Introduction

Le syndrome HELLP (Hémolyse, Enzymes Hépatiques Élevées et Plaquettes Basses) est une microangiopathie thrombotique (MAT) spécifique à la grossesse. Reconnu depuis 1982, il se caractérise par une triade biologique associant une hémolyse, une cytolyse hépatique et une thrombopénie. Ce syndrome complique fréquemment une prééclampsie et se manifeste généralement à la fin de la grossesse ou en post-partum. La physiopathologie du HELLP syndrome implique un défaut d’implantation trophoblastique, entraînant une ischémie placentaire et des lésions endothéliales.

Physiopathologie et Implications Cliniques

Les recherches récentes suggèrent une implication du système du complément dans la physiopathologie du HELLP syndrome, mimant ainsi une microangiopathie thrombotique non placentaire, comme le purpura thrombotique thrombocytopénique (PTT) et le syndrome hémolytique et urémique atypique (SHUa). Cette implication pourrait expliquer l’incidence non négligeable de l’insuffisance rénale (30 % des cas) souvent source d’erreurs diagnostiques. Certains auteurs proposent de classer cette pathologie comme une maladie médiée ou non par le complément, en supposant une suractivation de la voie alterne dans certaines situations. Cependant, l'absence de test rapide d'activation du complément rend ce diagnostic difficile, reposant sur un ensemble d'arguments biologiques qui manquent de sensibilité et de spécificité. Cette nouvelle perspective pourrait élargir l’arsenal thérapeutique, actuellement limité à l’interruption de grossesse.

Microangiopathies Thrombotiques (MAT) : Définition et Classification

Le syndrome de microangiopathie thrombotique (MAT) est défini par l’association d’une anémie hémolytique mécanique, d’une thrombopénie de consommation et de l’atteinte d’un ou plusieurs organes due à la formation de microthrombi obstruant la microcirculation. Les MAT regroupent un ensemble de pathologies rares avec des mécanismes physiopathologiques variés, incluant le purpura thrombotique thrombocytopénique (PTT), le syndrome hémolytique et urémique atypique (SHUa), et le syndrome HELLP. Les atteintes viscérales, variables en topographie et en sévérité, peuvent entraîner une morbi-mortalité importante, faisant du syndrome de MAT une urgence diagnostique et thérapeutique.

Purpura Thrombotique Thrombocytopénique (PTT)

Le PTT est caractérisé par un déficit fonctionnel sévère (activité < 10 %) en ADAMTS13, une protéase clivant le facteur Willebrand (FW). Ce déficit entraîne l’accumulation de multimères de FW de haut poids moléculaire, favorisant l’adhésion et l’activation plaquettaire, et la formation de microthrombi riches en FW dans la microcirculation. Ce processus est responsable de la triade : thrombopénie de consommation, anémie hémolytique et souffrance d’organes. Le déficit en ADAMTS13 peut être d’origine auto-immune (95 % des cas) ou congénital (5 % des cas).

Diagnostic du PTT

La thrombopénie est généralement profonde (inférieure à 30 x 10^9/L). L’anémie est régénérative, accompagnée d’une élévation des LDH et de la bilirubine libre, ainsi que d’un taux d’haptoglobine bas. La présence de schizocytes au frottis sanguin est un signe du caractère mécanique de l’anémie hémolytique. Le dosage de l’activité ADAMTS13 est essentiel pour confirmer le diagnostic, et doit être réalisé avant toute transfusion ou échange de plasma.

Lire aussi: Comprendre la Microangiopathie Thrombotique et la Pré-éclampsie

Traitement du PTT

Le traitement du PTT auto-immun repose sur une triade comprenant les échanges plasmatiques, l’immunosuppression par corticoïdes et rituximab, et l’inhibition de l’interaction plaquettes-FW par le caplacizumab. Les échanges plasmatiques permettent d’apporter de l’ADAMTS13 et de diminuer le titre d’anticorps anti-ADAMTS13. Le caplacizumab diminue le nombre d’échanges plasmatiques en induisant une réponse clinique rapide et durable. L’efficacité du caplacizumab est telle que des stratégies thérapeutiques associant caplacizumab et immunosuppression sans échanges plasmatiques sont envisagées pour les formes les moins sévères.

Le PTT héréditaire est une maladie autosomique récessive. Le traitement repose sur l’apport exogène d’ADAMTS13 par plasmathérapie ou par une forme recombinante de la protéine ADAMTS13, cette dernière étant une alternative thérapeutique avantageuse.

Syndrome Hémolytique et Urémique Atypique (SHUa)

Le SHU atypique résulte d’une dérégulation du complément, souvent liée à un variant pathogène d’une protéine du complément. Cette dérégulation entraîne l’activation incontrôlée de la voie alterne, la formation du complexe d’attaque membranaire et l’accumulation des fractions C3a et C5a du complément sur leurs récepteurs endothéliaux. Certains SHU atypiques sont liés à des variants sur des gènes en dehors du système du complément.

Diagnostic du SHUa

L’hypertension artérielle sévère est fréquente. La fraction C3 du complément est abaissée dans 20 à 40 % des cas. La thrombopénie est généralement modérée, voire absente dans 10 à 15 % des cas.

Traitement du SHUa

Le traitement repose sur l’éculizumab, un anticorps monoclonal humanisé ciblant la fraction C5 du complément. Un inhibiteur du C5 à longue demi-vie, le ravulizumab, permet un espacement des doses. La tolérance est bonne, mais une vaccination et une antibioprophylaxie sont nécessaires en raison d’une vulnérabilité accrue aux infections à germes encapsulés.

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Syndrome Hémolytique et Urémique à Shigatoxines

Le SHU à shigatoxines survient en particulier chez le jeune enfant. La contamination s’effectue par voie alimentaire ou par contact avec les animaux excréteurs. La thrombopénie et l’insuffisance rénale surviennent à la résolution des symptômes digestifs. La prise en charge repose sur un traitement de support.

Microangiopathies Thrombotiques Secondaires

Les MAT secondaires peuvent survenir dans divers contextes cliniques :

  • Cancers : Les MAT paranéoplasiques sont associées à des adénocarcinomes avec un volume tumoral élevé. La présence d’une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) et/ou d’une érythromyélémie est évocatrice du diagnostic.
  • Allogreffe de cellules souches hématopoïétiques : Les traitements, le conditionnement de la greffe, les infections et la maladie du greffon contre l’hôte peuvent participer à la survenue d’une MAT.
  • Maladies auto-immunes systémiques : Un syndrome de MAT peut compliquer le lupus systémique, le syndrome des antiphospholipides (SAPL) et la sclérodermie systémique.
  • Crise rénale sclérodermique : Elle se manifeste par un syndrome de MAT avec une insuffisance rénale et une HTA sévère chez un patient ayant une sclérodermie.
  • Syndrome catastrophique des antiphospholipides (SCAPL) : Un syndrome de MAT est présent dans 25 % des cas.
  • Syndromes de MAT d’origine toxique ou médicamenteuse : L’éviction médicamenteuse est la règle.

HELLP Syndrome : Diagnostic et Prise en Charge Spécifiques

Le HELLP syndrome est une MAT spécifique de la grossesse définie par l’association d’une anémie hémolytique mécanique, d’une thrombopénie inférieure à 100 x 10^9/L et d’une cytolyse hépatique. Il est crucial de le distinguer du PTT, qui peut également survenir pendant la grossesse. L’absence de cytolyse hépatique et une thrombopénie très profonde sont des éléments orientant vers un PTT plutôt qu’un HELLP syndrome. Dans ce cas, un traitement par échanges plasmatiques et corticothérapie doit être débuté en urgence. Le caplacizumab et le rituximab sont relativement contre-indiqués pendant la grossesse et ne sont donc pas utilisés en première intention. Il est à noter que dans 25 à 50 % des cas de PTT diagnostiqués pendant la grossesse, le mécanisme du déficit en ADAMTS13 est congénital.

Diagnostic Différentiel des MAT

Il est essentiel de distinguer les différentes formes de MAT pour adapter la prise en charge thérapeutique. Voici quelques éléments de diagnostic différentiel :

  • PTT vs. SHU : Le PTT se caractérise par des manifestations neurologiques polymorphes, tandis que le SHU est associé à une atteinte rénale prédominante. Cependant, cette distinction est souvent difficile en raison de l’association possible de manifestations rénales et neurologiques.
  • HELLP syndrome vs. PTT pendant la grossesse : L’absence de cytolyse hépatique et une thrombopénie très profonde sont des éléments orientant vers un PTT plutôt qu’un HELLP syndrome.

En l’absence de cause alternative évidente, l’association d’une thrombopénie et d’une anémie hémolytique schizocytaire est suffisante pour initier un traitement spécifique en urgence.

Lire aussi: Syndrome HELLP: Comprendre les symptômes

Bilan Diagnostique des MAT

Le bilan diagnostique est nécessaire pour confirmer le diagnostic, éliminer les principaux diagnostics différentiels, rechercher l’étiologie et les mécanismes physiopathologiques. Il comprend :

  • Examens biologiques : Numération formule sanguine, frottis sanguin, dosage de l’haptoglobine, LDH, bilirubine, créatinine, bilan hépatique, dosage de l’activité ADAMTS13, recherche de variants génétiques du complément, recherche d’auto-anticorps anti-facteur H.
  • Recherche d’une infection associée : Elle doit être systématique.

Plasmathérapie : Échanges Plasmatiques et Perfusion de Plasma

La plasmathérapie est un élément clé du traitement des MAT. Elle comprend les échanges plasmatiques et la perfusion de plasma.

  • Échanges plasmatiques : Ils associent une plasmaphérèse avec une compensation par du plasma frais congelé à la dose de 60 mL/kg. Ils peuvent être réalisés par centrifugation ou par filtration.
  • Perfusion de plasma : La perfusion de plasma à la dose de 20-30 mL/kg constitue une alternative thérapeutique acceptable, mais temporaire car d’efficacité moindre et fréquemment limitée par la surcharge volémique.

En pratique, la plasmathérapie par échange plasmatique doit être débutée en urgence après réalisation des prélèvements sanguins. A défaut, la perfusion de plasma doit être débutée dans l’attente d’un transfert vers un centre spécialisé. En début de traitement, la fréquence des échanges plasmatiques est quotidienne.

Autres Traitements des MAT

Outre la plasmathérapie, d’autres traitements peuvent être utilisés dans la prise en charge des MAT :

  • Corticoïdes : Ils sont utilisés dans le traitement du PTT d’origine immunologique.
  • Rituximab : Il est indiqué en cas de PTT résistant ou récidivant malgré les échanges plasmatiques.
  • Eculizumab : Il est indiqué comme traitement adjuvant du SHU atypique.
  • Contrôle tensionnel : Il revêt une importance particulière, l’hypertension étant susceptible d’entretenir l’agression endothéliale.
  • Transfusion de plaquettes : Elle est contre-indiquée, même en cas de thrombopénie profonde ou de procédures invasives.

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