Certaines infections contractées pendant la grossesse peuvent traverser le placenta et affecter le développement du fœtus. Il est donc crucial de connaître ces maladies et de prendre des précautions pour protéger la santé de la mère et de l'enfant à naître.

Infections Courantes et Leurs Risques

Plusieurs infections peuvent être transmises au fœtus par voie transplacentaire, entraînant des complications variées. Parmi les plus préoccupantes, on retrouve :

Toxoplasmose

La toxoplasmose est une infection parasitaire causée par le parasite Toxoplasma gondii. L’infection est le plus souvent bénigne et asymptomatique, passant inaperçue chez 80 % des individus atteints, y compris les femmes enceintes. La contamination à la toxoplasmose se fait par la terre souillée par les déjections et dans les muscles de certains ruminants. Un dépistage systématique est effectué en début de grossesse, puis tous les mois pour celles qui ne sont pas immunisées. L’infection peut provoquer des malformations graves, notamment une atteinte de la rétine responsable d’un déficit visuel.

Prévention :

  • Ne touchez pas à mains nues la terre ou les fruits et légumes du jardin avant qu’ils n’aient été lavés abondamment, puis essuyez-les avec un papier absorbant.
  • Ne mangez que de la viande bien cuite.
  • Évitez les contacts avec les chats, en particulier avec leur litière.
  • Faites l’impasse sur les fromages au lait cru, à pâte persillée (bleu d’Auvergne ou roquefort) ou à pâte fleurie.
  • Afin d’enlever toute trace de terre, rincez abondamment vos crudités et vos légumes avant de les manger, ainsi que les fruits que vous ne pouvez pas peler.
  • Lavez-vous systématiquement les mains, pendant au moins 30 secondes si vous avez manipulé de la viande crue ou des légumes non lavés.
  • La litière de votre chat doit être changée tous les jours, et idéalement lavée à l’eau chaude. Si vous êtes la personne qui s’en occupe, portez des gants, car le parasite de la toxoplasmose peut se trouver dans les selles des chats.

Traitement : Une femme qui contracte la toxoplasmose au cours de sa grossesse doit prendre un traitement anti-parasitaire.

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Listériose

La listériose est une maladie à déclaration obligatoire, due à Listeria monocytogenes, bacille Gram+, aéro-anaérobie facultatif, résistante au froid. La femme enceinte est particulièrement sensible à cette infection du fait de la diminution des défenses immunitaires au cours de la grossesse. La contamination à la Listeria a lieu le plus souvent par l’intermédiaire des fromages au lait cru, des produits de charcuterie et de la mer, les graines germées réfrigérées, la viande crue.

Prévention :

  • Ne laissez pas les aliments trop longtemps hors du réfrigérateur.
  • Évitez le poisson et les coquillages crus, le tarama, les fromages non pasteurisés, les charcuteries artisanales (les rillettes, les pâtés, etc.).
  • Faites bien cuire viandes et poissons.
  • Lavez-vous systématiquement les mains, pendant au moins 30 secondes si vous avez manipulé de la viande crue ou des légumes non lavés.

Traitement : Le traitement repose sur une antibiothérapie par voie veineuse, par amoxicilline 6 g par jour pendant vingt et un jours.

Cytomégalovirus (CMV)

Le CMV est le cytomégalovirus. C’est un virus apparenté à la varicelle, au zona ou l’herpès. La plupart des gens l’attrapent pendant l’enfance. Une petite partie de la population n’est pas immunisée. Parmi elles, des femmes enceintes contractent parfois le CMV. Dans 90 % des cas, cela n’aura aucune conséquence sur le fœtus, et pour 10 %, cela peut entraîner des malformations graves. La transmission materno-fœtale se fait par voie hématogène transplacentaire et augmente avec l’âge gestationnel (de 30 % au premier trimestre à 60 % au dernier trimestre). L’infection est asymptomatique dans 90 % des cas à la naissance. Dans ces situations, la séquelle essentielle est la perte d’audition dans 5 % des cas.

Prévention : Les populations exposées en contact avec des jeunes enfants (personnel de crèche, puéricultrices, institutrice…) doivent prendre des mesures pour éviter les contacts avec la salive, les urines et les selles des enfants.

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Traitement : En cas de séroconversion à CMV pendant la grossesse, un traitement préventif de la transmission materno-fœtale doit être proposé dès le diagnostic de l’infection maternelle : valaciclovir 2 g quatre fois par jour. Ce traitement réduit le taux de transmission de l’ordre de 60 %.

Rubéole

Cette infection virale à transmission respiratoire ou transplacentaire lors de virémie se présente sous la forme d’un tableau clinique peu spécifique (incubation de 14 jours, phase éruptive débutant sur le visage). La primo-infection rubéoleuse d’une femme enceinte en début de grossesse peut être responsable d’une embryofœtopathie grave : la rubéole congénitale (retard de croissance intra-utérin, cardiopathies, anomalies cérébrales, ophtalmologiques, surdité…). Le risque est majeur avant 12 SA et presque nul après 18 SA.

Prévention : La prévention repose sur la vaccination généralisée.

Diagnostic : Si les IgG sont négatives, on les dose à 20 SA, dans le même laboratoire. Si elles restent négatives, on arrête la surveillance, et la vaccination est faite à la naissance. Une infection par la rubéole prouvée avant 18 SA impose la recherche d’une infection fœtale reposant sur la réalisation d’une amniocentèse avec recherche du virus par PCR.

Varicelle

Il s'agit d'une infection virale (virus à ADN de la famille des Herpesviridae) à transmission interhumaine directe (par voie aérienne lors de l’inhalation de particules infectieuses ou par contact direct avec une lésion cutanée), extrêmement contagieuse. La pneumopathie varicelleuse, complication la plus fréquente et sévère chez l’adulte, reste rare, mais plus grave chez la femme enceinte, avec mise en jeu du pronostic vital.

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Prévention : En cas de contact d’une femme enceinte séronégative avec un sujet infecté, avant 20 SA, il est nécessaire d’instaurer un traitement antiviral préventif par aciclovir, ainsi qu’un traitement par immunoglobulines spécifiques si le contage date de moins de dix jours.

Diagnostic et traitement : Si l’infection maternelle est confirmée, le traitement est le même et est associé à un suivi échographique fœtal spécialisé et rapproché, à la recherche de signes évocateurs d’embryofœtopathie. À l’approche du terme, une tocolyse pour retarder l’accouchement et permettre à la mère de produire des anticorps se discute.

Syphilis

Infection sexuellement transmissible en plein essor. Son incubation de trois semaines est suivie dans 90 % des cas par un chancre génital, indolore, circonscrit, à base indurée, souvent associé à une adénopathie : on parle de syphilis primaire. En l’absence de traitement, le risque est l’évolution en syphilis secondaire, puis tertiaire. En dehors de tout traitement, le risque de transmission fœtale est de 50 %. Les principales conséquences fœtales au cours de la grossesse sont les fausses couches tardives, les morts fœtales in utero, les retards de croissance, la prématurité et la syphilis congénitale.

Diagnostic : Le diagnostic, évoqué par la clinique, est confirmé par la mise en évidence de Treponema pallidum au microscope à fond noir après prélèvement de chancre ou sérologie positive.

Traitement : L’infection maternelle nécessite la mise en place d’un traitement antibiotique par benzathine benzylpénicilline (1 injection intramusculaire de 2,4 millions d’unités).

Parvovirus B19

Virus à ADN, de la famille des Parvoviridae, il a un tropisme particulier pour les précurseurs érythrocytaires dans lesquels il se réplique, et bloque la maturation des cellules, entraînant une sidération médullaire responsable d’une anémie aiguë. L’infection, sans gravité chez la mère, apparaît sous la forme d’une éruption mal déterminée, mais expose le fœtus à une infection in utero, par voie hématogène transplacentaire dans 30 % des cas. Les risques fœtaux principaux sont la myocardite virale, l’anémie foetale voire, dans les cas sévères, l’anasarque fœtoplacentaire avec risque de mort fœtale in utero.

Diagnostic : Le diagnostic de l’infection maternelle repose sur la sérologie PVB19 et celle de l’infection fœtale sur l’amniocentèse (recherche d’ADN viral par PCR).

Traitement : Il n’existe ni mesures de prévention ni traitement spécifique. En cas de séroconversion pendant la grossesse, un suivi échographique, à la recherche de signes d’anémie (vitalité fœtale, vitesses cérébrales…), est instauré de façon rapprochée pendant trois mois. En cas d’anémie fœtale, un traitement purement symptomatique reposant sur une transfusion in utero est mis en place.

Hépatite B

En France, 1,5 % des femmes enceintes ont des Ag HBs positifs. Il n’existe pas d’embryofœtopathie liée au virus de l’hépatite B. Son risque est lié à une contamination périnatale. La prévention repose sur la sérovaccination des nouveau-nés de mère Ag HBs+. Le risque est la transmission périnatale du virus et l’infection aiguë (hépatite néonatale) ou chronique du nouveau-né. L’enfant s’infecte le plus souvent au moment de l’accouchement, principalement par exposition au sang et aux sécrétions génitales maternelles contenant du virus (la transmission pendant la grossesse par voie transplacentaire est très rare).

Prévention : Le dépistage de l’infection maternelle est obligatoire au 6e mois de grossesse. Il consiste en une recherche de l’antigène HBs.

Hépatite C

L’infection touche 1 % des femmes enceintes, souvent associée au VIH, qui augmente son risque de transmission au nouveau-né. Son dépistage (recherche d’anticorps anti-VHC) n’est pas obligatoire au cours de la grossesse, mais doit être demandé en cas de situation à risque (transfusions itératives dans les antécédents, toxicomanie intraveineuse, patiente VIH+). Comme pour l’hépatite B, le risque est la transmission périnatale du virus (surtout au moment de l’accouchement, et il est d’autant plus élevé que la charge virale est importante) et l’infection chronique de l’enfant.

Herpès

Il s’agit d’une des infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes, touchant 20 % des femmes. Elle est liée aux herpèsvirus de types 1 et 2 (HSV 1 et 2). De rares cas de transmission in utero ont été décrits, aboutissant à des fœtopathies sévères. En cas d’infection herpétique pendant la grossesse, aucun suivi de diagnostic prénatal spécifique n’est recommandé. Un herpès génital maternel au moment de l’accouchement doit faire craindre l’infection néonatale, rare mais gravissime, à l’origine d’une mortalité et de séquelles neurologiques majeures en cas d'infection primaire maternelle. En cas de présence de lésions herpétiques au moment de l’accouchement, une césarienne de protection fœtale est indiquée, s’il s’agit d’une infection initiale primaire.

VIH

En France, 0,1 à 0,2 % des femmes enceintes sont séropositives pour le VIH. La grossesse ne modifie pas l’évolution d’une infection maternelle par le VIH, et le VIH ne semble pas avoir d’influence néfaste sur le déroulement de la grossesse. Le risque de transmission se situe principalement en fin de grossesse et lors de l’accouchement ; il augmente avec le stade de l’infection (sida déclaré, charge virale élevée, chute du taux de lymphocytes CD4) et en cas de rupture prématurée des membranes, accouchement prématuré, chorioamniotite. En cas de séropositivité pour le VIH, un suivi multidisciplinaire doit être mis en place avec une surveillance régulière de la charge virale et du taux de lymphocytes CD4. Un traitement antirétroviral est instauré afin d’obtenir une charge virale indétectable. Le nouveau-né reçoit un traitement par AZT pour une durée de six semaines. L’allaitement maternel est contre-indiqué.

Autres Infections et Complications Pendant la Grossesse

Outre les infections transmissibles par le placenta, d'autres infections et complications peuvent survenir pendant la grossesse, nécessitant une attention particulière :

Infections Urinaires

Les infections urinaires sont très fréquentes pendant la grossesse. L’augmentation de la production de progestérone rend la vessie paresseuse. L’urine y stagne plus longtemps et les germes s’y développent plus facilement.

Prévention : Buvez abondamment tout au long de votre grossesse, au moins deux litres d’eau par jour.

Traitement : Le médecin prescrit le plus souvent des antibiotiques pour éviter que l’infection ne se propage ou qu’elle provoque un accouchement prématuré.

Vaginose Bactérienne

Le vagin contient naturellement plusieurs types de bactéries avec lesquelles nous vivons en harmonie. Mais lorsqu’un déséquilibre s’installe entre ces différents micro-organismes, cela peut se traduire par des pertes souvent malodorantes, des démangeaisons, parfois un écoulement inhabituel. Faute de traitement, cette vaginose peut provoquer des infections de l’utérus et des trompes de Fallope, particulièrement redoutées chez la femme enceinte, mais aussi une fausse couche ou un accouchement prématuré. Il est donc indispensable de consulter le médecin en cas de doute.

Streptocoque B

Il se retrouve dans la flore vaginale de 35 % des femmes environ, sans provoquer d’infections. Or, cette bactérie peut contaminer le bébé via le liquide amniotique ou pendant l’accouchement. On la dépiste de manière systématique par un prélèvement vaginal au début du 9e mois de grossesse.

Traitement : Le portage du streptocoque B ne présente pas de risque fœtal et nécessite donc un traitement uniquement lors de la rupture des membranes ou en perpartum.

Diabète Gestationnel

Le diabète gestationnel est dû à une mauvaise tolérance au sucre qui apparaît au cours de la grossesse. Cette pathologie peut être à l'origine d'une pré-éclampsie, d'œdèmes, d'hypertension et de troubles rénaux chez la femme enceinte.

Pré-éclampsie et Éclampsie

La pré-éclampsie est une complication fréquente de la grossesse qui se traduit par une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines (protéinurie). L’éclampsie est une des complications de la pré-éclampsie. Cette maladie de la grossesse peut être extrêmement grave, voire mortelle.

Grossesse Extra-Utérine

Une grossesse extra-utérine (GEU) est une grossesse qui se développe en dehors de la cavité utérine, le milieu normal de nidation (grossesse intra-utérine). Ce type de grossesse peut avoir de graves conséquences, principalement lorsque la structure qui abrite anormalement l’embryon se rompt.

Médicaments et Grossesse

Tout médicament administré à la mère pendant la grossesse peut avoir des répercussions sur le fœtus, immédiates ou à plus long terme, la barrière fœtoplacentaire ayant en pratique un rôle relativement peu important dans la limitation du passage mère-enfant. Tout médicament ayant un poids moléculaire inférieur à 600 UI passe vers le fœtus. Le risque tératogène dépend du terme. La prescription de médicaments pendant la grossesse doit refaire discuter le rapport bénéfice-risque au cas par cas en fonction des pathologies maternelles. Dans ce cadre, des consultations préconceptionelles sont indispensables, en collaboration avec le spécialiste concerné (psychiatre, cardiologue, neurologue…). Il faut toujours privilégier le médicament le plus ancien pour lequel on a le plus de recul et ne laisser en place que les médicaments indispensables.

Exemples de médicaments à risque:

  • Dérivés de la vitamine A (isotrétinoïne) : Indiqués dans les acnés sévères, avec un effet tératogène majeur et donc formellement contre-indiqués pendant la grossesse.
  • Certains traitements neurologiques : Peuvent être à l’origine d’anomalies de la fermeture du tube neural.

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