Le débat sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet sensible et complexe, qui suscite des opinions passionnées et parfois divergentes. En France, malgré la légalisation de l'avortement par la loi Veil en 1975, des voix continuent de s'élever pour contester ce droit. Parmi ces voix, un mouvement de jeunes militants anti-IVG, baptisé "Les Survivants", se fait entendre. Ce groupe, composé de jeunes nés après 1975, estime avoir survécu à un éventuel avortement de leur mère et se considère comme des "rescapés" de l'IVG. Leurs actions, bien que moins radicales que celles de certains groupes anti-avortement, suscitent des réactions vives et posent des questions fondamentales sur la liberté des femmes à disposer de leur corps et sur la place de l'avortement dans la société.

Genèse et Idéologie du Mouvement

"Les Survivants" se distinguent par leur approche du débat sur l'avortement. Ils ne se contentent pas de condamner l'IVG, mais cherchent à sensibiliser l'opinion publique aux conséquences qu'ils estiment négatives de cette pratique. Ils mettent en avant le chiffre de 220 000 avortements par an en France, soulignant que chaque enfant né aurait potentiellement pu être avorté. Selon eux, tout enfant né connaîtrait le "syndrome du survivant", une angoisse existentielle liée à la conscience d'avoir échappé à l'avortement.

Le mouvement affirme ne pas être affilié à un parti politique, mais des journalistes ont découvert la présence de militants de l'Action Française, un parti d'extrême droite royaliste, lors de leurs manifestations. Cette proximité politique soulève des interrogations sur les motivations réelles du mouvement et sur son agenda caché.

Émile Duport, un communicant parisien quadragénaire, est une figure centrale du mouvement "Les Survivants". Militant "pro vie" depuis de nombreuses années, il est également porte-parole de la "Marche pour la vie", une autre association anti-avortement et contre la légalisation de l'euthanasie. À travers son agence de communication, il met ses compétences au service de la cause anti-IVG, en créant notamment des sites internet destinés à toucher un jeune public.

Actions et Stratégies de Communication

"Les Survivants" sont connus pour leurs actions médiatiques, souvent spectaculaires, visant à attirer l'attention sur leur cause. Ils ont notamment recouvert illégalement des dizaines de Vélib' dans Paris avec des affiches anti-IVG. Ils ont également placardé des affiches anti-IVG à l'effigie des candidats à l'élection présidentielle dans le métro parisien. Ces actions, bien que controversées, leur ont permis de gagner en visibilité et de faire connaître leurs idées.

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Le mouvement utilise également internet comme outil de communication privilégié. Émile Duport a créé plusieurs sites internet anti-IVG, tels que "Afterbaiz.com" et "Testpositif.com", destinés à un jeune public. Ces sites, qui se présentent sous une apparence fun et décontractée, diffusent un discours culpabilisant sur l'avortement, en utilisant les codes de la pop-culture et des images attrayantes. Ils proposent également des "alternatives à l'IVG", en mettant en avant l'importance de la contraception et de l'éducation sexuelle.

En 2017, "Les Survivants" ont créé la polémique en mettant en ligne le site "Simoneveil.com" le jour de la cérémonie d'hommage à Simone Veil. Ce site proposait un récit très partial du processus de vote de la loi de dépénalisation de l'avortement, en affirmant que l'esprit de la loi avait été "trahi" au cours du temps. La famille de Simone Veil a finalement obtenu la suspension du site, en invoquant l'utilisation non autorisée du nom et de l'image de l'ancienne ministre de la Santé.

Réactions et Controverses

Les actions et les prises de position du mouvement "Les Survivants" suscitent des réactions vives et contrastées. Les défenseurs du droit à l'avortement dénoncent leur discours culpabilisant et leur instrumentalisation de la souffrance des femmes. Ils les accusent de vouloir remettre en question un droit fondamental et de faire reculer les droits des femmes.

Lors d'une manifestation anti-avortement où s'est rendu Le Petit Journal, des féministes ont encerclé les militants des "Survivants", en leur reprochant de ressasser les mêmes arguments qu'il y a 40 ans et de ne pas tenir compte de la réalité vécue par les femmes. Elles insistent sur le fait que la décision d'avorter est une décision personnelle et difficile, qui doit être respectée.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, s'est dite "préoccupée" par les sites internet anti-IVG créés par Émile Duport, en soulignant leur caractère culpabilisant et leur diffusion d'informations partielles sur l'interruption volontaire de grossesse. Elle a mis en place des campagnes de référencement pour contrer la désinformation et garantir l'accès à une information fiable et objective sur l'avortement.

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Arguments et Contre-Arguments

Le débat sur l'avortement est un débat complexe, qui met en jeu des valeurs et des convictions profondes. Les partisans du droit à l'avortement mettent en avant la liberté des femmes à disposer de leur corps et à choisir si elles veulent ou non avoir un enfant. Ils soulignent que l'avortement est un droit fondamental, qui permet aux femmes de contrôler leur fertilité et de mener une vie épanouie. Ils mettent également en avant les conséquences dramatiques des avortements clandestins, qui mettent en danger la santé et la vie des femmes.

Les opposants à l'avortement, quant à eux, mettent en avant le droit à la vie de l'embryon ou du fœtus, qu'ils considèrent comme un être humain à part entière dès la conception. Ils estiment que l'avortement est un acte immoral, qui porte atteinte à la dignité humaine. Ils proposent des alternatives à l'IVG, telles que l'adoption ou l'aide aux femmes enceintes en difficulté.

Émile Duport, porte-parole des "Survivants", estime que l'avortement est un échec de solidarité sociale et qu'il délite la société. Il considère que la société devrait davantage aider les femmes enceintes en difficulté et leur offrir des alternatives à l'IVG. Il remet également en question l'expression féministe "Mon corps m'appartient", en soulignant que le corps est intimement lié à la personne et qu'il appartient aussi à la société.

Le "Syndrome du Survivant" : Une Réalité ou un Argument ?

Le mouvement "Les Survivants" met en avant le "syndrome du survivant" comme une conséquence de l'avortement. Selon eux, les personnes nées après la légalisation de l'avortement peuvent ressentir une angoisse existentielle liée à la conscience d'avoir échappé à l'avortement. Ils estiment que ces personnes peuvent se sentir coupables d'être en vie, alors que leurs frères et sœurs potentiels n'ont pas eu cette chance.

Le terme "culpabilité du survivant" est généralement utilisé après un attentat ou une guerre, pour décrire le sentiment de culpabilité ressenti par les personnes qui ont survécu à une catastrophe, alors que d'autres sont mortes. L'utilisation de ce terme dans le contexte de l'avortement est controversée, car elle est considérée comme une instrumentalisation de la souffrance et une tentative de culpabiliser les femmes qui ont avorté.

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De nombreux psychiatres et psychologues estiment que le "syndrome du survivant" n'est pas une réalité clinique reconnue et qu'il n'y a pas de preuves scientifiques de son existence. Ils soulignent que les personnes qui ont des difficultés psychologiques après un avortement souffrent généralement d'autres troubles, tels que la dépression ou l'anxiété.

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