L'inscription de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française marque une victoire historique, mais la lutte pour un accès effectif et sans entrave à ce droit fondamental est loin d'être terminée. À l'occasion de la journée internationale consacrée à ce droit, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de France, témoignant d'une vigilance constante face aux menaces persistantes.
Un Droit Constitutionnel Menacé ?
Malgré la constitutionnalisation de l'IVG, des inquiétudes subsistent quant à la pérennité de ce droit. Le collectif Avortement en Europe, les femmes décident, s'inquiète que les conditions de la « liberté garantie » d'accès à l'IVG puissent être « revues à la baisse ». Cette crainte est alimentée par la suppression potentielle de l'aide médicale d'État (AME), qui garantirait sous conditions certains soins gratuits aux étrangers en situation irrégulière. Comme le souligne Thomas Laurent, un intermittent du spectacle, cette suppression pourrait priver les femmes sans papiers d'accès aux soins gynécologiques et à l'IVG.
Mobilisation et Revendications
Les manifestations organisées à travers la France ont été l'occasion de rappeler que le droit à l'avortement est un combat de tous les instants. À Toulouse, la députée écologiste Sandrine Rousseau a souligné que « les droits à l’IVG reculent » dans de nombreux pays en raison de la montée de l'extrême droite, insistant sur la nécessité de ne « rien lâcher ». À Lille, les manifestants ont réclamé la « démission des parlementaires qui ont voté contre l’IVG dans la Constitution ».
Les slogans brandis lors de ces rassemblements, tels que « IVG pénalisée femmes sacrifiées », « mon corps mon choix », ou encore « le droit de choisir est vital », témoignent d'une détermination à défendre l'autonomie des femmes et leur droit à disposer de leur corps.
Des Freins Persistants Malgré des Chiffres en Hausse
Selon les chiffres officiels, 243 623 IVG ont été pratiquées en France en 2023, soit 8 600 de plus qu'en 2022. Cependant, les associations féministes et une majorité de Français estiment que des freins persistent, notamment en termes de structures, de délais et d'accès aux soins. L'association Alliance Vita, quant à elle, soutient que l'accès à l'IVG a été « simplifié, voire banalisé ».
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Le premier ministre, Michel Barnier, a assuré que les « droits acquis », notamment en matière d'avortement, seraient « intégralement préservés ». Cependant, la composition du gouvernement actuel suscite des inquiétudes, avec la présence de personnalités ayant voté contre la constitutionnalisation de l'IVG.
La Menace des Groupes Anti-Choix
Depuis la loi Veil, les tentatives de remise en cause du droit à l'avortement n'ont jamais cessé. La « marche pour la vie », principale manifestation anti-IVG et anti-choix d'Europe, témoigne de la structuration des forces réactionnaires qui s'opposent au libre choix de la maternité et militent contre le droit à l'avortement et l'éducation à la vie affective et sexuelle.
Ces mouvements anti-choix, souvent financés par des élites économiques, utilisent des méthodes variées pour diffuser leur propagande : vandalisme, campagnes de désinformation, édition de manuels scolaires, lobbying politique, etc. Ils bénéficient d'importants moyens de financement et de relais médiatiques, notamment sur les réseaux sociaux et dans certains médias traditionnels.
Les Défis Actuels et les Perspectives d'Avenir
Face à l'inaction du gouvernement et à l'offensive des anti-choix, il est impératif de renforcer la lutte pour garantir le droit à l'IVG. Cela passe par plusieurs actions :
- Lutter contre les pénuries de pilules abortives.
- Obtenir la réouverture des centres IVG fermés, des maternités et hôpitaux de proximité.
- Assurer la disponibilité des praticiens appropriés et former les médecins à tous les actes liés à l'IVG.
- Supprimer la double clause de conscience, qui permet aux médecins de refuser de pratiquer un avortement.
- Mettre en œuvre effective les séances annuelles d’éducation à la vie affective et sexuelle prévues par la loi de 2001.
En cette journée internationale pour le droit à l'avortement, il est essentiel d'exprimer sa solidarité avec les femmes du monde entier qui n'ont pas accès à ce droit. Les politiques restrictives observées aux États-Unis, en Pologne, en Hongrie et en Italie ont des conséquences dramatiques sur la santé des femmes et conduisent à une hausse des mortalités maternelle et infantile.
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Il est crucial de réagir et de dénoncer la moindre atteinte au droit à l'avortement. L'inscription de la « liberté garantie » dans la Constitution ne suffit pas à garantir un accès effectif à ce droit. Une vigilance constante et une mobilisation continue sont nécessaires pour contrer les forces réactionnaires et assurer l'autonomie des femmes.
La Loi Veil : Un Pilier Menacé ?
Ce vendredi marque le cinquantième anniversaire de la promulgation de la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Une loi qui n’aurait pas vu le jour sans des années de luttes féministes : la parution du « manifeste des 343 », le procès de Bobigny avec l’avocate Gisèle Halimi et le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et la Contraception (MLAC), porté par le Planning Familial et le MLF. Une loi qui a mis fin à 300 000 avortements clandestins chaque année, dans des conditions inhumaines, aux risques de complications très sévères, voire mortelles.
La constitutionnalisation de l’IVG : un vote historique pour les droits des femmes, en dépénalisant sous conditions strictes l’IVG, la loi Veil a pavé la voie à de longues années de luttes féministes et parlementaires pour reconnaître un droit à l’IVG et à la contraception, progressivement élargi et renforcé. C’est seulement en 1979 que la légalisation de l’IVG intervient définitivement, en 1983 qu’elle est remboursée. En 2001 le délai de recours à l’IVG est allongé à 12 semaines et les conditions d’accès aux contraceptifs et à l’IVG sont assouplies pour les mineures. En 2016, il est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. En 2017, le délit d’entrave créé en 1993 est renforcé. En 2022, le Parlement vote l’allongement du délai de 12 à 14 semaines de grossesse et reconnaît l’IVG comme un « droit ».Enfin, ce 4 mars 2024, la France est entrée dans l’histoire en devenant le premier pays du monde à inscrire le droit à l’avortement dans sa Constitution. La France insoumise porte cette mesure depuis sa création et l’a mise à l’ordre du jour de sa niche parlementaire en 2022. La proposition de loi portée par Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire insoumis, avait été adoptée à l’Assemblée nationale puis au Sénat. Grâce à la forte mobilisation de toutes et tous dans la société, cette victoire a marqué une nouvelle étape pour garantir le droit à l’IVG ! C’est un signal très fort et un message d’espoir envoyé à toutes les femmes et féministes du monde entier qui se battent pour l’accès à ce droit comme aux États-Unis, en Pologne, ou en Italie, où les interdictions et restrictions du droit à l’IVG sont déjà à l’œuvre et ont des conséquences importantes sur les femmes, leur santé physique et mentale, et conduisent à une hausse des mortalités maternelle et infantile.
Résister aux attaques des anti-choix et du gouvernement contre le droit à l’IVG
Depuis la loi Veil, les velléités de revenir sur ce droit fondamental persistent. Ce 19 janvier, la « marche pour la vie », principale manifestation anti-IVG et anti-choix d’Europe, aura lieu à Paris à l’occasion des 50 ans de la loi Veil. Cette manifestation reflète la structuration des forces réactionnaires anti-choix depuis la Manif pour tous, rassemblées notamment au sein de l’organisation « Agenda Europe ». En France et partout dans le monde, ces organisations menacent les droits et la santé sexuels et reproductifs, s’opposent au libre choix de la maternité, prônent la relance de la natalité non-désirée et battent campagne contre le droit à l’avortement et l’éducation à la vie affective et sexuelle. Leurs modes d’action prennent des formes multiples : vandalisme, campagne de désinformation, édition de manuels scolaires, réalisation de documentaires, lobbying politique, etc. Ces mouvements anti-choix bénéficient d’importants moyens de financement et relais médiatiques, d’abord sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les médias traditionnels (Valeurs Actuelles, C8, Cnews, etc.). Les élites économiques utilisent leur empire médiatique pour diffuser cette propagande idéologique et leur fortune pour les financer, à l’instar par exemple du milliardaire Pierre Edouard Stérin et de sa levée de fonds, la « Nuit du Bien Commun ».
Ainsi, pendant que les associations féministes sont régulièrement attaquées et menacées, alors qu’elles sont financièrement impactées par les coupes budgétaires, les anti-choix prospèrent. Après le gouvernement de Michel Barnier, composé d’une cohorte d’anti-choix conservateurs majoritairement issus de la Manif pour tous et hostiles au droit à l’IVG, celui de François Bayrou n’est pas en reste. On y retrouve Catherine Vautrin, militante de La Manif pour Tous, nommée Ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles. Bruno Retailleau, Ministre de l’Intérieur, a voté contre la constitutionnalisation de l’IVG et s’est dit « rassuré » par François Bayrou sur plusieurs questions, dont l’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école, à laquelle il s’oppose. Annie Genevard, Ministre de l’Agriculture et Philippe Tabarot, Ministre des Transport ont également voté contre la constitutionnalisation de l’IVG. L’arrivée au gouvernement de ministres réactionnaires anti-choix présage du pire pour les droits et la santé sexuels et reproductifs, tout comme l’organisation de cette manifestation anti-IVG dans le silence complice du gouvernement. La France insoumise censurera le gouvernement Bayrou, tout comme elle l’a fait avec le gouvernement Barnier, et fera toujours de la lutte pour le droit à l’avortement et la liberté des femmes à disposer de leur corps l’une de ses priorités.
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Ma vie, mon choix : le combat continue
Face à l’inaction du gouvernement et l’offensive réactionnaire des anti-choix, nous mettrons tout en œuvre pour garantir le droit à l’IVG et condamner le délit d’entrave. Nous continuerons à lutter contre les pénuries de pilules abortives, pour obtenir la réouverture des 130 centres IVG fermés, des maternités et hôpitaux de proximité, la disponibilité des praticiens appropriés, former les médecins à tous les actes et supprimer leur double clause de conscience. Face aux campagnes de désinformation des anti-choix et l’entrave à l’IVG, nous luttons pour la mise en œuvre effective des 3 séances annuelles d’éducation à la vie affective et sexuelle prévues par la loi de 2001. En Europe, plus de 20 millions de femmes n’ont pas accès à l’avortement. En cette journée internationale pour le droit à l’avortement du 28 septembre 2025, nous exprimerons notre solidarité avec les femmes du monde entier qui n’ont pas accès à ce droit. Nous voyons ces politiques à l’oeuvre aux USA, en Pologne, en Hongrie, en Italie, et cela aboutit à la mort de jeunes femmes par refus de soins. En France, la politique du pouvoir est toujours de réduire le nombre d’hôpitaux et de maternités de proximité. Des centres de santé sexuelle de proximité, sous prétexte d’ ”effort budgétaire », voient leurs portes se fermer par des collectivités territoriales ( Drôme par exemple). Dans le Loiret, le Planning familial subit une baisse de subvention du conseil départemental de 10 %. En même temps c’est toujours un seul et même labo, Nordic Pharma, qui possède le monopole de fabrication des médicaments nécessaires à la réalisation des IVG médicamenteuses. Ceci le rend très vulnérable à la pression des anti avortements. Les femmes ne peuvent toujours pas choisir la méthode pour avorter. La double clause de conscience est toujours un frein. Nous savons qu’en France, si l’extrême droite arrivait au pouvoir, que les premières mesures prises seraient de restreindre les droits des femmes en général et plus particulièrement, le droit à l’avortement malgré l’inscription de la « liberté garantie » dans la Constitution. Ce seraient des moyens réduits d’exercice professionnel (lieu, matériels, pénurie de médicaments) pour les soignants, un accès restreint à ce droit pour les femmes ayant choisi d’interrompre une grossesse. Nous devons réagir, dénoncer la moindre atteinte, le moindre obstacle.
La Marche pour la vie : une opposition toujours active
La Marche pour la vie, qui organise chaque année en janvier une manifestation contre l’avortement, a porté le fer cette année contre la proposition de loi qui ouvre la voie au suicide assisté avec exception d’euthanasie. La mobilisation organisée le 18 janvier intervient deux jours avant l’arrivée du texte au Sénat. Une grande banderole est suspendue au podium installé place Vauban, dans le 7e arrondissement de Paris : « L’euthanasie est une fausse réponse à une vraie souffrance », clame-t-elle. Des affiches sont placardées partout : on y voit dessinée une jeune femme les yeux bandés s’approcher, une seringue à la main, d’une personne très âgée. Une poignée seulement montrent la même jeune femme approcher une aiguille à tricoter du ventre d’une femme enceinte.
C’est un dimanche glacial en plein Paris. Le froid brumeux n’a pas découragé les quelques milliers de manifestants de venir lors de l’annuelle « Marche pour la vie », qui s’est tenue le 19 janvier. Place du Trocadéro, des barrières de sécurité ont été installées. Des hommes vêtus de K-way orange fouillent les sacs à l’entrée. Des bénévoles distribuent des pancartes : « Mon corps, sa vie ». Sous des tentes blanches, plusieurs associations anti-IVG. En guise de goodies, l’une d’elles, Va Prie Vie, distribue des chapelets orange. Au stand de la Lejeune Académie, un bénévole cherche à recruter des jeunes qui souhaiteraient se former cet été pour devenir les prochains leaders anti-IVG. One of us, le lobby européen contre l’avortement est là aussi, aux côtés de la fondation Lejeune. À quelques minutes du début de l’événement, à 14 heures, la place du Trocadéro reste parsemée. Au total, l’événement réunit quelques milliers de participants. La veille, les plus motivés se sont rassemblés à l’église Saint-Roch, lieu prisé des catholiques identitaires, pour une nuit de prière et d’adoration. Sur des écrans installés de part et d’autre de la scène, avant que les discours ne commencent, des clips défilent. L’un d’eux est produit par les Survivants, un groupuscule à l’origine d’une action anti-IVG sur les vélibs parisiens et dont le site a été fermé par la justice. C’est indiqué en fin de clip, le texte a été écrit par Jacques de Guillebon, un proche de Marion Maréchal. En haut de la scène, une banderole indique : « 50 ans de défense de la vie », en référence à la loi Veil légalisant l’avortement, votée en janvier 1975. Sur scène, militantes italiennes pro vie, femmes témoignant d’un avortement et le président de la Marche pour la vie, reprennent la rengaine classique des anti IVG. Ils se voient comment des « résistants ». L’une se réjouit en évoquant « l’annulation de l’arrêt Roe vs Wade » qui a remis en cause l’avortement aux États-Unis. Aux revendications habituelles des militants anti IVG, s’ajoute cette année la lutte contre l’euthanasie pour « résister à une culture de la mort qui colonise les esprits ». Alors que les manifestants entament une minute de silence pour les « 10 millions de bébés morts à cause de la loi Veil » (des foetus), quatre femmes, militantes à #NousToutes, s’approchent des trois camionnettes Kiloutou recouvertes de slogans anti-IVG. Elles sont vêtues de robes pourpres, et portent un couvre-chef blanc, à l‘image des femmes dans la série La servante écarlate. Sur leur banderole, un message écrit en rouge : « Les anti-IVG ont du sang sur les mains. » « IVG ! Mon corps, mon choix ! » scandent-elles. Il faut peu de temps, une minute à peine, pour que le service d’ordre de la Marche pour la vie les entoure et déplie des couvertures de survie, empêchant quiconque de les voir.
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