Après l'accouchement, la question de la contraception se pose rapidement pour les jeunes mamans qui ne souhaitent pas une nouvelle grossesse. Pour les femmes qui allaitent, le choix de la contraception est d'autant plus délicat qu'il doit être compatible avec l'allaitement. Cet article explore les options contraceptives possibles pendant l'allaitement, en se concentrant sur la pilule microprogestative (Microlut et autres), ses effets secondaires potentiels et les précautions à prendre.

Allaitement et contraception : une compatibilité à considérer

L'allaitement exclusif peut être considéré comme une forme de contraception naturelle pendant les six premiers mois après l'accouchement. En effet, la prolactine, l'hormone responsable de la production de lait maternel, inhibe l'ovulation. Cette méthode, appelée MAMA (Méthode de l'Allaitement Maternel et de l'Aménorrhée), nécessite une rigueur extrême et n'est efficace à 98 % que si certains critères sont respectés. Il est donc essentiel de discuter des différentes options contraceptives avec un professionnel de santé, que ce soit à l'hôpital ou lors de la consultation post-natale, qui a lieu 8 à 10 jours après la naissance du bébé. La reprise de la pilule se fait généralement trois semaines après l'accouchement, le temps que la lactation soit bien établie.

Les pilules microprogestatives : une option privilégiée pendant l'allaitement

Les pilules avec progestatifs microdosées, également appelées pilules microprogestatives, sont généralement considérées comme compatibles avec l'allaitement. Elles peuvent être commencées 21 jours après l'accouchement et doivent être prises sans interruption entre deux plaquettes. Il est important de noter que les pilules œstroprogestatives et les anneaux vaginaux sont déconseillés pendant l'allaitement, car ils peuvent inhiber la lactation.

Dès le début des années 1980, des pilules contraceptives « microdosées » dépourvues d’œstrogènes et contenant uniquement une faible dose d’un dérivé progestatif ont été commercialisées en France sous le nom de pilules « microprogestatives ». Exemples : Exluton® (lynestrénol), Milligynon® (noréthistérone), et Microval® (lévonorgestrel). Elles ont été largement utilisées dans la période du post-partum en raison de l’absence de risque thromboembolique et de leur innocuité en cas d’allaitement maternel. Leur utilisation au long cours fut néanmoins limitée par une efficacité inférieure à celle des pilules combinées œstro-progestatives en raison de la nécessité d’une prise quotidienne strictement à la même heure et d’un moins bon contrôle du cycle.

Cerazette® : une pilule microprogestative de nouvelle génération

En 1999, une nouvelle spécialité à base d’un progestatif plus puissant et moins androgénique a été mise sur le marché (Cerazette®). Cette pilule contenant 75μg de désogestrel a montré une efficacité supérieure à celle des pilules microprogestatives précédentes (indice de Pearl respectivement 0.4 et 1 - HAS 2015) et comparable à celle des pilules œstro- progestatives. En effet, son action contraceptive provient non seulement de l’effet progestatif sur l’endomètre, la motilité tubaire et le mucus cervical mais également d’un effet anti-gonadotrope qui entraine une inhibition durable et réversible de l’ovulation en cas de prise en continu. Son mode d’action, non seulement périphérique mais également central, autorise une régularité de prise moins stricte. De fait, les recommandations en cas d’oubli sont identiques aux pilules œstro-progestatives (oubli de moins de 12h) ce qui rend l’observance des prises plus confortable : « 1 comprimé tous les jours à peu près à la même heure, sans interruption et sans tenir compte de possibles saignements ».

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D’après l’OMS 2011, en cas d’utilisation correcte et régulière, le taux de grossesses observées au cours de la première année d’utilisation est identique aux pilules combinées œstro-progestatives. Il est toutefois utile de souligner que l’efficacité de la méthode repose dans la vie réelle (au contraire des résultats théoriques) sur une bonne observance et sur la persistance de l’utilisation de la méthode pendant toute la période pendant laquelle la survenue d’une grossesse n’est pas désirée.

Effets secondaires potentiels des pilules microprogestatives

La prise continue de la pilule microprogestative provoque une atrophie de l’endomètre plus ou moins marquée à l’origine d’une modification possible du profil habituel des saignements. Ceux-ci peuvent être un facteur limitant à leur utilisation. En effet avec cette méthode les saignements peuvent devenir rares, peu abondants voire absents chez 50% des femmes. Par ailleurs la survenue de saignements irréguliers ou prolongés (environ 1 femme sur 5), même si elle diminue au cours du temps, représente la première cause d’interruption de la méthode. Il est nécessaire d’en informer la patiente avant de débuter le traitement et éventuellement d’utiliser un calendrier des saignements, ce qui améliore la persistance.

La réduction des dysménorrhées et des pertes sanguines représente un bénéfice hormonal non contraceptif significatif pour les femmes en aménorrhée avec ce type de contraception. De plus en plus de patientes acceptent, après une information adaptée, de ne plus avoir de règles artificielles lorsqu’elles utilisent une contraception hormonale continue à condition que cela n’entraine pas d’effet délétère sur leur santé. De plus, un impact positif chez les patientes migraineuses a été récemment mis en évidence en cas d’utilisation de pilule microprogestative en continu. Autre intérêt et non des moindres avec la micropilule : le schéma de prise en continu permet de diminuer le risque d’oubli de reprise de la pilule contraceptive après la semaine d’arrêt, souvent constaté avec le schéma 21J/7J des pilules classiques œstro-progestatives, et ainsi potentiellement diminuer le risque de survenue d’une grossesse non désirée.

Contre-indications et précautions d'emploi

Les contre-indications sont rares et limitées aux épisodes thromboemboliques évolutifs, aux cas de maladies hépatiques sévères, de saignements anormaux inexpliqués ou de tumeur hormono-dépendantes. La pilule microprogestative peut être utilisée en cas d’antécédent de thrombose veineuse ou artérielle. Par précaution, le traitement microprogestatif doit être interrompu en cas d’hypertension artérielle apparaissant ou non contrôlée sous traitement. L’association est également déconseillée avec le millepertuis et les médicaments inducteurs enzymatiques qui peuvent diminuer l’efficacité de la méthode hormonale et qui doivent être recherchés avant toute prescription ; en cas de traitement temporaire avec ces médicaments, il est préférable d’utiliser une autre méthode contraceptive, en particulier mécanique, pendant la durée de l’association. - Dans la période du post-partum, y compris immédiatement après l’accouchement, d’après les récentes recommandations du CNGOF 2015 (en l’absence de thrombose veineuse évolutive).

Microval : informations spécifiques

Microval est un contraceptif oral contenant un progestatif seul (lévonorgestrel). Tous les comprimés ont une composition identique. Ce contraceptif est dit microdosé car il contient une très faible dose d'hormone.

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Contre-indications spécifiques à Microval

Ce médicament ne doit pas être utilisé dans les cas suivants :

  • hépatite ou antécédent récent d'hépatite,
  • insuffisance hépatique,
  • accident thromboembolique veineux en cours (phlébite, embolie pulmonaire…),
  • cancers du sein ou de l'utérus susceptibles d'être stimulés par les progestatifs,
  • saignement génital intermittent (l'origine de ce saignement doit être déterminée par des examens avant la mise en route du traitement),
  • en association avec les produits de phytothérapie contenant du millepertuis.

Précautions d'emploi spécifiques à Microval

Ce mode de contraception n'est pas adapté aux femmes qui souffrent de kystes des ovaires ou de mastopathies. Une surveillance médicale et des analyses sont nécessaires avant et pendant la contraception orale. Cette surveillance sera renforcée en cas d'antécédent d'infection des trompes ou de grossesse extra-utérine. Les progestatifs microdosés agissent principalement en provoquant un épaississement des sécrétions du col de l'utérus qui deviennent impropres au passage des spermatozoïdes. Leur efficacité contraceptive n'est pas absolue. Il est d'autant plus important de veiller à la régularité de la prise. En cas d'arrêt des règles pendant plus de deux cycles consécutifs, l'absence de grossesse doit être vérifiée avant de poursuivre la contraception. De même, un test de grossesse est recommandé en cas d'oubli d'un comprimé suivi d'une absence de règles.

Interactions médicamenteuses spécifiques à Microval

Ce médicament ne doit pas être associé avec les produits de phytothérapie contenant du millepertuis : diminution de l'effet contraceptif et risque de grossesse. L'efficacité contraceptive de ce médicament peut également être diminée par la prise d'un médicament inducteur enzymatique : certains antiépileptiques (phénobarbital, phénytoïne, primidone, carbamazépine), la rifabutine, la rifampicine, la griséofulvine, certains antirétroviraux (éfavirenz, névirapine, nelfinavir, ritonavir, lopinavir).

Fertilité, grossesse et allaitement concernant Microval

Ce médicament n'a pas de raison d'être utilisé pendant la grossesse. Si une grossesse survient malgré la contraception, du fait d'un oubli ou d'un retard de pilule, interrompez immédiatement la prise des comprimés. La grossesse pourra être poursuivie normalement si vous le désirez. Ce médicament passe dans le lait maternel mais son usage est possible pendant l'allaitement après avis médical.

Mode d'emploi et posologie de Microval

Prendre régulièrement, et sans oubli, 1 comprimé par jour à la même heure, sans interruption entre 2 plaquettes. Cette pilule doit être prise impérativement chaque jour à la même heure. En cas de changement de contraceptif, prendre le premier comprimé de la plaquette : le jour suivant la prise du dernier comprimé actif, si le précédent contraceptif était une pilule estroprogestative ; sans interruption et à n'importe quel moment du cycle, si le précédent contraceptif était un autre contraceptif progestatif microdosé ; le jour du retrait, si le précédent mode de contraception était un implant contraceptif ou le jour prévu pour l'injection, dans le cas du relais d'une contraception par progestatif injectable ; dans ces cas, il faut associer une méthode contraceptive locale (préservatif) au début pendant 2 jours. Après un accouchement ou une interruption de grossesse : suivre les indications du médecin.

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Conseils en cas d'oubli de Microval

En cas d'oubli d'un comprimé, prendre immédiatement le comprimé oublié et continuer à l'heure habituelle pour les comprimés suivants. Si le retard est supérieur à 3 heures, l'efficacité contraceptive n'est plus assurée et une autre méthode complémentaire (préservatif par exemple) doit être employée pendant les 7 jours suivants l'oubli. En cas de vomissements ou de diarrhée survenant juste après la prise du comprimé (sans rapport avec la prise du contraceptif), prendre un autre comprimé.

Autres options contraceptives pendant l'allaitement

Outre les pilules microprogestatives, d'autres méthodes contraceptives peuvent être envisagées pendant l'allaitement. Un mois après l'accouchement, il est possible de poser un stérilet en cuivre, car il ne contient pas d'hormones. En cas de rapport non protégé, certaines formes de contraception d'urgence, comme la pilule du lendemain, peuvent être utilisées.

La pilule microprogestative en France aujourd'hui

En France, la pilule microprogestative est aujourd’hui utilisée par 9% des femmes qui suivent un traitement contraceptif (données juillet 2015) et cette proportion augmente alors que l’on observe un recul pour les pilules oestro-progestative depuis 2012.

Conseils en cas d’oubli d’un comprimé

La protection contraceptive peut être réduite si plus de 36 heures s’écoulent entre 2 comprimés.

  • Si l’oubli est constaté dans les 12 heures suivant l’heure habituelle de prise d’un comprimé, la femme devra prendre immédiatement le comprimé oublié et prendre le comprimé suivant à l’heure habituelle.
  • Si l’oubli est constaté plus de 12 heures après l’heure habituelle de prise d’un comprimé, la femme devra prendre immédiatement le comprimé oublié et prendre le prochain comprimé à l’heure habituelle, même si cela conduit à la prise de deux comprimés en même temps.

Informations importantes à connaître avant de prendre Microval

  • En cas d'antécédent d'ictère cholestatique (jaunisse) ou de prurit (démangeaisons) lors d'une précédente grossesse, l'administration de ce médicament peut entraîner une récidive de l'ictère ou du prurit; dans ce cas son administration doit être suspendue.
  • Des saignements intermenstruels ou irréguliers peuvent survenir. Par contre, si vous ne présentez plus de saignements (hémorragies de privation) pendant la période sans traitement pendant plus de 2 cycles, une suspicion de grossesse devra être écartée.
  • Des cas isolés d'accidents thromboemboliques ont été rapportés lors de l'utilisation des contraceptifs progestatifs.
  • Veuillez indiquer à votre médecin ou à votre pharmacien si vous prenez ou avez pris récemment un autre médicament, notamment le phénobarbital, la phénytoïne, la primidone, la carmabazépine, la rifabutine, la rifampicine, la griseofulvine, des antirétroviraux (éfavirenz, névirapine, nelfinavir, ritonavir, lopinavir), le millepertuis (plante médicinale). En effet, ces médicaments risquent de diminuer l'efficacité de la pilule.
  • La découverte d'une grossesse sous pilule ne nécessite pas une interruption de la grossesse.
  • Prenez un comprimé par jour, tous les jours sans interruption, à heure fixe, de sorte que l'intervalle entre la prise de 2 comprimés soit toujours de 24 heures. Le 1er comprimé doit être pris le premier jour des règles.
  • Si vous utilisiez une méthode injectable ou un implant: le relais d'un implant se fait le jour du retrait de l'implant, et le relais d'un contraceptif injectable se fait le jour prévu pour la nouvelle injection.
  • Si vous venez d'accoucher: vous pouvez débuter MICROVAL, comprimé enrobé, avant le retour des règles.
  • La survenue de vomissements après la prise d'un comprimé peut entraîner une inefficacité transitoire de la pilule.
  • Les médicaments ne doivent pas être jetés au tout-à-l'égout ou avec les ordures ménagères. Demandez à votre pharmacien ce qu'il faut faire des médicaments inutilisés.

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