La manipulation génétique embryonnaire, un domaine en pleine expansion grâce à des technologies comme CRISPR-Cas9, suscite à la fois de grands espoirs et de vives inquiétudes. Cet article explore les risques et les bénéfices potentiels de cette technique révolutionnaire, tout en tenant compte des considérations éthiques et des cadres légaux existants.

La Révolution CRISPR-Cas9 : Des "Ciseaux Moléculaires" au Service de la Génétique

Depuis la redécouverte des lois de l’hérédité de Mendel et la détermination de la structure de l’ADN, la génétique est devenue une discipline centrale des sciences du vivant. L’ingénierie génétique, qui consiste à modifier le génome d’un organisme en agissant sur son ADN, a pris son essor à partir des années 1970. La mise au point de CRISPR-Cas9 en 2012 a marqué une étape décisive.

CRISPR-Cas9 : Un Outil Révolutionnaire

CRISPR-Cas9 est une technique d’édition du génome qui a révolutionné le travail des laboratoires de génétique. Elle offre la possibilité de faire de l’« édition de génome » relativement facilement et à moindre coût. Hervé Chneiweiss compare CRISPR-Cas9 à des ciseaux moléculaires capables d’induire une cassure à un endroit précis du génome. Une fois la coupure réalisée, la cellule répare elle-même son ADN. Les scientifiques peuvent empêcher un gène de s'exprimer ou modifier directement la séquence ADN.

Diversité des "Ciseaux Moléculaires"

Plusieurs types de nucléases sont utilisés pour l’édition génomique, tous dérivés de systèmes bactériens naturels. Outre CRISPR-Cas9, on trouve les méganucléases, les nucléases à doigts de zinc et les TALENs. Le système CRISPR-Cas9 s'est imposé par sa simplicité et sa rapidité, permettant aux scientifiques de l'utiliser quotidiennement dans divers domaines de recherche.

Applications de la Manipulation Génétique Embryonnaire

L’édition génomique trouve des applications dans divers domaines tels que l’agroalimentaire, l’agronomie et la santé.

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Recherche Fondamentale et Préclinique

L’immense majorité des travaux d’édition génomique concerne la recherche fondamentale ou préclinique, pour étudier les maladies, le développement normal ou pathologique et tester des molécules thérapeutiques. L'édition génomique permet de développer des modèles animaux et cellulaires sur mesure, adaptés à l’étude de diverses pathologies.

Thérapie Génique

L’édition génomique ouvre la voie à de potentielles thérapies géniques en permettant d’introduire un gène sain ou de corriger une mutation dans les cellules d’un patient. Plusieurs essais cliniques ont débuté chez l’humain contre des maladies monogéniques, mais également en infectiologie ou encore en cancérologie.

En 2018, par exemple, un enfant a été soigné d'une leucémie grâce à la modification de cellules de sa moelle osseuse. Grâce à la modification, les cellules ont exprimé à leur surface une molécule permettant de détruire les cellules tumorales.

Applications en Médecine Procréative

La génétique est de plus en plus utilisée en médecine procréative, ce qui a pour effet de changer non seulement les modalités techniques du suivi médicalisé des grossesses, mais aussi les représentations de la procréation humaine. Des tests prénataux non invasifs (DPNI) permettent d’accéder à l’ADN du fœtus à un stade relativement précoce. L’édition germinale laisse entrevoir la possibilité d’interrompre la transmission de maladies génétiques en corrigeant les mutations qui sont à leur origine.

Risques et Inquiétudes Éthiques

Malgré les promesses de la manipulation génétique embryonnaire, de nombreux risques et inquiétudes éthiques subsistent.

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Risques Techniques

Un risque majeur de l’édition génomique en thérapie est celui d’avoir des effets indésirables. Il existe un risque de créer des mutations hors cible, en dehors de la zone initialement visée. Le pourcentage d’embryons modifiés est parfois faible et le risque de mosaïcisme est élevé.

Problèmes Éthiques

Le site genethique.org relève deux niveaux de problèmes éthiques posés par l’utilisation de la technique du « copier/coller génétique » chez l’humain. Une partie des modifications génétiques sont transmissibles d’une génération à l’autre : si une erreur est commise sur un embryon, elle risque de perdurer.

Modifier le génome d'un embryon conduit mécaniquement à changer celui de sa descendance : ce n’est pas seulement l’individu qui est modifié, mais potentiellement toute sa lignée.

Des questions se posent : Dans quel but choisir tel ou tel génotype ? Qu’est-ce qu’une pathologie ? Qu’est-ce qu’un enfant normal ? Qu’est-ce qu’un bon parent en la matière ?

La Question de l'Eugénisme

L’édition germinale et la sélection anténatale génétiquement assistée soulèvent la question de l’eugénisme. Certains craignent que cela ne devienne un moyen de créer des bébés parfaits sur commande. Nicholas Agar défend une version libérale de l’eugénisme qui accorde aux parents le droit d’intervenir sur l’ADN de l’enfant à naître. Julian Savulescu introduit la notion de « bienfaisance procréative » : les parents ont l’obligation morale de sélectionner les meilleurs gènes pour leur enfant.

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Cadre Légal et Réglementation

La législation sur la manipulation génétique embryonnaire varie considérablement d’un pays à l’autre.

Convention d’Oviedo

Vingt-huit pays européens ont signé la convention d’Oviedo de 1997, qui affirme que les interventions sur le génome humain ne peuvent être entreprises qu’à des fins préventives, diagnostiques et thérapeutiques, et seulement si elles n’entraînent pas de modification dans le génome de la descendance.

Législation Française

En France, la loi de bioéthique de 1994 interdit d’apporter des transformations aux caractères génétiques dans le but de modifier la descendance d’une personne. La loi interdit la création d’embryons transgéniques ou chimériques. Les recherches sur l’embryon sont possibles, à condition d’être déclarées à l’Agence de la biomédecine et de porter sur des embryons « conçus in vitro dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation et qui ne font plus l’objet d’un projet parental ».

Expériences Controversées en Chine

En 2015, des scientifiques chinois ont utilisé CRISPR-Cas9 pour modifier le matériel génétique d’embryons, ce qui a soulevé un tollé mondial. En novembre, un chercheur chinois, He Jiankui, a annoncé la naissance de jumelles dont le génome avait été modifié pour résister au VIH. Ces naissances ont suscité une vive polémique et ont été condamnées par de nombreux scientifiques.

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