Marilyn Monroe, bien plus qu’une actrice américaine, est une icône dont le charisme et la sensibilité ont marqué l'histoire du cinéma. Née Norma Jeane Mortenson, elle a conquis le public par son talent, sa chevelure blonde platine et sa sensualité, laissant une empreinte indélébile dans la légende hollywoodienne. Cependant, derrière le mythe se cache une réalité complexe, marquée par une enfance difficile et une quête incessante d'acceptation et d'amour.
Une enfance marquée par l'absence et l'instabilité
Norma Jeane Mortenson est née le 1er juin 1926 à Los Angeles. Dès sa naissance, ses parents, Martin Edward Mortenson et Gladys Pearl Monroe, entament une procédure de divorce qui sera prononcée en 1928. Elle grandit sans père, ne possédant qu'une simple photographie de lui, un homme qui refusera toujours de la rencontrer. Son identité ne sera confirmée qu'en 2022 grâce à des tests ADN. Élevée par sa mère Gladys, une monteuse de cinéma souffrant de troubles psychiatriques et incapable de s'occuper d'elle, Norma Jeane est ballotée d'orphelinat en familles d'accueil. Elle en connaîtra onze au total.
Cette enfance est marquée par des traumatismes, dont un viol à l'âge de 8 ans par le locataire anglais de sa tutrice. Ce traumatisme est à l'origine de son bégaiement, un défaut d'élocution contre lequel elle luttera toute sa vie, et qui contribuera à son phrasé si particulier.
Le mariage précoce comme échappatoire
Pour échapper à cette existence instable, Norma Jeane se marie à seulement 16 ans, le 19 juin 1942, avec James Dougherty, un ouvrier d'usine. Elle le surnomme affectueusement "Daddy". Dougherty s'engage peu de temps après dans les marines, laissant Norma Jeane seule. Ce mariage, bien qu'éphémère, représente une tentative de trouver une stabilité et une figure paternelle dans sa vie. Elle divorcera en 1946.
Comme le souligne Agnès Michaux, "Est-ce pour effacer le sentiment d’abandon et d’instabilité que Norma Jeane se marie à seulement seize ans ? Quoi qu’il en soit, ni les hommes ni les médicaments ne parviendront jamais à consoler les souffrances de son enfance.”
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Les débuts d'une carrière fulgurante
Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1944, Marilyn Monroe pose pour le photographe David Conover pour le Yank magazine, illustrant ainsi la contribution des femmes à l'effort de guerre. Cette expérience marque le début de sa carrière de mannequin. Elle fait la une du Yank Magazine en 1945.
Par la suite, elle signe un premier contrat de six mois avec la 20th Century Fox. Elle décide de se teindre en blonde pour une publicité de shampoing et songe sérieusement à une carrière d'actrice. En 1947, elle apparaît pour la première fois dans un long métrage, « The shocking Miss Pilgrim », où elle joue le rôle d'une opératrice téléphonique.
En 1950, elle joue dans « Ève » de Joseph L. Mankiewicz, aux côtés de Bette Davis. Peu de temps après, elle signe un contrat de 7 ans avec la 20th Century Fox. Suite à un scandale lié à la publication de photos d'elle nue dans un calendrier, Marilyn Monroe affirme, avec dignité, qu'elle les a faites parce qu'elle était à court d'argent.
Après plusieurs autres tournages, elle incarne Rose Loomis dans le film « Niagara » de Henry Hathaway en 1953. La même année, elle joue dans « Comment épouser un millionnaire » de Jean Negulesco, aux côtés de Lauren Bacall et Betty Grable.
L'ascension vers la gloire et la construction d'un mythe
Le succès de Marilyn Monroe ne cesse de croître. Elle enchaîne les tournages, notamment « Rivière sans retour », « La joyeuse parade » et « Sept ans de réflexion ». Ce dernier film est un grand succès et lui apporte une plus grande influence, notamment en termes de salaire, atteignant la somme de 100 000 dollars par film, sans compter les frais divers.
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En 1956, elle tourne dans « Arrêt d'autobus » de Joshua Logan, où elle interprète le rôle de Chérie. Bien que ce film soit nommé dans plusieurs catégories aux Oscars, il n'en reçoit aucun. En 1959, « Certains l'aiment chaud » de Billy Wilder sort sur les écrans. Le film est favorablement accueilli par le public et est nommé dans 5 catégories aux Oscars.
Une femme complexe derrière l'image de sex-symbol
Loin de l'image de blonde écervelée façonnée par Hollywood, Marilyn Monroe était une femme intelligente et lucide, passionnée de littérature. Ses étagères étaient remplies de livres de Joyce, Beckett, Proust et Flaubert. Elle ne sortait jamais sans un Dostoïevski et lisait du Rilke sur le plateau de « Eve ». Michel Schneider la décrit comme "une intellectuelle qui se protégeait de la souffrance de penser par une voix d'enfant et une bêtise affichée".
Ambitieuse et perfectionniste, elle prenait des cours de chant, de diction et d'art dramatique. Déjà une grande star, elle choisit de se perfectionner à l'Actor's Studio, rêvant de rôles dramatiques.
Engagements et combats
Marilyn Monroe était également une femme engagée. Plus de 60 ans avant les mouvements #MeToo et "Balance ton porc", elle dénonçait les prédateurs de Hollywood dans un article intitulé "Wolves I have known" ("Ces loups que j'ai croisés"). Elle se battait pour obtenir le même salaire que les autres actrices et fonda sa propre maison de production avec le photographe Milton Greene.
Elle était sensible aux droits civiques des Noirs américains. En 1954, elle fit la connaissance d'Ella Fitzgerald et devint son amie. Marilyn obtint qu'Ella puisse chanter au Mocambo, à Los Angeles, un club qui lui était interdit en raison de sa couleur de peau. Elle assista au concert tous les soirs, au premier rang, lançant ainsi la carrière de la chanteuse.
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Les mariages et les relations tumultueuses
En dehors des studios, le mariage de Marilyn Monroe avec James Dougherty bat déjà de l'aile. En novembre 1954, le couple finit par divorcer. Elle se mariera deux autres fois : avec la star du baseball Joe DiMaggio en 1954, et avec l'écrivain Arthur Miller en 1956. Ces unions se soldent également par des échecs.
Elle confiait : "Je suis toujours tombée amoureuse d'hommes auxquels je pouvais parler de moi et qui finissaient par me dire de la boucler".
On lui prête également des liaisons avec Marlon Brando, Yves Montand et les frères Kennedy.
La maladie et la fin tragique
En avril 1952, Marilyn Monroe est diagnostiquée avec une endométriose, une maladie gynécologique qui provoque des douleurs constantes et complique les chances d'avoir des enfants. Elle subit sept opérations en dix ans et fait plusieurs fausses couches. Pour calmer sa douleur, elle devient accro aux médicaments.
Le 29 mai 1962, elle chante « Happy birthday to you » à l'occasion du 45e anniversaire du président John Fitzgerald Kennedy. Le 5 août 1962, elle est retrouvée sans vie dans son domicile. Les circonstances réelles de sa mort restent un mystère, alimentant les spéculations sur un suicide, une overdose ou un assassinat politique.
Un héritage complexe et durable
La mort de Marilyn Monroe à l'âge de 36 ans renforce son mythe et continue de fasciner. Elle repose au cimetière de Pierce Brothers Westwood Village Memorial Park à Los Angeles, sous le nom de Norma Jeane Mortenson.
Marilyn Monroe reste une figure emblématique du cinéma et de la culture populaire. Son histoire, marquée par une enfance difficile, une ascension fulgurante et une fin tragique, continue d'inspirer et de susciter l'admiration. Elle incarne la complexité de la condition humaine, la fragilité derrière le glamour et la quête éternelle d'amour et de reconnaissance.
Ses pensées consignées dans des carnets
Dans les films dans lesquels elle a joué, elle tient souvent le rôle de la jeune femme belle et gauche, sans cesse courtisée par les hommes. De Les hommes préfèrent les blondes à Sept Ans de réflexion, en passant par Certains l’aiment chaud, l’actrice hollywoodienne n'a pas eu beaucoup d’occasions de s’exprimer en son nom propre. Perçue avant tout comme une beauté plastique, la jeune femme ne pouvait pas montrer celle qu’elle était au fin fond d’elle-même. Son intelligence et son humour ont été balayés d'un coup par un physique très avantageux. Une frustration qu’elle a compensée par l’écriture en exprimant ses états d’âme dans des carnets. Agnès Michaux qui évoque la rencontre entre Marilyn Monroe et Yves Montand en 1960 sur le tournage de Let’s Make Love, ajoute que c'était “ une façon pour elle d'exister autrement, d'exprimer ses souffrances avec poésie et lucidité. Au fil des pages, elle lutte contre ce qui la tue avec des mots, très loin de l’image de blonde stupide forgée par la Fox.”
Triste, manquant de confiance en elle et profondément seule, on découvre un nouveau visage de l’actrice, plus en phase avec la réalité. Ses pensées prenaient parfois la forme de poèmes dans lesquels elle se dévoilait sans fard : “ Et moi, ma détresse implacable / devant la souffrance de sa nostalgie lorsqu'il regarde une autre et qu'il l'aime / comme une insatisfaction ressentie depuis / le jour de sa naissance / nous devons l'endurer / moi encore plus tristement car je ne puis ressentir aucune joie.” Loin de l’image stéréotypée qui colle à la peau de l’actrice, l’ouvrage Fragments permet de plonger dans l’intimité de la jeune femme passionnée de littérature et intellectuelle incomprise.
Marilyn Monroe Productions
Pour s’affranchir de ses personnages naïfs et sensuels, Monroe avait fondé en 1954 sa société de production “Marilyn Monroe Productions”. Lasse d’être malmenée par la 20th Century Fox et Warner, elle était bien décidée à reprendre le contrôle de sa carrière. Selon Agnès Michaux, ce revirement correspond à son départ de Los Angeles pour New York et à sa fréquentation de l'Actors Studio, une association consacrée à l'art dramatique. Dans une époque peu ouverte à l’émancipation des femmes, l’artiste a eu le courage de mener son destin comme elle l’entendait. Le Prince et la Danseuse, sorti en 1958, dans lequel elle partage l’affiche avec le comédien de théâtre Laurence Olivier, est le premier film de sa société.
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