Bien que le mot « menstruation » ait gagné en popularité dans les médias et sur les réseaux sociaux, un certain tabou persiste autour de cette réalité biologique. Si l'on ose un peu plus prononcer le mot, il existe encore une multitude d'expressions pour éviter de nommer les menstruations directement. Cet article explore ce langage codé, parfois fleuri, souvent révélateur de l'attitude d'une société envers le cycle menstruel.

La Démocratie Menstruelle et l'Art de l'Euphémisme

Anna B., dans son texte « Le sang des filles » publié dans le fanzine A Poil ! en 2018, souligne l'universalité des menstruations. Pourtant, cette réalité démocratique est souvent masquée par des euphémismes de bienséance. Ces expressions, plus ou moins familières, entretiennent l'idée qu'il faut esquiver la réalité menstruelle, voire la nier, en renommant « l'innommable ». L'abondance d'expressions varie d'une langue et d'une culture à l'autre, reflétant l'attitude d'une société envers les règles. Plus il y a d'expressions, plus le sujet est potentiellement évoqué librement.

Un Inventaire Fleuri et Codé

Le lexique des menstruations est vaste et varié. Certaines expressions mettent l'accent sur l'incommodité ressentie, comme « être indisposée ». D'autres font référence à la couleur rouge, parfois de manière implicite, comme « avoir le feu au rouge » ou, plus explicitement, « écraser ses tomates » (ou « avoir sa semaine ketchup »). D'autres encore jouent sur la périodicité du phénomène, comme « avoir ses périodes » ou « ses jours ».

  • Références Lunaires et Florales: L’expression « avoir ses lunes » tire son origine étymologique de la lune, mênê en grec ancien, liée au mot latin mensis qui signifie « mois ». D'autres expressions, comme « ses fleurs » (ou « ses coquelicots »), évoquent la délicatesse et la beauté, mais aussi la fragilité de la féminité. Cette imagerie florale suggère une certaine maturité et fécondité, capable de donner des fruits.
  • Termes Infantilisants: À l'opposé, certaines expressions comme « avoir ses ragnagnas » ou « ses mickeys » infantilisent et décrédibilisent la réalité menstruelle. « Ragnagnas » serait une onomatopée évoquant les râleries d’une femme pendant ses règles, renforçant le stéréotype de la femme de mauvaise humeur.
  • Symboles Guerriers: Certaines expressions prennent une tournure belliqueuse, comme « les Anglais ont débarqué ». Cette expression, dont l’origine remonterait à la bataille de Waterloo où les soldats anglais en uniforme rouge ont « débarqué » sur le champ de bataille, est attribuée à Gustave Flaubert qui l’aurait utilisée pour annoncer l’arrivée des règles de sa maîtresse, Louise Colet. Au Danemark, on dit que « les communistes sont dans la maison du plaisir », et en Russie, « l'Armée rouge est en ville ».

Au-Delà des Mots : Déni et Tabou

Les détours utilisés par le langage pour ne pas dire les menstruations ne sont pas anodins. Ils constituent une forme de déni du phénomène menstruel en dehors de la sphère intime. Les mots ne doivent pas faire tâche, ne pas laisser de traces. Comme le souligne Elodie Mielczareck, sémiologue spécialisée en analyse du discours, le sujet des règles se place toujours aujourd’hui comme le pilier fondamental qui définit la féminité. Elle note que l'évocation des règles est souvent liée à une souffrance, qu'elle soit physiologique (mal de ventre) ou psychologique (stérilité).

L'Évolution des Mentalités et du Langage

La prise de conscience collective autour de la précarité menstruelle est un progrès significatif, rendu possible par un long travail de déconstruction du tabou par les féministes. Ce travail passe aussi par une déconstruction du langage. Certaines femmes interrogées par Elodie Mielczareck ont expliqué avoir vécu leurs règles comme un enfer durant l'adolescence, mais avoir ensuite « fait la paix » avec cette réalité. Certaines associent désormais leurs règles à la Lune et remercient la nature en reversant le contenu de leur coupe menstruelle dans la terre.

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Elodie Mielczareck souligne que « les limites de mon langage signifient les limites de mon univers ». Tant que les mots sont chargés de connotations négatives, les règles correspondront à une expérience pénible. Certaines femmes privilégient une dimension purificatrice, voire régénératrice, des règles. Cependant, celles qui utilisent ces mots positifs sont souvent d'un âge plus avancé.

Expressions à Travers le Monde

Chaque pays a ses propres expressions pour désigner les règles. En Allemagne, c'est la « semaine des fraises » (Erdbeerwoche), en Finlande, « les jours des mûres et des framboises », et en Espagne, la « semaine tomate ». Aux États-Unis, on dit que « la grande tante arrive » (Aunt Flow is coming!), tandis qu'au Québec, « Michel est en ville ».

Au Japon, on évoque « l'arrivée du commandant Perry », tandis qu’en Afrique du Sud, les fillettes parlent de « la semaine de la honte ».

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