sachent qui contacter en cas de problèmes, notamment en cas de métrorragies très abondantes.

Mifépristone et Anomalies Fœtales : Un Risque Potentiel

En cas d'échec de l'interruption de grossesse suite à la prise de mifépristone, il existe un risque potentiel de malformations congénitales chez le fœtus si la grossesse se poursuit. Bien que rares, des cas de malformations des extrémités des membres inférieurs (notamment, pied-bot) ont été rapportés suite à l'administration de mifépristone seule ou associée à des prostaglandines. L'un des mécanismes possibles évoqués est le syndrome des brides amniotiques.

Il est crucial de souligner que la visite de contrôle, qui doit avoir lieu 14 à 21 jours après la prise de mifépristone, est essentielle pour vérifier l'expulsion complète et l'absence de grossesse évolutive. Si une grossesse évolutive est diagnostiquée, une deuxième procédure d'interruption de grossesse sera proposée à la patiente.

Contre-indications et Précautions d'Emploi

La mifépristone est contre-indiquée dans les situations suivantes :

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  • Hypersensibilité (allergie) à la mifépristone ou à l'un de ses excipients
  • Insuffisance des glandes surrénales
  • Asthme sévère non contrôlé
  • Porphyrie héréditaire
  • Grossesse non confirmée biologiquement ou par échographie
  • Suspicion de grossesse extra-utérine
  • Au-delà du 63ème jour d'aménorrhée (pour une interruption médicamenteuse) ou du 84ème jour (pour une interruption chirurgicale)
  • Impossibilité de prendre l'analogue de prostaglandine nécessaire au protocole

Certains médicaments sont également contre-indiqués avec la mifépristone, tels que des antifongiques, des corticoïdes, des antibiotiques, des anti-inflammatoires, des antiépileptiques ou le millepertuis. Il est donc crucial d'informer le médecin de tous les traitements en cours. De même, la consommation de jus de pamplemousse est déconseillée pendant le traitement, car elle peut compromettre son efficacité.

Des précautions particulières s'imposent en cas de :

  • Maladie hépatique ou rénale
  • Anémie ou malnutrition
  • Troubles cardiovasculaires
  • Âge supérieur à 35 ans
  • Tabagisme
  • Diabète
  • Troubles de la coagulation
  • Asthme

En cas de présence d'un stérilet, il doit être retiré avant le traitement par la mifépristone.

Interactions Médicamenteuses

La mifépristone peut interagir avec d'autres médicaments, affectant son métabolisme et son efficacité. L'administration concomitante de mifépristone avec des inhibiteurs du CYP3A4 (comme l'itraconazole, le kétoconazole, l'érythromycine ou le jus de pamplemousse) peut augmenter les taux sériques de mifépristone. Inversement, l'administration concomitante de mifépristone avec des inducteurs du CYP3A4 (comme la rifampicine, la dexaméthasone, le millepertuis et certains anticonvulsivants) peut diminuer son efficacité.

De plus, la mifépristone peut augmenter les taux sériques des médicaments métabolisés par le CYP3A4, en raison de son effet inhibiteur sur cette enzyme. Il est donc essentiel d'informer le médecin de tous les médicaments pris, afin d'éviter les interactions potentiellement dangereuses.

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Surveillance et Suivi Médical

La prise de mifépristone nécessite un suivi médical rigoureux. L'âge gestationnel doit être déterminé avec précision par un interrogatoire et un examen clinique, complétés par une échographie. La patiente doit être informée des risques de métrorragies prolongées et abondantes, ainsi que de la possibilité d'expulsion avant l'administration de l'analogue de prostaglandine.

Une visite de contrôle est obligatoire 14 à 21 jours après la prise de mifépristone, pour vérifier l'expulsion complète et l'arrêt des saignements. En cas de doute sur la persistance de la grossesse, une échographie est nécessaire.

Pendant la prise du médicament et pendant les trois heures qui suivent l'administration de prostaglandines, la patiente doit être sous surveillance médicale dans un centre prescripteur équipé d'installations médicales appropriées.

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