Liliane de Rothschild, une figure dont la vie a été profondément marquée par les tumultes du XXe siècle, incarne la résilience face à l'adversité, la force de l'amour et l'importance de la mémoire. Cet article explore le parcours exceptionnel de Liliane, de son enfance à Paris à son expérience bouleversante dans les camps de concentration, en passant par son engagement dans la vie après-guerre.

Une famille d'immigrés à Paris

Liliane de Rothschild est née dans une famille d'immigrés juifs à Paris. Ses parents, Palomba et Pinkas Tiano, avaient quitté Sosnowiec, en Pologne, pour s'installer dans la capitale française. Avant la naissance de leurs filles, Palomba et Pinkas ont emménagé à Paris, au 22, rue de Folie-Méricourt dans le XIe arrondissement. En 1926, le recensement indique que Bénouta, née en 1857, la mère de Pinkas, habite avec eux. En 1936, une autre famille TIANO, venant de Grèce, réside dans le même immeuble. Pinkas a été naturalisé français sous le prénom de Pierre en 1929. Imprégné par de fortes valeurs patriotiques, Pinkas/Pierre, a combattu aux côtés de la France lors de la Seconde Guerre mondiale.

L'ombre de la guerre et la déportation

La Seconde Guerre mondiale a plongé Liliane et sa famille dans l'horreur de l'Occupation. Les lois antijuives ont rendu impossible la vie des Juifs en France, multipliant les interdictions et les risques. A-t-elle continué d’aller à l’école en portant l’étoile jaune, travaillait-elle dans un atelier ? A-t-elle fui avec sa famille au moment de l’avancée des troupes allemandes en 1940 ? A-t-elle connu les bombardements ? Sa voisine, et sans doute membre de sa famille paternelle Doudoun TIANO, est arrêtée et déportée le 9 novembre 1942 (convoi 44). Parmi les quelques familles juives du 22, rue de la Folie Méricourt, deux autres voisins, de nationalité polonaise et turque, sont déportés à la suite de la rafle du Vel d’Hiv.

Le 21 juillet 1944, Liliane est arrêtée à Paris, rue des Saussaies dans le VIIIe arrondissement. Il semble que Liliane était en quête de son amoureux, pris dans une rafle; dans un geste de courage et d’amour, elle semble avoir commis des imprudences pour le retrouver, ce qui l’a conduite à être raflée à son tour par la Gestapo pour « motif racial », puis à son internement à Drancy, raconte son neveu, Norbert Czarny. Son grand amour aurait connu le même sort. Ont-ils été déportés ensemble?

Internée au camp de transit de Drancy en Seine-Saint-Denis, le 21 juillet 1944, Liliane y reçoit le matricule 25 336. Arrivée dans la nuit du 3 août, à la sortie des wagons à bestiaux, sur la rampe intérieure du camp, elle est « sélectionnée », comme environ 180 femmes du convoi 77, par les SS pour le travail forcé et entre dans le camp des femmes, Birkenau. Immédiatement, débute de processus de déshumanisation de c, humiliée par la nudité forcée, la tonte de ses cheveux et le rasage de ses poils ; le troisième jour, elle est tatouée d’un matricule qui doit lui retirer son identité en la réduisant à un numéro matricule : A 16 819, qu’elle devra connaître en allemand pour répondre aux appels ; elle est battue, privée de tout. Après une nouvelle « sélection » dans le camp parmi les déportées, le 27 octobre, réalisée par les médecins SS, Liliane et environ 120 camarades du convoi 77 sont envoyées pour travailler dans un autre camp. Elles sont transférées, en train, au camp de Kratzau. Cette annexe du camp de Gross Rosen est située dans les Sudètes, en Tchécoslovaquie. Sa chambrée, composée de femmes (françaises et hollandaises) est affectée à une usine d’armement, à environ 4 km du camp. Il faut marcher pour y aller, marcher pour en revenir, après 12 heures de travail. Les conditions de travail sont extrêmement difficiles; les kapos, la commandante SS et ses sbires sont très cruelles, le typhus rôde, mais Liliane tient bon jusqu’à sa libération du camp.

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Le retour à la vie et la reconstruction

Le 9 mai 1945 au matin, les déportées se retrouvent seules dans le camp. Les soldats allemands et les SS ont fui pendant la nuit. Pour Liliane, la guerre est enfin terminée, ou presque : il faut désormais rentrer en France. Finalement, Liliane rentre en France par Longuyon et est rapatriée en train jusqu’à Paris, où elle arrive le 30 mai 1945. Elle est très affaiblie, elle a perdu 8 kg et, comme la plupart de ses camarades de « camp », souffre de problèmes gynécologiques.

Après la guerre, tout juste majeure, Liliane devient mécanicienne confectionneuse. Elle effectue des opérations de montage et d’assemblage d’articles à base d’étoffes. Szlamek (Chaïm, Schlomo, Henri) LAJTENBERG est né à Sosnowiec en Pologne, comme Palomba, la mère de Liliane, le 16 juillet 1919. Il avait réussi à fuir en Asie centrale lors de l’invasion des nazis en Pologne. Ils se marient à la mairie du XIe arrondissement le 11 juin 1959. Le couple emménage alors dans l’appartement familial de la rue de la Folie Méricourt qu’il occupe avec la mère de Liliane. En octobre 1958, Liliane avait perdu son père, qui est inhumé au cimetière de Pantin. Liliane et son mari, aux beaux yeux bleus et à l’« humour ravageur » (selon Norbert Czarny), travaillent dans l’appartement, comme confectionneurs. Liliane et Szlamek n’ont pas eu d’enfants, la santé de Liliane ayant été durablement affectée par la survie dans les camps. Elle participe également avec son mari aux évènements organisés par la Société de Sosnowiec.

Un héritage de courage et de mémoire

L'histoire de Liliane de Rothschild est un témoignage poignant de la force de l'esprit humain face à l'horreur. Son parcours, marqué par la guerre, la déportation et la reconstruction, est un rappel essentiel de l'importance de la mémoire et de la lutte contre toutes les formes de discrimination et de persécution. Liliane, par sa vie, nous enseigne la résilience, l'amour et la nécessité de ne jamais oublier les atrocités du passé.

Annexes : Les Rothschild, une dynastie de mécènes

Bien que l'article porte sur Liliane de Rothschild, il est important de noter que son nom est associé à une famille illustre, les Rothschild, connue pour son rôle dans la finance, mais aussi pour son mécénat artistique et culturel.

Les Rothschild en France au XIXe siècle

L'exposition "Les Rothschild en France au XIXe siècle" met en lumière les différents aspects de cette famille : banquiers, philanthropes, collectionneurs, mondains. L'aspect religieux n'est pas négligé, rappelé par la présence d'une plaque ornementale de la Torah, ou d'une Hanoukkiyyah en bronze en provenance de l'Italie du XVIIIe. La vue du blason sur le titre d'anoblissement, par lequel l'Empereur d'Autriche les fit barons après qu'ils eurent l'autorisation d'adjoindre une particule à leur patronyme, la devise « Concordia Integritas Industria », les cinq flèches tenues d'une main ferme, tout cela se passe de commentaire ; d'autant que les emblèmes héraldiques (licorne, lion) sont carrément royaux.

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Les Rothschild, une famille de collectionneurs et de mécènes

Élie de Rothschild, fils de Robert de Rothschild et petit-fils de Gustave, a fait don au Musée national d’art moderne d’œuvres de César, Yolande Fièvre, Manolo Millares et François Stahly. Nelly de Rothschild, fille du baron Élie de Rothschild et de la baronne Liliane, est à l'origine de plusieurs dons offerts au musée de la mode de la Ville de Paris et au château de Versailles.

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