Luis Mariano, de son nom complet Mariano Eusebio González y García, né le 13 août 1914 à Irun, au Pays basque espagnol, et décédé le 14 juillet 1970 à Paris, est une figure emblématique de l'opérette et du cinéma musical français. Ténor à la voix de velours et au charme irrésistible, il a conquis le cœur de millions de spectateurs à travers le monde. Sa carrière, jalonnée de succès populaires tels que "La Belle de Cadix" et "Le Chanteur de Mexico", a marqué durablement le paysage culturel de l'après-Seconde Guerre mondiale.
Une naissance basque, une enfance entre deux pays
Mariano Eusebio González y García voit le jour dans une famille modeste d'Irun, ville frontalière du Pays basque espagnol. Son père est mécanicien et sa mère brodeuse. La famille, après un séjour à Bordeaux, retourne vivre en Espagne à la fin de la Première Guerre mondiale. Le jeune Mariano apprend le français à l'âge de quatre ans, dans l'école catholique qu'il fréquente. La guerre civile espagnole contraint la famille à fuir vers la France, et c'est à Hendaye que Mariano rejoint la troupe vocale Eresoinka, un ensemble chargé de promouvoir la culture basque à travers l'Europe. Cette expérience lui permet de découvrir sa voix de ténor sur les plus grandes scènes européennes, dont l'Opéra de Paris et la salle Pleyel.
L'ascension d'un ténor
En 1939, il est reçu au conservatoire de Bordeaux et donne ses premiers récitals de cabaret aux côtés du chef d'orchestre Fred Adison. Ses airs de tango séduisent rapidement le public, et son nom commence à se faire connaître jusqu'à Paris, où il s'installe en septembre 1942.
C'est à Bordeaux que Jeanne Lagiscarde le « découvre ». Bel homme, charmant et charmeur, séduisant et drôle, il décroche un rôle dans L’Escalier sans fin, aux côtés de Pierre Fresnay en 1943. Il n’y paraît qu’une minute - le « chanteur espagnol » -, mais ce n’est là qu’une des prémices des succès à venir. Remarqué par Saint-Granier, il se lance dans une carrière de chanteur, enregistrant des disques et accumulant les succès.
En parallèle d'apparitions furtives au cinéma, notamment avec Tino Rossi, il se spécialise dans le bel canto après quelques échecs dans l'opéra.
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La consécration par l'opérette
La rencontre avec Francis Lopez est décisive. Ce Basque doit faire jouer une opérette sur la scène du Casino Montparnasse, commandée en bouche-trou de programmation. Mariano est de l’aventure ; la création et la carrière triomphale de La Belle de Cadix en décembre 1945 consacrent le chanteur comme le compositeur. Initialement prévue pour six semaines de représentations, la pièce restera à l'affiche plus de cinq ans. Luis Mariano devient immédiatement une star nationale, qui ne quittera plus le haut de l'affiche jusqu'à la fin des années 1950.
Dès lors, le tandem ne se quitte plus, et la « Marianite » contamine le public. Ces divertissements musicaux cristallisent les fantasmes de la France de l’immédiat après-guerre, où l’Espagne est un exotisme accessible, une contrée à la fois si lointaine et si proche, à la portée des bénéficiaires des congés payés.
Ses opérettes font salle comble, à l'image de Fandango, Andalousie, Chevalier du ciel, et bien sûr Le Chanteur de Mexico en 1951. Ses récitals s'exportent dans le monde entier, particulièrement en Amérique, où il est accueilli comme une rock star au Mexique ou en Uruguay.
"La Belle de Cadix" : le tremplin vers la gloire
Luis Mariano doit en grande partie son succès à cette "belle aux yeux de velours". Elle marque la première rencontre du chanteur avec le compositeur Francis Lopez, qui mettra en musique presque toutes ses opérettes, et tous ses succès.
"Le Chanteur de Mexico" : un triomphe mondial
Peu de notes résument autant le talent de Mexico que le fameux contre-ut de la chanson phare de l’opérette, Le Chanteur de Mexico. Nous sommes en 1951, et Luis Mariano est alors au sommet de sa popularité, faisant salle comble à chacun de ses spectacles. Aux côtés de l’étoile montante Lilo, Mariano remplit chaque soir le théâtre du Châtelet avant que Le Chanteur de Mexico prenne vie cinq ans plus tard au cinéma. Un autre morceau de l’opérette connaîtra aussi un succès fulgurant : Rossignol de mes amours, une ballade romantique qui inspirera bon nombre de chanteurs parmi ses plus grands admirateurs.
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Autres succès
À la fin des années 1940, l’un des plus grands succès sur la scène de l’opérette est l’adaptation d’un film de 1942 du nom de Violettes impériales, qui triomphe chaque soir au théâtre Mogador. Du livret d'Henri Varna et de la musique de Vincent Scotto, il en ressort un classique instantané, la chanson phare de la pièce, L’amour est un bouquet de violettes, chantée sur scène par Marcel Merkès.
"Maman, la plus belle du monde" est à l’origine une chanson italienne, La più bella del mondo, qui connut le succès en Italie en 1957 grâce à Marino Marini. Son texte est alors adapté en français par Fernand Bonifay, parolier spécialisé dans l’adaptation en français de tubes européens (c’est notamment lui qui écrira Souvenirs, souvenirs pour Johnny Hallyday). Il en naîtra deux versions, interprétées par les deux voix les plus iconiques de leur génération : Luis Mariano et Tino Rossi.
Le déclin et la disparition
La fin des années 1950 et le début des années 1960 sont marqués par un bouleversement culturel majeur dans la chanson française, avec le déferlement de la vague yéyé, ces chanteurs rock et pop adaptant et important les plus grands succès venus de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis.
La décennie 1960 est aussi marquée par une série de tournées triomphales en Europe de l’Est, et par une diversification de ses enregistrements en espagnol et en italien. Mais le chanteur se surmène, et sa santé commence à décliner. En décembre 1969, il doit abandonner sa nouvelle opérette La Caravelle d’Or à la suite d’un malaise sur scène, du fait d’une hépatite mal diagnostiquée et non traitée.
Très affaibli, il ne s’en remettra jamais : le 14 juillet 1970, il meurt des suites d’une hémorragie cérébrale survenue cinq jours plus tôt à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans le 13e arrondissement de Paris. Conformément à ses dernières volontés, Luis Mariano est enterré dans le cimetière de la commune basque d’Arcangues, où il séjournait régulièrement depuis le début des années 1960. La ville d’Arcangues a par ailleurs célébré la mémoire de son ancien citoyen d’honneur en dévoilant en août 1974, à l’entrée du cimetière, un buste en bronze de Luis Mariano, œuvre du célèbre sculpteur Paul Belmondo. Dérobé en 1990 et retrouvé mystérieusement en 2003, le buste est aujourd’hui conservé dans les couloirs de l’office de tourisme de la commune.
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Vie privée et héritage
Officiellement, Luis Mariano n’a jamais été marié, mais il a eu plusieurs relations amoureuses connues, notamment avec Maria-Pilar Eguiluz, Martine Carol, et Carmen Sevilla, qu’il aurait même demandée en mariage en 1950. Luis Mariano n’a pas eu d’enfants biologiques, mais il a adopté Mariano Lacan en 1967, le fils de son ami proche Patxi Lacan, considéré comme son “frère de cœur”.
Son accent basque prononcé fut l'une de ses marques de fabrique, ajoutant à son charme et à son identité artistique unique. En pleine Seconde Guerre mondiale, il donnait des concerts pour les soldats et les ouvriers, apportant un moment de joie dans des périodes difficiles. Il était connu pour sa rigueur professionnelle, travaillant sans relâche sa voix et ses performances pour offrir le meilleur à son public. Luis Mariano a refusé de nombreuses propositions pour Hollywood, préférant rester en France et se consacrer à l'opérette, son genre de prédilection.
Après sa mort, de nombreux hommages lui ont été rendus, et ses chansons continuent d'être diffusées et appréciées par de nouvelles générations.
Aujourd'hui, la "légende marianiste" continue de prospérer, tant en France qu'en Espagne et en Amérique latine où le "prince de l'opérette" enflammait les foules.
Le 13 août 2014, de nombreux hommages ont été rendus à Luis Mariano pour le centenaire de sa naissance, un peu partout en France et notamment au Pays Basque, sa terre d'origine.
Marianin s'active, car, le 13 août, deux spectacles sont à l'affiche: à Arcangues, "Violettes impériales", avec Roberto Galbès, et aux arènes de Bayonne "Luis Mariano 100 ans", raconté par Henry-Jean Servat avec trois ténors.
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