Introduction

Les menstruations, un phénomène biologique naturel que les femmes vivent de la puberté à la ménopause, ont été entourées de mystères, de tabous et de perceptions variées à travers l'histoire. Cet article explore les conditions de vie des femmes en lien avec leurs menstruations au début du XXe siècle, en mettant en lumière les avancées, les défis et les réalités sociales de cette époque.

Les Règles à Travers l'Histoire : Du Tabou à la Science

Les règles ont traversé les époques en étant perçues de différentes manières. Ces pratiques ont cessé vers le Moyen-âge : le sang faisait peur. La religion et les discours médicaux vont dans ce sens car le cycle menstruel n’est pas compris. Au 19ème siècle, c’est le début des mythes.

Pendant des siècles, les menstruations ont été entourées de mystère et souvent considérées comme taboues dans de nombreuses cultures. Les femmes étaient souvent isolées ou exclues de certaines activités pendant leurs menstruations en raison de croyances superstitieuses. Cependant, au fil du temps, la société a évolué et les règles ont progressivement cessé d'être un sujet honteux. Le mot « tabou » est d'origine polynésienne et signifie littéralement « menstruations ». Tabou est un mot que James Cook a découvert au XVIIIe siècle en arrivant en Polynésie lors de sa circumnavigation. Les Polynésiens déclaraient des « tabous » sur les choses auxquelles ils attachaient de la valeur. Les choses déclarées « taboues » étaient considérées comme sacrées, y compris des femmes qui viennent d'accoucher, qui ont leurs règles ou qui sont enceintes.

Avancées Scientifiques et Médicales au Début du XXe Siècle

Dans les années 1900, des avancées significatives ont été réalisées, notamment avec l'apparition des protections hygiéniques telles que les serviettes et les tampons. Une avancée majeure est due au gynécologue Japonais Ogino, qui découvre la loi physiologique sur le fonctionnement du cycle menstruel. La phase d’ovulation se produit une fois durant le cycle.

En moyenne, une femme a 400 fois ses règles dans sa vie, soit 2400 jours. Ce n’est que récemment que ces produits d’hygiène jetables sont venus simplifier la vie des femmes.

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Protections Périodiques: Une Révolution Progressive

Les produits menstruels ont également considérablement évolué au fil des siècles.

  • Les autochtones d'Amérique du Nord utilisaient de la mousse de sphaigne, qui émet des substances acides pour prévenir les infections bactériennes.
  • Au Moyen Âge, la menstruation était largement perçue de manière négative, empêchant le développement de produits menstruels appropriés.
  • L'époque moderne : Ce n'est qu'avec la révolution industrielle que la production de produits menstruels a commencée. Cependant, en raison des tabous sociaux, ces produits ont initialement échoué. Ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale, lorsque les femmes ont commencé à travailler dans les usines et à servir comme infirmières de campagne, que la nécessité des produits menstruels a été soulignée. Les infirmières ont commencé à fabriquer des serviettes hygiéniques en utilisant des fibres synthétiques, et la société Kimberly-Clark a commercialisé le Kotex.

Dans le passé, les femmes utilisaient principalement des morceaux de tissu, des éponges, ou d'autres matériaux réutilisables comme protection menstruelle. Cependant, avec l'industrialisation et l'avancée des technologies, des produits menstruels jetables tels que les serviettes hygiéniques et les tampons ont été introduits sur le marché.

Ancêtres des protections périodiques

Les premières protections périodiques remontent à l’Antiquité. En 1950 avant Jésus-Christ, les Egyptiennes ont inventé les prémisses du tampon grâce à des bandes ouatées tandis que les Romaines utilisaient des compresses enroulées autour d’un morceau de bois : une méthode que les religions monothéistes ont considéré comme péché.

Industrialisation et médicalisation en faveur des femmes

Au Moyen-âge, les femmes ne portaient ni protections, ni sous-vêtements, leurs jupons faisant l’affaire. Ce n’est qu’au XIXème siècle que les travaux de Pasteur révèlent l’importance de l’hygiène, rendue désormais possible avec l’ère de l’industrialisation qui a fortement aidé à la production en masse de sous-vêtements en coton.

Invention de la première serviette hygiénique lavable

Elle n’est réellement inventée en 1920 par Kimberly Clark. Mais il faut avouer qu’elle n’était pas vraiment pratique : il s’agissait de bandes de tissu que les femmes attachaient à l’aide d’épingles à une ceinture.

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Libération des femmes et commercialisation des protections périodiques

Depuis 1963, les femmes françaises peuvent acheter en magasin des serviettes hygiéniques jetables. Dans les années 70, elles deviennent plus pratiques, se dotant d’une bande adhésive ! Les années 80 et 90 viendront perfectionner les serviettes hygiéniques : en 1991, la marque Nana® invente les rabats souples qui se fixent sous la lingerie et même des serviettes hygiéniques spécialement conçues pour la nuit. Dans les années 2000, la cup ou coupe (menstruelle) se développe (même si elle a été inventée dans les années 30), tout comme la culotte de règles, qui gagne de plus en plus de terrain par rapport aux autres protections.

Conditions de Vie et Perceptions Sociales

Malgré ces avancées, les règles sont considérées différemment selon les sociétés. Bien intégrées dans certaines où elles sont synonymes de force puisqu’elles montrent que les femmes donnent naissance aux futurs membres de la société. Au Népal : dans les régions rurales de l’ouest, il convient de quitter le foyer pour s’isoler c’est le « Chaupadi » car les menstruations sont considérées comme impures. En Inde : 88% des femmes utilisent de la cendre, du sable et du tissus faute de pouvoir s’acheter des produits hygiéniques. Ce manque d’hygiène, cette précarité menstruelle, engendre de nombreux problèmes de santé. Aujourd’hui, encore de nombreuses femmes sont privées de leur liberté d’agir en toute connaissance de cause lors de cette période.

Les Stéréotypes de Genre et l'Éducation

La définition des concepts du masculin et du féminin remonte à l'Antiquité. Ils se sont théorisés au fil des siècles. Ces stéréotypes sont inculqués dès l'enfance par les images, la littérature, l'éducation et le comportement des pairs. Les stéréotypes de genre, existant depuis l’Antiquité (Platon, Timée), font l’objet de nouvelles réflexions sous la plume des savants des Lumières, au XVIIIe siècle. L’ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, L’Émile ou De l’Éducation, publié en 1762, est au cœur des débats sur la place et la définition des femmes et des hommes dans la société. Au cours du XIXe siècle, la domination masculine est légitimée et renforcée par l’idée qu’il s’agit d’un état de fait « naturel », un déterminisme biologique immuable. L’éducation, la religion, le cadre familial, les jeux, les lectures enfantines ou encore les images populaires contribuent à inculquer ces concepts dès la petite enfance. Ainsi, les cartiers, comme l’imagerie Pellerin d’Épinal, associés aux colporteurs, ont eu un rôle non négligeable dans la diffusion de ces stéréotypes de genre, par la réalisation et la vente d’images bon marché destinées aux enfants.

Dans la réalité, les femmes ont toujours travaillé en plus de leurs occupations au domicile familial. Beaucoup d’entre elles étaient des ouvrières, notamment dans le domaine du textile, et elles sont de plus en plus nombreuses à travailler dans les usines mixtes. Que ce soit chez elles ou en tant qu’ouvrières, les femmes travaillent tout le temps. Pour éviter l’inactivité, les femmes avaient différents loisirs et passe-temps à exercer selon leur rang social. Les plus aisées pouvaient pratiquer la musique, la peinture, l’équitation, la danse, etc. Cependant, l’activité commune à toutes les femmes, enseignée dès leur enfance, reste les travaux de l’aiguille (couture, broderie, tricot, dentelle). C’était une activité considérée comme vertueuse, combattant la paresse, mais aussi comme un rite initiatique sexué. En effet, faire la « marquette », c’est-à-dire réaliser un carré de canevas où l’on brode au fil rouge l’alphabet, les chiffres de zéro à neuf et son nom, renvoie aux premières menstruations à la puberté ainsi qu’à la perte de la virginité lors du mariage.

Alors que le foyer est l’espace féminin par excellence, le monde extérieur est dédié aux hommes au XIXe siècle. Ce sont eux qui travaillent et rapportent leur salaire au foyer, là où le salaire des femmes actives est considéré comme un simple complément. Ce dernier est par ailleurs accusé d’être une concurrence déloyale face aux hommes, entraînant la diminution de leurs salaires, et il détournerait les femmes de leur « fonction première », c’est-à-dire la maternité.

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L’accès à la scolarisation est également très inégal entre filles et garçons. Si des lois permettent une augmentation importante du nombre d’élèves scolarisés, ce n’est qu’à la fin du siècle qu’elles réduisent véritablement les inégalités d’accès à l’éducation entre les sexes. Cependant, l’enseignement n’est pas uniforme pour tous les enfants. Il faut noter la différence de répartition des disciplines : les filles se concentrent sur les savoirs élémentaires - la lecture, l’écriture et le calcul - et les travaux d’aiguille, tandis que les garçons ont accès à un savoir plus approfondi en science, en philosophie, en histoire, etc. en plus d’un apprentissage militaire. On jugeait les garçons seuls légitimes à entrer dans les études supérieures.

Grossesse et Maternité au Début du XXe Siècle

Bien que la grossesse soit une expérience fréquente aux XVIIIe et XIXe siècles, elle n’est pas pour autant banale. Il s’agit d’un état lourd de mystères et de tabous, souvent vécu avec angoisse et sous l’angle de la maladie et de la mort. In the XVIIIth-XIXth centuries, although the state of pregnancy is a very frequent experience for women, it does not make it any less exceptional. This situation was heavily filled with mysteries and taboos, and often lived in anguish with the reality of disease and death looming up. 2 Cas de Marianne Laparra, s. 1La grossesse est un état fréquent aux XVIIe et XIXe siècles. Elle concerne environ 80 % des femmes sous l’Ancien régime et encore plus de 70 % au XIXe siècle1. Les femmes ont alors beaucoup d’enfants, tôt et longtemps. L’exemple de Marianne Lappara, une patiente du Dr Mattéi, est éloquent2. Âgée de 36 ans en 1855, elle en est à sa quatorzième grossesse, dont quatre se sont terminées par des fausses couches. Sans être la norme de l’époque, cette situation est loin d’être exceptionnelle. On estime ainsi que les femmes mariées mettent au monde entre quatre et cinq enfants au début du XVIIIe siècle ; environ trois à la fin du XIXe siècle, ce qui correspond à une période de 27 à 45 mois en état de grossesse.

Si les maternités sont répétées, la grossesse n’est pas pour autant une expérience banale dans la vie des femmes. 6 McCLIVE Cathy, « The Hidden Truths of the Belly. 5Se pose d’abord la question du diagnostic de grossesse. Les historiens ont souvent souligné que les fréquentes aménorrhées et l’allaitement prolongé empêchaient toute brutalité dans le diagnostic et qu’il fallait souvent attendre la perception des mouvements de l’enfant en guise de confirmation, c’est-à-dire vers quatre ou cinq mois6. Toutefois, les écrits du for privé montrent que l’incertitude du diagnostic n’est pas si générale. Bien des femmes savent souvent tôt et de manière plutôt sûre si elles sont enceintes ou pas. L’évaluation du terme de la grossesse est également assez fiable.

Les femmes accordent notamment beaucoup plus d’importance que les médecins à certains signes particuliers. Le soupçon de grossesse intervient principalement, comme aujourd’hui, à partir du moment où les règles viennent à manquer. Quand leurs menstruations sont régulières, le moindre jour de retard jette un doute. Les écrits du for privé montrent à quel point les femmes tiennent une comptabilité très précise de leur cycle et semblent bien le connaître, ainsi que celui de leur entourage.

Même si les femmes ont certaines compétences quant au diagnostic de la grossesse, bien des incertitudes demeurent jusqu’à l’accouchement. Sans parler de la question du sexe de l’enfant - qui suscite de multiples interrogations18 -, on ignore jusqu’à l’accouchement ce que contient vraiment le ventre féminin. C’est la raison pour laquelle on s’inquiète notamment de savoir s’il s’agit d’une « vraie » ou d’une « fausse grossesse »19.

Pour une première grossesse ou si une femme n’a pas encore eu de fils, la découverte ou l’annonce d’une future maternité est souvent un moment heureux. Les femmes se sentent rassurées par cette preuve de leur fertilité. Elles sont reconnues par les leurs et font alors l’objet d’attention et de solidarités particulières. Cependant, la grossesse est un état charnel et le résultat visible d’un rapport sexuel. Dans une société profondément influencée par le christianisme, elle n’est donc guère valorisée. Depuis les Pères de l’Église, la chasteté est exaltée tandis que la chair et la sexualité sont rejetées à cause de leur lien supposé avec le péché originel.

En outre, une pudeur croissante aux XVIIIe et XIXe siècles conduit à taire et à dissimuler les réalités corporelles, notamment celles siégeant dans des organes peu nobles26. La grossesse est elle aussi dévalorisée, car elle renvoie l’être humain à sa vie organique et à son animalité. Pourtant, à l’époque des Lumières et au XIXe siècle - notamment à la suite des écrits de Rousseau - la maternité est triomphante. Celle-ci est toutefois essentiellement valorisée sous ses aspects éducatifs et affectifs. Les réalités charnelles sont jugées triviales et sont dépréciées, exception faite de l’allaitement27.

Le caractère angoissant de la grossesse tient d’abord aux pouvoirs considérables qu’on prête à la mère sur la formation du corps, du caractère et de l’âme du fœtus. L’extrême sensibilité des femmes enceintes inquiète particulièrement, car leur corps « perméable » risque de transmettre à l’enfant des influences jugées néfastes.

C’est en général devant la réalité d’une tache ou d’une anormalité chez l’enfant à sa naissance que l’on cherche rétrospectivement à se remémorer un désir non satisfait pendant la grossesse.

Précarité Menstruelle et Santé

Ce manque d’hygiène, cette précarité menstruelle, engendre de nombreux problèmes de santé. Aujourd’hui, encore de nombreuses femmes sont privées de leur liberté d’agir en toute connaissance de cause lors de cette période. Depuis des millénaires, les femmes perdent un peu de sang chaque mois, de la puberté à la ménopause. Le phénomène reste pourtant largement inexpliqué et, aujourd’hui encore, méconnu.

Des protections périodiques devenues produit de luxe ?

Une femme utilise entre 10 000 et 15 000 serviettes et/ou tampons au cours de sa vie soit 5 milliards par an au niveau mondial. Et il n’est pas besoin d’être un grand mathématicien pour se représenter du coût que cela représente.

Certains pays se mobilisent : Depuis le 21 juillet, l’Inde a supprimé la taxe de 12 % imposée sur les serviettes hygiéniques en 2017 (parmi d’autres produits), les considérant comme un produit de luxe. Aberrant, vous trouvez ? C’est parce que vous êtes passés à côté de la polémique de 2015 en France, où des féministes se sont battues pour que le taux de TVA soit ramené à 5,5% sur les protections périodiques, les catégorisant ainsi dans les produits de première nécessité. Malheureusement, certaines marques n’ont pas joué le jeu de répercuter cette baisse sur leur prix. D'autres pays comme l’Ecosse commencent à se mobiliser en finançant des programmes permettant à des milliers de femmes pauvres de recevoir des protections gratuitement. Et sous l’influence d’associations, la mairie de Paris a tout récemment décidé d’installer des « boîtes à dons » où l’on peut déposer des protections qui seront ensuite redistribuées à des acteurs sociaux comme le Samu social.

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