Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, plus communément appelé Marivaux, est un écrivain français né à Paris le 4 février 1688 et décédé dans la même ville le 12 février 1763. Issu de la petite noblesse normande, il est un témoin essentiel de la société française de la première moitié du XVIIIe siècle à travers une œuvre riche et variée. Écrivain d’occasion puis écrivain professionnel, Marivaux a laissé une quarantaine de pièces de théâtre et plusieurs romans. Son langage, à la fois libre et sophistiqué, est à l’image de sa conception des relations amoureuses, où les masques se jouent de la sincérité, et où la sincérité découvre les masques.

Jeunesse et formation

Marivaux naît le 4 février 1688 à Paris. Son père, Nicolas Carlet, est fonctionnaire de l'intendance de la marine et de la guerre. Par sa mère, Marie Bullet, il est apparenté aux Bullet de Chamblain, architectes auxquels on doit le château de Champs et de beaux hôtels parisiens de style Régence. De 1699 à 1712, le jeune Marivaux vit à Riom, où son père devient directeur de l'hôtel des Monnaies et où lui-même est élève des Oratoriens. De 1710 à 1713, il est inscrit à l'école de droit de Paris, mais il ne met guère d'application à ces études juridiques.

Débuts littéraires et influences

Partisan des Modernes dans la querelle qui les oppose aux Anciens, il se lie notamment avec Fontenelle et fréquente le salon de Mme de Lambert. Il s'exerce à la parodie et au pastiche avec des romans (Pharsamon ou les Folies romanesques, 1712 ; les Aventures de… ou les Effets surprenants de la sympathie, 1713-1714 ; la Voiture embourbée, 1714 ; le Télémaque travesti, publié en 1736) et un poème burlesque (l'Homère travesti ou l'Iliade en vers burlesques, 1716). Dès 1717, Marivaux collabore au Nouveau Mercure pour lequel il rédige des articles.

En 1717, il épouse Colombe Bollogne, héritière d’un riche avocat, qui lui donne une fille, Colombe-Prospère, et lui apporte la prospérité financière qui lui permet de se consacrer à l’écriture.

Périodiques et succès théâtraux

En 1721, il commence à publier un périodique dont il est l'unique rédacteur, le Spectateur français (1721-1724), tout en poursuivant son œuvre de dramaturge avec un succès régulier : la Surprise de l’amour (1722), la Double Inconstance (1723), le Prince travesti (1724), comédie de cape et d'épée avec parfois des accents tragiques, la Fausse Suivante (id.).

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Maturité et romans

Les pièces publiées ou représentées à partir de 1730 témoignent toutes (même à travers certains échecs) du génie et de la maturité de leur auteur : le Jeu de l’amour et du hasard (1730), les Serments indiscrets (1732), la Mère confidente (1735), le Legs (1736), les Fausses Confidences (1737), l'Épreuve (1740). Tiré d'une comédie de Fontenelle, le Legs (1736) est une pièce amusante, qui, dans la version abrégée due à Marivaux lui-même, a été très souvent jouée à la Comédie-Française. Les deux grands romans inachevés, la Vie de Marianne (1731-1741) et le Paysan parvenu (1735-1736), datent de cette décennie féconde.

Élection à l'Académie française et fin de vie

Marivaux est élu à l'Académie française en 1742 (après deux essais infructueux), les académiciens étant désireux d'évincer Voltaire. Il reçoit une pension du roi à partir de 1753. Exerçant ses talents dans des genres, comédie et roman, considérés comme mineurs, Marivaux n'eut jamais de son temps une renommée à la mesure de son talent. La distance qu’il marque avec le milieu des philosophes l’expose à la critique, en particulier de la part de Voltaire. L’écrivain est prolifique : trop peut-être. On le soupçonne de céder à la facilité. Il eut des amis dévoués, comme Houdar de La Motte, Fontenelle, Mme de Lambert, Mme de Tencin, Mme de Verteillac, Mme du Boccage, Helvétius et D'Alembert, mais il survécut à la plupart d'entre eux, ce qui rendit sa vieillesse mélancolique. Très charitable lui-même, Marivaux fut alors aidé par une vieille amie, Mlle de Saint-Jean.

Postérité et redécouverte

Auteur de second plan de son vivant, Marivaux est redécouvert au début du XIXe siècle. La légèreté, que naguère on lui reprochait, devient le signe de son originalité.

L'œuvre théâtrale de Marivaux

Marivaux s’intéresse au théâtre mythologique et au théâtre héroïque (le Triomphe de Plutus, 1728 ; le Triomphe de l’amour, 1732), mais sa prédilection va à la comédie de mœurs. Le théâtre de Marivaux est inséparable de la Comédie-Italienne.

L'amour au cœur du théâtre de Marivaux

Le thème central du théâtre de Marivaux, c’est l’amour, qui meurt sans qu'on sache pourquoi, de même qu'il est né sans qu'on sache comment. Un amour intime et tendre, nié ou avoué, parfois trahi, souvent désordonné. Le théâtre de Marivaux est un perpétuel commentaire de la Carte du Tendre. Mais l'écrivain s'intéresse plus aux petits sentiers qu'aux grands chemins. L'amour, à ses yeux, n'est pas ce qu'on appelle une « passion ». Il est toujours dominé par deux constantes, la décence et la mesure. Devant ceux qui s’aiment, il n’y a plus la fatalité omniprésente chez Racine, ni la contrainte économique et patriarcale qui pèse chez Molière, tout paraît possible, au besoin à l’insu des personnages (les Fausses confidences). Bien qu'incarnés, ils sont, en un sens, des catégories amoureuses. Les amoureux de Marivaux craignent leurs propres obstacles et, pour mieux sentir leur amour, ne font qu'en édifier de nouveaux. Il faut seulement observer, pour ne pas forcer les choses, que cette épreuve reste un jeu, car nous sommes dans la comédie, non dans le drame. L’écrivain se propose de décrire la part d’instabilité et d’indécision qui existe en chacun. D’où ce raffinement du badinage, cette subtilité de la conversation galante, qui passe parfois pour de l’inconsistance, et dont le blâment certains de ses contemporains. Particulièrement sévère, Voltaire accuse Marivaux de « peser des œufs de mouche dans des balances de toile d’araignée » (d’après le Journal de Chênedollé, 1832).

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Pièces emblématiques

  • 1720 : Arlequin poli par l’amour
  • 1722 : La Surprise de l'amour
  • 1723 : La Double Inconstance
  • 1725 : L’Île des esclaves. Des naufragés débarquent sur l’île des esclaves et sont obligés de se conformer aux règles locales. Ils doivent permuter leurs conditions. Les maîtres deviennent esclaves et inversement. Mais ce remplacement n’est que d’usage. Seul celui du cœur rendra l’égalité à tous. Le pouvoir change de camp.
  • 1730 : Le Jeu de l’amour et du hasard. Silvia est promise à Dorante. Mais elle ne l’a jamais vu. Elle invente, alors, un subterfuge pour tester son prétendant à son insu. Et pour se faire, elle échange sa place avec sa servante Lisette. Mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que Dorante a fait de même avec son valet. À partir de ce moment, il n’est question que de quiproquos et de malentendus. Les masques finiront-ils par tomber ?
  • 1737 : Les Fausses confidences. Dorante est un beau jeune homme, mais il est pauvre. Fou amoureux d’Araminte, une jeune et très riche veuve, il n’a aucun espoir de la réciproque puisqu’il n’a aucune situation. Alors pour se rapprocher d’elle, il use d’un stratagème. Avec l’aide de Dubois, un ancien valet et le roi des intrigues, il se fait embaucher comme secrétaire. Commence alors le ballet des promesses, mensonges et autres manipulations.
  • 1744 : La Dispute est une formidable comédie sociale dont la thématique est l’origine de l’infidélité conjugale. Hermiane est convaincue qu’il s’agit d’un trait exclusivement masculin. Le Prince, qui convient de la chose, demande malgré tout une analyse plus fine de la question. Selon lui, les femmes sont inconstantes de nature. Il faut donc examiner cela scientifiquement. Seule l’expérience donnera une réponse exacte. Qu’en ressortira-t-il ? Marivaux nous donne à voir une nouvelle fois les méandres de la psychologie humaine.

L'œuvre romanesque de Marivaux

Nulle contrainte académique ne pèse sur l'auteur de la Vie de Marianne, qui explore des voies différentes, du picaresque Pharsamon au réalisme des grandes œuvres, en passant par l'observation des caractères nourrie par sa pratique du journalisme. Dans le roman, Marivaux prend la suite de la tradition précieuse qui s'est illustrée au XVIIe siècle, et qui fait le succès d’ouvrages savants découpés en nombreux épisodes ; c”est le cas de son Pharsamon ou les folies amoureuses (1712).

Principaux romans

  • 1712 : Pharsamon ou les folies amoureuses
  • 1731-1741 : La Vie de Marianne. Publié en plusieurs parties, Marivaux écrit ici un roman qui restera inachevé. Marianne décrit sa destinée à travers un récit épistolaire, elle raconte son passé de pauvre orpheline à la femme devenue comtesse. Élevée par un curé de village et sa sœur, elle se retrouve seule et sans fortune à Paris après la mort de ses tuteurs. La jeune femme devient alors l’objet de convoitise des hommes qu’elle rencontre. Le livre, que l’auteur a enrichi à plusieurs reprises, est d’un abord touffus.
  • 1735 : Le Paysan parvenu. Dans ce roman inachevé lui aussi, Marivaux retrace les mémoires de Jacob de la vallée. Fils de paysan et fraîchement débarqué de sa Champagne, il n’a qu’une obsession, s’enrichir. Il va donc apprendre les usages à une vitesse stupéfiante. Pour cela, il saura user de son charme et de son physique auprès des dames sans que la morale vienne troubler son dessein. Cette articulation se retrouve dans le Paysan parvenu, autre roman d’apprentissage et qui présente la même caractéristique que Marianne d’être écrit à la première personne.

Les personnages principaux des deux grands romans de Marivaux sont décrits à travers leurs qualités morales, mais surtout à travers leur capacité à s’adapter aux milieux et aux situations qu’ils rencontrent. Sans négliger la question de la noblesse des sentiments, l’auteur utilise comme révélateur de Marianne ou de Jacob de La Vallée - le « paysan parvenu » - un tableau complet et détaillé de la société.

Le "marivaudage" et l'analyse des sentiments

Ainsi, faisant jouer à ses personnages la comédie du sentiment, le dramaturge connaît un succès considérable de son vivant. Bientôt, pourtant, la génération des Encyclopédistes contestera l'œuvre de Marivaux. Il faut attendre le siècle qui suit la Révolution française pour que soit révélée la portée profonde de ce qu’on appelle le « marivaudage ». Derrière la palette infinie des nuances de sentiments, derrière la complexité d’un langage tour à tour populaire et aristocratique, c’est un univers d’incertitude qui se dégage. Alfred de Musset puis Jean Giraudoux en prolongent l’écho aux XIXe et XXe siècles. On voit aujourd'hui dans Beaumarchais un continuateur de Marivaux dans l'Ancien Régime finissant, et dans Figaro un Arlequin plus insolent qui remet en cause l'ordre établi.

Dans ses œuvres, Marivaux est un « incomparable analyste du cœur humain » : il renouvelle la comédie grâce à une réflexion approfondie sur l’homme et sur l’amour, notamment sur la naissance et le développement du sentiment amoureux. Les thèmes caractéristiques du théâtre de Marivaux sont le discours amoureux élevé au rang d’art (le marivaudage), le jeu des masques, le déguisement, la comédie sociale (par exemple, les relations entre maîtres et valets), le théâtre dans le théâtre.

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