Introduction
Cléo de Mérode, de son vrai nom Cléopâtre Diane de Mérode, est une figure emblématique de la Belle Époque. Danseuse, modèle et icône de beauté, elle fascina son époque et continue de susciter l'intérêt aujourd'hui. Sa vie, marquée par le mystère et les rumeurs, son rapport particulier à la photographie, et son image largement diffusée en font l'une des premières icônes populaires modernes.
Une Aristocrate dans le Monde du Spectacle
Contrairement à beaucoup de femmes de spectacle de la fin du XIXe siècle, Cléo de Mérode n'est pas issue d'un milieu populaire. Elle est née d'une union illégitime dans la haute société autrichienne. Sa mère, Vincentia de Mérode, baronne désargentée et bohème, l'élève à Paris. Dès l'âge de sept ans, Cléo débute comme petit rat à l'Opéra de Paris. Elle gravit rapidement les échelons et intègre le corps de ballet à l'âge de onze ans, où son talent est admiré par le directeur Pedro Gailhard. C’est à cette époque qu’elle adopte sa coiffure en bandeaux qui devient vite célèbre et lui cache les oreilles.
Scandales et Notoriété
En 1896, deux événements contribuent à braquer les projecteurs sur Cléo de Mérode. Tout d'abord, au Salon de Printemps, la statue "La Danseuse" du sculpteur Falguière, pour laquelle Cléo avait posé, est dévoilée nue, contrairement à ce qui avait été convenu. Ce scandale choque l'opinion publique. Au même moment, des rumeurs circulent sur une liaison supposée entre la jeune Cléo et le roi des Belges, Léopold II. Cléo de Mérode s'est toujours défendue de ces accusations, affirmant n'avoir jamais posé nue et n'avoir jamais eu de liaison avec le roi.
Cléo et la Photographie : Naissance d'une Icône
À partir de 1894, Cléo de Mérode entame une carrière de modèle photographique. Elle réalise une première séance chez Nadar, puis fréquente le studio Reutlinger, spécialisé dans la photographie des femmes de spectacle. Les premières poses reprennent celles imaginées chez Nadar quelques mois plus tôt : longs cheveux maintenus par un bandeau, dans une référence évidente à la Belle Ferronnière. Ailleurs, elle apparaît dans son tutu de danseuse, toujours dans une attitude passive. Beauté désincarnée, presque sans présence corporelle, Cléo joue de la délicatesse de son corps si menu et quasi androgyne : c’est ainsi qu’elle se travestit à plusieurs reprises en petit page. Si une partie des clichés de Reutlinger sont réalisés dans des costumes qui évoquent ses rôles sur scène, sans pour autant transcrire ses pas, Cléo apparaît également en costume de ville. Certains des clichés les plus célèbres de Cléo par Reutlinger sont réalisés en 1900 : elle y apparaît dans son costume de danseuse cambodgienne qui a tant séduit durant l’exposition Universelle.
Entre 1896 et 1914, son image est diffusée à l'infini sur différents supports : cartes album, cartes postales, publicités. Cléo de Mérode devient une véritable icône populaire, une des premières femmes dont l’image photographique est diffusée à l'échelle mondiale.
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Une Vie Privée Protégée
Cléo de Mérode a toujours été très discrète sur sa vie privée. Elle n'a jamais dévoilé ses amours, et les rares fois où elle a évoqué son intimité, ce fut dans une stricte mise en scène bourgeoise et respectable. On ne lui connaît que deux longues fiançailles et aucune aventure. Toute sa personnalité est dissimulée derrière le masque d’un personnage parfaitement réglé jusque dans ses moindres détails.
Art et Inspiration
Devenue une véritable icône au cur de la Belle Époque, quelle pose ou quelle danse, son charme fascine. Sculpteurs, peintres, artistes verriers, photographes en vue de lépoque la réclament comme modèle. Ange ou démon, divine ou fatale, la femme devient idole de beauté à laube du 20e siècle, où décadentisme rime avec symbolisme et romantisme avec orientalisme. Elle a posé pour le sculpteur Alexandre Falguière, pour les peintres Degas, Boldini, elle a été représentée par Henri de Toulouse-Lautrec.
Fin de Carrière et Mémoires
Après 1900, l’image de Cléo de Mérode s’épuise, du double fait de son extrême codification et de sa diffusion massive. Les séances se font de plus en plus rares après 1914 : Cléo, inexorablement, vieillit. Malgré une rentrée réussie en 1924 elle décide de se retirer du monde de la danse à Paris. En 1950, Simone de Beauvoir publie "Le deuxième sexe" où elle parle des « cocottes » du 19ème auxquelles elle assimile Cléo. Cléo de Mérode écrit aussi ses mémoires, "Le Ballet de ma vie" (Paris, Pierre Horay, 1955).
Décès et Héritage
Cléo de Mérode s’éteint le 17 octobre 1966, à Paris (8ème). Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (90e division), où elle repose aux côtés de sa mère, née Vicentia de Mérode (une statue de Cléo de Mérode, sculptée par Luis de Périnat en 1909, repose d'ailleurs sur leur tombe).
Son image continue de fasciner et d'inspirer, et elle reste une figure emblématique de la Belle Époque.
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Luis de Périnat et la Statue Tombale
Luis de Périnat, sculpteur de talent, fut l'amant de Cléo de Mérode de 1906 à 1919. Il est l'auteur de la statue qui orne la tombe de Cléo et de sa mère au cimetière du Père-Lachaise. Cette statue témoigne de l'amour et de l'admiration que Périnat portait à Cléo de Mérode. La tombe, une belle dalle de granit rose, est ornée d’une statue en marbre, œuvre de Luis de Périnat.
La Polémique avec Simone de Beauvoir
Âgée de 75 ans, lex-danseuse et modèle gagne un procès contre Simone de Beauvoir qui lassimilait à une « cocotte » dans Le Deuxième Sexe parue en 1949. Ce procès témoigne de la volonté de Cléo de Mérode de défendre son image et sa réputation.
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