Les femmes avec un indice de masse corporelle (IMC) élevé rencontrent des difficultés et des discriminations lorsqu'elles souhaitent accéder à la procréation médicalement assistée (PMA). La grossophobie, présente dans le milieu médical, entrave leur parcours et affecte leur santé. Cet article explore les obstacles rencontrés par ces femmes, les raisons de ces discriminations et les solutions possibles pour une prise en charge plus adaptée et respectueuse.

La grossophobie : un obstacle à la reconnaissance du désir de maternité

La grossophobie, ou discrimination envers les personnes grosses, est un problème majeur dans le milieu médical. Les femmes grosses sont souvent jugées comme étant en mauvaise santé et leur désir de maternité est remis en question. Comme le souligne Aline Thomas dans son livre Montez d’abord sur la balance !, les violences dans le milieu médical poussent les personnes grosses à éviter les soins de santé, ce qui peut aggraver leur état de santé.

Daria Marx, autrice du livre Dix questions sur la grossophobie, dénonce également la culpabilisation des femmes grosses et les conseils de régimes ou de chirurgie bariatrique. Elle souligne que l'exclusion des femmes avec un IMC élevé est souvent plus simple pour les professionnels de santé, car ils ne sont pas formés aux gestes techniques d’insémination prévus pour des corps minces et ne disposent pas de matériel adapté.

Les CECOS et l'IMC : un accès limité à la PMA

Les CECOS (centres d’études et de conservation des œufs et du sperme humain) refusent majoritairement les dossiers de femmes avec un IMC supérieur à 30, les empêchant ainsi d’avoir recours à une PMA. Cette pratique est basée sur l'idée reçue que les corps gros sont non fonctionnels.

Une étude du Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin, publiée en 2018, a montré que la relation avec le gynécologue se dégradait du suivi courant au suivi de la grossesse, et du suivi de la grossesse au parcours d’une PMA, comme si la maternité autorisait à culpabiliser les femmes, et le désir de maternité encore plus. Sylvie Benkemoun, psychologue et présidente du G.R.O.S. (groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids), déplore ce constat, soulignant que les difficultés potentielles pendant la grossesse ne justifient pas la culpabilisation, d'autant plus que le stress est néfaste pour l'ovulation.

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Les risques liés à l'IMC élevé et la PMA : une question d'équilibre

L'excès pondéral (IMC > 25 kg/m2) ou l'obésité (IMC > 30 kg/m2) sont reconnus comme un problème de santé publique. Dans le domaine de la fertilité, il est établi que l'excès pondéral peut entraîner des modifications du cycle menstruel, une anovulation, ainsi qu'une augmentation du risque de fausses couches et de complications tardives durant la grossesse.

Une étude a révélé que les femmes ayant un IMC élevé avaient plus de fausses couches et un taux de natalité vivante globalement plus faible. Une autre étude a révélé l'effet d'un IMC élevé sur la réceptivité de l'endomètre chez les femmes subissant une FIV.

L'excès pondéral réduit l’efficacité des inducteurs de l’ovulation. La conséquence principale concerne la posologie qu’il s’agisse du citrate de clomiphène ou des gonadotrophines. L’index de masse corporelle est un facteur prédictif de réponse ovarienne à ces agents thérapeutiques. Dans les cycles de FIV-ICSI, l’excès pondéral est, en général, associé à une réduction du nombre d’ovocytes. De plus, si les chances de conception ne paraissent pas affectées, le risque de fausse couche est significativement augmenté chez les patientes obèses. De ce fait, la réduction pondérale est essentielle avant d’engager une stimulation ovarienne.

Ainsi, la perte de poids est souvent recommandée avant toute prise en charge de l’infertilité. Des modifications relativement simples du style de vie (exercice régulier, modifications de l’équilibre alimentaire) permettant une réduction pondérale même modeste (5 %) améliorent significativement les chances de conception spontanée, en particulier grâce à une réduction de l’insulino-résistance.

L'accompagnement des femmes grosses pendant la grossesse : un besoin de formation et de matériel adapté

Même lorsqu'une femme grosse parvient à tomber enceinte, la grossophobie continue. Les actes lors de l’accompagnement peuvent s’avérer violents. Avec la présence de beaucoup de tissu adipeux, les soignants ont plus de difficulté à voir le bébé lors de l’échographie, car ils utilisent des ondes basses. L’échographe appuie donc très fort, et souvent avec des commentaires grossophobes. Cette première consultation peut décourager la future mère à revenir.

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Maya souligne qu'il faut changer la manière de parler des risques aux patientes, mais aussi arrêter de les peser systématiquement. Les soignants leur donnent des objectifs de poids à atteindre, alors que ces recommandations sont peu fiables, car elles reposent sur des études observationnelles. Cette pesée a le plus souvent l’effet inverse et peut réactiver des troubles du comportement alimentaire.

Sylvie Benkemoun estime que les soignants doivent être formés à prendre en charge les personnes obèses, à les accompagner plutôt que de vouloir les mettre en garde. Il est également essentiel d'investir dans du matériel adapté : brassard, brancard, accoudoirs, capteurs…

Des solutions pour une prise en charge plus respectueuse

Plusieurs solutions peuvent être mises en place pour améliorer la prise en charge des femmes grosses souhaitant avoir recours à la PMA :

  • Formation des professionnels de santé : Il est crucial de former les professionnels de santé aux spécificités des corps gros et de les sensibiliser à la grossophobie.
  • Investissement dans du matériel adapté : Les établissements de santé doivent investir dans du matériel adapté aux personnes grosses, afin de garantir des soins de qualité et respectueux.
  • Changement de discours : Il est important de changer la manière de parler des risques aux patientes et d'éviter de les culpabiliser.
  • Prise en charge globale : La prise en charge des femmes grosses doit être globale, en tenant compte de leur santé physique et mentale.
  • Évaluation de l'insulino-résistance : Une évaluation de l’insulino-résistance simplifiée et accessible au clinicien ainsi qu’une mesure plus exacte des androgènes plasmatiques permettraient de mieux appréhender l’effet spécifique de l’excès pondéral.
  • Amélioration des outils de mesure : L'IMC n'est certainement pas le paramètre optimal pour différencier les obésités dites « androïdes » dont les conséquences hormonales et métaboliques sont à l’évidence différentes des obésité dites « gynoïdes ». Une meilleure évaluation de la répartition de la masse grasse et des outils plus sophistiqués de mesure sont absolument indispensables.

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