Le 14 novembre 1996, la vie des parents de Marion Wagon a basculé dans l'horreur. Marion, alors âgée de 10 ans, a disparu à Agen (Lot-et-Garonne) alors qu'elle rentrait de l'école. Seuls 400 mètres séparaient l'établissement scolaire de son domicile. Pourtant, l'enfant s'est volatilisée en plein jour, sans laisser la moindre trace. Malgré une mobilisation importante, des recherches approfondies et une médiatisation quasi inédite à cette époque, les enquêteurs n'ont jamais retrouvé Marion.
Contexte de la Disparition
Le jeudi 14 novembre 1996, Marion Wagon, scolarisée à l'école Sembel d'Agen, devait rentrer chez elle pour déjeuner. La famille Wagon habitait à seulement 500 mètres de l'école. Après un bref passage dans la cour de l'école maternelle attenante, Marion quitte les lieux à 12h10. À 12h25, ses parents, inquiets de ne pas la voir rentrer, signalent son absence à la gendarmerie.
Rapidement, toutes les patrouilles sont déployées dans le centre-ville et aux alentours du lieu de la disparition. La police souhaite faire appel à un chien pisteur, mais le maître-chien local est en congé. Un chien spécialisé de l'équipe des pompiers de Villeneuve-sur-Lot est alors mobilisé, mais son arrivée à Agen est retardée.
Ce n'est qu'à 17h que le chien arrive finalement sur les lieux et remonte la piste jusqu'à un immeuble en construction non loin du domicile de Marion. Un peintre en bâtiment est placé en garde à vue, mais les enquêteurs réalisent rapidement que le chien a été attiré non pas par l'odeur de la fillette, mais par les poils du chien femelle détenu par cet homme.
Le lendemain, une enquête pour enlèvement et séquestration est ouverte et confiée à deux juges d'instruction. Cette procédure donnera lieu à des années de recherches pour tenter de retrouver Marion Wagon.
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L'Impact de la Disparition
La disparition de Marion Wagon a profondément marqué la ville d'Agen et la France entière. L'émotion est palpable, et la ville se mobilise pour soutenir la famille. L'affaire est largement médiatisée, touchant jusqu'aux plus hauts sommets de l'État. Les parents de Marion sont reçus par Alain Juppé, alors Premier ministre, et Jacques Chirac, président de la République.
De nombreux témoignages affluent, mais aucune piste sérieuse n'est retenue par les enquêteurs. Un chien policier perd la trace de la fillette à 50 mètres de chez elle, laissant supposer qu'elle est montée dans un véhicule. La fugue, envisagée dans un premier temps, est rapidement écartée au profit de recherches intenses. Le canal du Midi est même vidé de ses eaux sur plus de 10 km.
Chaque année, le 14 novembre ravive de douloureux souvenirs. Pour Michel Wagon, "c’est la journée la plus difficile. Notre vie s’est arrêtée le 14 novembre 1996. C’est une étape douloureuse, tout remonte à la surface. Mais aussi les Noëls, les fêtes des mères et des pères".
Les Pistes Explorées
Au fil des années, de nombreuses pistes ont été explorées, sans succès.
- La Piste Michel Fourniret :
Vingt-cinq ans après sa disparition, les parents de la fillette misent désormais sur la nomination d’un nouveau juge d’instruction pour explorer plusieurs pistes jugées plausibles par leur avocat, Me Georges Catala. Si Michel Fourniret a été arrêté en 2003, il était toujours actif en 1996, au moment de la disparition de Marion, dont les circonstances rappellent celles d’Estelle Mouzin. La fillette de 9 ans a elle aussi disparu le 9 janvier 2003 à Guermantes, en Seine-et-Marne, sur le trajet du retour de l’école. Quant à Natacha Danais, elle a été enlevée par le tueur en série en 1990 à Rezé, près de Nantes, sur un parking situé à quelques mètres de son domicile. Elle avait alors 13 ans.
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Pour Patricia Tourancheau, journaliste spécialiste des dossiers criminels et des cold case, l’hypothèse est plausible : « En 1996, Michel Fourniret vit en Belgique, mais il est itinérant, il a écumé pas mal de régions en France, il aurait pu tout à fait être à Agen un moment ou un autre », explique-t-elle, ajoutant que le mode opératoire opéré par l’ogre des Ardennes correspond avec celle de la disparition de Marion. « On sait qu’il vadrouillait un peu partout dans sa camionnette blanche et qu’il pouvait rester planquer des heures en attendant de trouver une fillette », précise-t-elle.
En 2020, l'affaire de la disparition de la petite Marion Wagon a potentiellement été relancée, 24 ans plus tard, après la découverte de plusieurs traces ADN sur un matelas retrouvé dans une maison appartenant au tueur en série Michel Fourniret. Le matelas qui avait été saisi en 2003 dans la maison de la sœur du tueur en série portait notamment l’ADN de la petite Estelle Mouzin, disparue en Seine-et-Marne, il y a près de 20 ans. Une découverte qui faisait de la fillette la onzième victime potentielle de l'Ogre des Ardennes.
- La Piste Gilbert B. :
Quelques semaines après la disparition de Marion, les enquêteurs se mettent sur la piste d’un certain Gilbert. Le jour du drame, il aurait demandé sur une radio amateur « un itinéraire discret » pour se rendre à Agen. Le profil de ce maçon d’une cinquantaine d’années intrigue les policiers. L’homme, qui travaille sur le secteur d’Agen, vient d’être incarcéré pour le viol d’une autre fillette. Ils retrouvent son véhicule, estimant qu’il aurait pu servir à transporter l’enfant, vendue entre-temps par sa fille. Ils découvrent que la banquette arrière a été partiellement brûlée. Interrogée, la jeune femme donne une drôle d’explication : elle aurait mis le feu à la banquette car elle était tâchée.
Considérant la piste comme sérieuse, les enquêteurs vont lancer d’autres investigations et explorer plusieurs grottes de la région où l’homme avait l’habitude de se rendre. Mais une décision va tout faire voler en éclat. Cinq mois seulement après le début des investigations, le SRPJ est dessaisi de l’enquête pour « manque de résultats » au profit de la gendarmerie. Résultat, les fouilles s’arrêtent, l’homme sort du viseur des enquêteurs et la piste est abandonnée. Gilbert, lui, décédera en 2003 d’un cancer à la prison de Fresnes.
- La Piste François Vérove (« Le Grêlé ») :
Pour Michel Wagon, sa fille a pu être enlevée au pied, dans le hall ou dans l’ascenseur de son immeuble. Un mode opératoire qui peut faire penser à celui de François Vérove. Avant de se suicider, cet ancien gendarme a laissé une lettre dans laquelle il a avoué être le tueur en série surnommé « le Grêlé », recherché depuis trente-cinq ans. Il y reconnaît notamment des faits criminels jusqu’en 1997, soit un an après la disparition de Marion Wagon. « Il faut voir si cet homme se trouvait aux alentours d’Agen, il est possible qu’on nous dise non, mais il faut le vérifier », estime Me Georges Catala.
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Une hypothèse balayée par Patricia Tourancheau, auteur du livre Le Grêlé : Le tueur était un flic (Seuil, 2022). Si le mode opératoire correspond, la temporalité, elle, ne colle pas, selon la spécialiste : « En 1996, il est policier motocycliste dans les Hauts-de-Seine. Tous les actes qui lui sont reprochés se sont passés à Paris ou en région parisienne ».
- Autres Pistes et Erreurs d'Enquête :
D'autres pistes ont été explorées, comme celle d'un faux détective privé qui affirmait savoir où se trouvait Marion et demandait de l'argent aux parents. Un appel à témoins a même été lancé à Fort-de-France, en Martinique, après qu’une touriste a affirmé avoir été abordée par Marion alors qu’elle se trouvait dans l’île. La fillette lui aurait dit son nom et aurait affirmé son souhait de rentrer en métropole.
Me Catala estime qu'« une série d’erreurs ont été commises. Peut-être pas durant vingt-cinq ans, mais au moins pendant un long laps de temps. Les choses n’ont pas été faites comme elles auraient dû ». L'absence de l'ADN de Marion dans le dossier est également un obstacle majeur.
L'Espoir Persiste
Malgré les années qui passent et l'absence de réponses, la famille Wagon ne perd pas espoir. En juillet 2022, l’affaire de la disparition de la fillette a rejoint le pôle “cold cases” de Nanterre, ce qui a redonné un nouvel élan à l'enquête.
Michel Wagon est toujours en "quête de vérité". "Il n’est jamais trop tard. Si quelqu’un sait, se souvient de quelque chose… qu’il parle ! On ne peut pas rester sans savoir".
Françoise Wagon ajoute "On garde espoir même 25 ans après", "d’autant plus que l'actualité le montre". Elle fait référence à un cold-case qui a été résolu, 36 ans après en Isère.
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