Line Papin, écrivaine et épouse de Marc Lavoine, a traversé des épreuves douloureuses qu'elle a choisi d'exposer dans son livre Une vie possible (éditions Stock), paru le 2 mars 2022. Ce récit poignant explore les thèmes de la fausse couche, de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), du deuil périnatal et de la reconstruction personnelle. À travers une interview exclusive accordée à Femme Actuelle, Line Papin se livre sur son expérience, ses sentiments et sa volonté de briser le silence autour de ces sujets souvent tabous.

Une fausse couche en plein confinement

En 2020, Line Papin tombe enceinte de jumeaux. Une joie immense, rapidement anéantie par une fausse couche survenue au cours du premier confinement. "Je suis passée en salle d'échographie en pensant que j'étais enceinte de 'deux zygotes', comme on les appelait avec mon mari, et 10 minutes plus tard, on me prescrivait des médicaments pour évacuer cette grossesse qui ne se développait plus. C'est extrêmement douloureux", confie-t-elle. Cette perte, vécue dans un contexte d'isolement et d'incertitude, marque profondément la jeune femme. Elle décrit ce moment comme un passage brutal "du corps maternel glorifié, au corps malade".

Comme "1 femme sur 4", Line Papin a subi une fausse couche. Elle avait alors 24 ans et était enceinte de jumeaux. Lorsqu’elle retombe enceinte, un an après, elle se sent incapable d’accueillir un enfant et choisit d’avorter. De cela est né son dernier roman, Une vie possible (Stock, 2022). Un texte qui vaut autant pour le récit de ces événements si souvent passés sous silence que pour sa qualité littéraire.

Line Papin : L’écriture en elle-même a été très naturelle puisqu’elle est la prolongation de ma pensée. Il y avait une fonction un peu thérapeutique, un besoin de mettre tout ça à distance, de combler le vide. On écrit toujours pour laisser une trace, là c’était une manière de créer un lieu où faire le deuil de ces échecs de grossesse. Un lieu où elles existent malgré leur disparition.

Le choix difficile de l'IVG

Quelques mois plus tard, le destin lui offre une nouvelle grossesse. Cependant, Line Papin se sent incapable de mener cette grossesse à terme. Elle explique : "Quand je suis retombée enceinte un an plus tard, j’ai eu la sensation que la réalité n’était plus prête à accueillir mes désirs anciens, mon rêve de maternité. (…) Il y a eu tant de chamboulements en moi, tant de blessures, que ce n’était plus le moment". Le 16 mars 2021, elle prend la décision d'avorter.

Lire aussi: "Une Vie Possible" : Le livre poignant de Line Papin

Ce choix, qu'elle qualifie de "drame", est motivé par un sentiment d'impossibilité de devenir mère dans les circonstances actuelles. "Pour moi il était devenu impossible de devenir mère", avoue-t-elle. "Il faut être dans la sérénité pour faire éclore une vie et je n’étais pas dans cette sérénité", ajoute-t-elle. Line Papin souligne l'importance d'être dans un état de force et de joie pour élever un enfant, des sentiments dont elle se sentait dépourvue à ce moment-là.

"Quand on a désiré une grossesse qui s’interrompt, il semblerait naturel d'en mener à bout une seconde. Mais quand je suis retombée enceinte un an plus tard, j’ai eu la sensation que la réalité n’était plus prête à accueillir mes désirs anciens, mon rêve de maternité. Les circonstances n’étaient plus les mêmes. Il y a eu tant de chamboulements en moi, tant de blessures, que ce n’était plus le moment. Pour moi il était devenu impossible de devenir mère. C’était techniquement, biologiquement possible mais humainement impossible. C’est difficile à expliquer et à comprendre. Qu’il s’agisse de la fausse couche ou de l’avortement : il y a dans les deux cas une volonté mais une impossibilité. Et les deux un déchirement», a-t-elle poursuivi. «Je n’ai jamais pensé faire ce choix, un jour. Et devoir le faire a été plus que bouleversant. On a énormément diabolisé l’avortement. C’est aussi un sujet littéraire et philosophique passionnant sur lequel j’avais envie d’écrire. C’est une chose de vouloir un enfant et une autre de pouvoir en avoir un. (…) Il faut être dans la sérénité pour faire éclore une vie et je n’étais pas dans cette sérénité.

L'écriture comme exutoire et acte de libération

Après son IVG, Line Papin tient un journal, qui deviendra le point de départ de son livre. L'écriture lui permet d'exprimer sa souffrance, sa culpabilité et son deuil. "Il y a de la souffrance. La narratrice s’adresse à cet enfant qui n’est pas né", explique-t-elle. Elle décrit un processus long et difficile de deuil de ces "trois petits morts sur les bras comme trois petits rêves éteints, comme trois petites souffrances, trois petits riens du tout, trois petits regrets, trois petits soucis, trois petits souvenirs, trois petits désirs…".

L'écriture devient un moyen de sortir du "silence qui accroît la solitude et la culpabilité dans le cas de l’avortement" et de briser l'idée que "faire une fausse couche ou avorter est (…) un échec". Pour Line Papin, "il est peut-être possible de regarder les choses d’une autre manière". "C’est ce que j’ai voulu faire dans ce livre en tout cas", raconte-t-elle, "ne pas considérer la fausse couche et l’avortement comme une fin en soi, mais comme le début d’un questionnement qui va vers la vie".

Dans son autofiction Une vie possible, Line Papin raconte le traumatisme d’une jeune femme prénommée Line, qui a subi une fausse couche à l’âge de 22 ans. Un drame qui a personnellement été vécu par Line Papin. “J’ai besoin d’être seule comme un chat qui lèche ses blessures. Ou bien était-ce autre chose : j'ai besoin de partir de notre appartement, à cause de cette chambre destinée aux enfants jamais nés, avec ce néon rose, 'life is beautiful', à cause des autres chambres d'enfants, celles de ceux qui sont nés, mais pas de moi, à cause des rêves, à cause des déceptions…”, expliquait la jeune femme auprès de Femme Actuelle.

Lire aussi: Line Renaud : Parcours d'une icône

Line Papin a ouvert les yeux sur la maternitéAuprès de Soir Mag, la romancière a expliqué pourquoi elle a eu besoin de coucher ces épreuves sur le papier. “J'ai l'habitude d'écrire ce que je traverse. Et là, j'ai eu ce besoin rapidement pour comprendre ce qui m'arrivait, pourquoi à moi, pourquoi j'avais le poids de cette responsabilité et pourquoi ce silence pesant flottait autour de moi”, a expliqué Line Papin. Une épreuve très difficile psychologiquement pour l’épouse de Marc Lavoine, d’autant plus qu’ils s’étaient projetés.“Je suis passée en salle d'échographie en pensant que j'étais enceinte de 'deux zygotes', comme on les appelait avec mon mari, et 10 minutes plus tard, on me prescrivait des médicaments pour évacuer cette grossesse qui ne se développait plus. C'est extrêmement douloureux”, a affirmé la jeune femme. Quelques mois après cette fausse couche, Line Papin subissait un avortement, causé par des difficultés dans son couple. Malgré ces nombreuses épreuves, la jeune femme nourrit toujours le désir de devenir mère. “J'ai encore envie d'avoir des enfants mais je pense que j'avais jusque-là une approche 'conte de fées' de la grossesse. Je suis désormais plus réaliste.

La solitude et le manque d'informations

Line Papin souligne le manque de représentation de ces expériences dans la littérature et les arts. "L’énorme solitude dans laquelle j’étais après ma fausse couche et mon avortement a été épaissie par le fait que c’est très peu abordé dans les arts, la littérature ou le cinéma", déclare-t-elle. Elle déplore le manque d'informations et de soutien pour les femmes confrontées à ces situations.

Elle se souvient de sa propre ignorance avant de vivre ces événements : "Moi, j’avais 24 ans et j’étais totalement novice, ignorante. Comme ma mère avait eu deux enfants et que j’étais arrivée par accident, cela me confortait dans l’idée que les enfants arrivent de manière très certaine, voire un peu trop certaine. Je pensais que la fausse couche était quelque chose de très rare, un truc qui arrive aux autres". Elle insiste sur la nécessité d'une meilleure information et d'une prise en charge plus bienveillante.

Dans un premier temps, j’ai été sidérée. J’attendais des jumeaux et je suis allée passer une échographie. Vous arrivez à l’hôpital, croyant être enceinte, et dix minutes après, vous ne l’êtes plus. Il faut suivre les instructions du médecin sans poser de questions, prendre des médicaments. Tout va très vite : on passe en un instant du corps maternel glorifié, au corps malade. C’est très violent, mais comme c’était présenté d’une manière banale, je n’ai pas réalisé tout de suite ce qui se passait. Je l’ai mis de côté. Quand je suis retombée enceinte, un an plus tard, j’ai senti qu’il était impossible pour moi d’accueillir un enfant. Le choc de l’avortement a fait écho à ce que j’avais vécu pendant la fausse couche. Tout est remonté. La brutalité de ce que le corps subit puisqu’il s’agit quand même, en quelque sorte, d’un mini accouchement. Mais aussi celle de la prise en charge médicale. Ce médecin qui me demande lors de la fausse couche, « mais vu votre âge est-ce que c’était désiré ? Ce long couloir, ponctué de berceaux de nouveaux-nés et de femmes qui viennent d’accoucher qu’il faut traverser alors même qu’on ne pourra pas nous-même donner naissance. On fait face à une prise en charge parfois incohérente et très maladroite. Il est essentiel d’en parler, que les jeunes filles soient mieux informées. Et les jeunes hommes aussi d’ailleurs. Moi, j’avais 24 ans et j’étais totalement novice, ignorante. Comme ma mère avait eu deux enfants et que j’étais arrivée par accident, cela me confortait dans l’idée que les enfants arrivent de manière très certaine, voire un peu trop certaine. Je pensais que la fausse couche était quelque chose de très rare, un truc qui arrive aux autres. J’aurais aimé être plus au courant de la réalité de la grossesse plutôt que de rêver les choses. Oui, le verbe « faire » sous-entend l’idée qu’on l’aurait fabriqué soi-même. Lorsque ça m’est arrivé, j’ai ressenti cette culpabilité, me disant que je n’aurais peut-être pas dû faire ci ou manger ça. Quant au mot « fausse couche », il est trompeur, parce que ce que l’on vit est vrai, cette grossesse l’était. Il est important d’amener plus de bienveillance dans la prise en charge. C’est dans ce sens que j’ai écrit ce roman. Je ne voulais pas faire de polémique, mais qu’on entende des paroles de femmes, qu’on puisse penser ce sujet, tout comme celui de l’avortement. Autour de la grossesse, de la maternité, et ce même dès le tout début quand on parle d’IVG, il y a une pression sociale énorme dont découle tout un champ d’opinions et d’injonctions sur les femmes. Et leurs ventres.

Féminisme et prise de conscience

L'expérience de la fausse couche et de l'IVG a marqué un tournant dans la vie de Line Papin, la conduisant à une prise de conscience féministe. "Je suis née en 1995, pour moi, la pilule ou le droit à l’avortement étaient des acquis. Je ne me sentais pas reléguée au statut féminin, je n’avais jamais ressenti la spécificité de ma féminité, ni vécu de discriminations. Quand je suis tombée enceinte, j’ai pris conscience de tout ce qui se déroule à partir du ventre de la femme", explique-t-elle.

Lire aussi: L'histoire de Sarah-Line Attlan

Elle s'est nourrie des textes d'auteures féministes telles que Gisèle Halimi, Annie Ernaux et Simone de Beauvoir pour comprendre ce qui lui arrivait et pour replacer son expérience dans un contexte plus large. Elle a ainsi pris conscience de la pression sociale et des injonctions qui pèsent sur les femmes en matière de grossesse et de maternité.

En lisant votre livre, on comprend que cette première grossesse vous a éveillée au féminisme. Je suis née en 1995, pour moi, la pilule ou le droit à l’avortement étaient des acquis. Je ne me sentais pas reléguée au statut féminin, je n’avais jamais ressenti la spécificité de ma féminité, ni vécu de discriminations. Quand je suis tombée enceinte, j’ai pris conscience de tout ce qui se déroule à partir du ventre de la femme. Entremêlés à votre histoire à vous, vous retracez en effet quelques grands moments importants de l’histoire des femmes. Je suis partie de questionnements très intimes et j’ai trouvé certaines réponses dans les textes d’auteures féministes telles Gisèle Halimi, Annie Ernaux ou Simone de Beauvoir. J’avais besoin de me nourrir d’autres voix de femmes, de creuser ces questions pour tenter de comprendre ce qui m’arrivait. Je ne savais pas à l’avance la forme qu’aurait mon livre, mais, au fil de l’écriture et de mon cheminement, j’ai mis en place une alternance entre le récit intime et quelque chose qui tient plus de l’essai. Outre l’aspect sociétal, je me suis aussi intéressée à l’aspect philosophique de ces questions. Parce qu’au-delà du corps des femmes, il s’agit du champ des possibles, du fait d’être au monde. Cette question de ce qui allait naître et qui n’est pas né est vertigineuse. Ce n’est pas seulement en termes d’éducation, de prévention ou de suivi qu’il y a un vide c’est aussi d’un point de vue philosophique.

La relation avec Marc Lavoine et le divorce

Line Papin évoque également l'impact de ces épreuves sur sa relation avec Marc Lavoine. Elle confie avoir ressenti le besoin de vivre seule après son IVG, afin de faire le point et de se reconstruire. "J’ai besoin d’être seule comme un chat qui lèche ses blessures. Ou bien était-ce autre chose : j'ai besoin de partir de notre appartement, à cause de cette chambre destinée aux enfants jamais nés, avec ce néon rose, 'life is beautiful', à cause des autres chambres d'enfants (ceux de Marc Lavoine, ndlr), celles de ceux qui sont nés, mais pas de moi, à cause des rêves, à cause des déceptions…", explique-t-elle.

Elle s'interroge sur le ressenti de son mari face à ces événements, se demandant s'il les a vécus comme "l'échec d'un projet dont il était l'un des initiateurs et dont il se trouve pourtant exclu". Elle révèle que Marc Lavoine n'a plus abordé le sujet par la suite, "par pudeur, par peur de remuer des choses, m'a-t-il dit, pour ne pas revenir sur ce qui nous a fait mal".

Si Line Papin a refusé de répondre aux rumeurs d'une séparation avec Marc Lavoine lors de la sortie de son livre, il est désormais de notoriété publique que le couple a divorcé en avril 2022. Malgré la rupture, l'avortement et les épreuves traversées laissent un goût amer à l'écrivaine, qu'elle exprime dans son recueil de poésies Après l'amour. Dans l'un des poèmes, elle s'adresse à cet enfant à qui elle n'aura jamais donné la vie, exprimant son deuil et son amour éternel.

Dans un chapitre de son livre, Line Papin a aussi confié qu'elle avait pris la décision de vivre sous un autre toit que celui de Marc Lavoine après son avortement. «Je me demande dans le livre pourquoi être seule ? Afin de faire le point, peut-être d’écrire, de faire tomber cette peau morte. J’ai besoin d’être seule comme un chat qui lèche ses blessures. Ou bien était-ce autre chose : j'ai besoin de partir de notre appartement, à cause de cette chambre destinée aux enfants jamais nés, avec ce néon rose, "life is beautiful", à cause des autres chambres d'enfants (ceux de Marc Lavoine, ndlr), celles de ceux qui sont nés, mais pas de moi, à cause des rêves, à cause des déceptions…», a-t-elle dit. La jeune femme évoque le ressenti de son époux au moment où ils ont traversé cette période difficile. «Je me demande dans le livre s’il la vit comme l’échec d'un projet dont il était l'un des initiateurs et dont il se trouve pourtant exclu. J’écris que mon mari ne m'en a plus parlé ensuite. Par pudeur, par peur de remuer des choses, m'a-t-il dit, pour ne pas revenir sur ce qui nous a fait mal. Il allait devenir de nouveau père, son identité allait s'épaissir, puis ça n'a plus été le cas. Lui aussi a été amputé d'un rêve. Seulement, ce rêve ne lui a pas traversé le corps. Il ne l'a pas expulsé à force de médicaments. Il lui a fallu l'expulser différemment», a-t-elle ajouté.

Un message d'espoir et de résilience

Malgré la douleur et les difficultés, Line Papin exprime un message d'espoir et de résilience. Elle souhaite que son livre puisse aider d'autres femmes à briser le silence, à surmonter leur culpabilité et à se reconstruire après une fausse couche ou un avortement.

Elle affirme avoir encore envie d'avoir des enfants, mais avec une approche plus réaliste de la grossesse et de la maternité. Elle a transformé son expérience en un combat pour une meilleure information, une prise en charge plus bienveillante et une plus grande liberté pour les femmes de disposer de leur corps et de leurs choix.

Si Marc Lavoine et Line Papin ont divorcé en avril 2022, la rupture et l'avortement laissent encore un goût amer à l'écrivaine. D'ailleurs, elle a de nouveau vidé son sac à ce sujet dans son recueil de poésies intitulé Après l'amour. Dans l'un des poèmes, elle s'est adressée à cet enfant à qui elle n'aura jamais donné la vie et a écrit : " J’aimerais écrire sur Martha, ma petite Martha. De toi je ne ferai jamais le deuil, Marthe, Marthi, Marthouille. L’avenir amputé, J’imagine et tu me plais, Je t’avais imaginée… […] Mon bébé jamais né, notre rêve inachevé". Line Papin a ajouté : "Je te serre contre moi la nuit, Je te chante des comptines, Tu sais qu’il n’y a pas d’oubli, Pas de mort en poésie, Tu n’as jamais existé mais nous t’avons tant imaginée, ma petite possibilité, tu veilles sur moi, je le sais".

tags: #Line #Papin #enceinte

Articles populaires: