L'œuvre de Daisuke Igarashi, Les Enfants de la Mer, est bien plus qu'un simple manga ; c'est une exploration profonde de la relation entre l'humanité et la nature, un récit initiatique teinté de mystère et de questionnements existentiels. Adapté en film d'animation par le Studio 4°C, ce récit continue de captiver par sa beauté visuelle et sa richesse thématique.
Genèse et Réalisation
Le studio japonais 4°C a annoncé le 16 juillet la réalisation d’un film d’animation à partir du manga Les enfants de la mer, de Daisuke Igarashi. La série de cinq volumes, réalisée de 2007 à 2012, est parue au Japon dans le mensuel de prépublication Ikki, des éditions Shogagukan. Daisuke Igarashi a été récompensé pour ce seinen d’un prix d’excellence du dessin au Japan Cartoonist Awards de 2009. Il a également été primé au Japan Media Arts Awards la même année.
Synopsis et Personnages
L'histoire se centre sur Ruka, une jeune collégienne dont la vie bascule lors d'une rencontre estivale. Ruka, collégienne intrépide, est suspendue d’entraînement de hand-ball pour toutes les vacances après avoir blessé une camarade de jeu. Déçue, elle décide de se rendre à Tokyo pour y voir la mer et rencontre un étrange garçon, Umi (la mer en japonais) qui nage et dont la peau brille comme celle d’un poisson. Jim, chercheur au grand aquarium avec son père M. Azumi lui apprend qu’Umi et son frère Sora (le ciel) sont nés dans l’océan, ont été élevés au large des Philippines par des dugongs et finalement adoptés par l’équipe d’océanographes. Quels liens se tisseront entre Ruka et les deux frères ? Comment expliquer la disparition de centaines de poissons dans différents aquariums à travers le monde ?
Dans le premier volume, Ruka, une jeune fille, rencontre Umi, un garçon doté de dons aquatiques surnaturels qui disparaît dans les eaux du port de Tokyo. Elle le retrouve un peu plus tard dans un aquarium géant, où travaille son père océanographe. Le lecteur retrouve les trois héros de cette aventure aquatique incroyable. Ruka admire beaucoup deux garçons, Sora et Umi qui ont été élevés par des dugongs. Jim Cusack, biologiste marin, s’occupe d’eux et essaie de résoudre le mystère qui les entoure. Sora lui confie la « météorite » puis son corps se met à briller et il disparait. Des poissons se dissolvent en une multitude de particules lumineuses… Des phénomènes anormaux se produisent dans toutes les mers du globe !
- Ruka : Une jeune fille en quête de sa place, confrontée à des problèmes familiaux et scolaires. Son exclusion de l'équipe de handball marque le début de son voyage initiatique.
- Umi et Sora : Deux frères mystérieux, élevés dans l'océan, dotés de capacités extraordinaires et liés aux phénomènes marins.
- Jim Cusack : Un biologiste marin qui étudie Umi et Sora, cherchant à comprendre leur origine et leurs pouvoirs.
Thèmes Principaux
La Connexion à la Nature
Plus qu’une réflexion sur les enjeux environnementaux, le film est une ode mystique à la nature et porte un discours philosophique, à la manière du Petit Prince. L'œuvre explore la relation profonde entre l'homme et la nature, soulignant l'importance de l'harmonie et du respect de l'environnement. La mer n'est pas seulement un décor, mais un personnage à part entière, doté d'une dimension spirituelle. D’inspiration animiste, le film prête aux éléments marins une dimension spirituelle. « Dans une tempête se croisent les mémoires, les esprits et le temps », explique une vieille femme à la jeune fille au terme de son périple métaphysique.
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Le Récit Initiatique
Le parcours de Ruka est celui d'un rite de passage, où elle apprend à se connaître elle-même et à trouver sa place dans le monde. C’est le début d’un récit initiatique dont les ressorts restent souvent énigmatiques. Au contact d'Umi et de Sora, elle découvre un univers fascinant et mystérieux qui remet en question ses certitudes.
Les Questions Existentielles
L’épopée de ces deux enfants de la mer amène à se poser des questions essentielles : D’où venons-nous ?, Qui sommes-nous ? et Où allons-nous ?. Le manga aborde des thèmes universels tels que l'origine de la vie, la place de l'homme dans l'univers et le sens de l'existence. N’a-t-on une connaissance que d’une infime partie du monde ? Est-une référence aux théorèmes d’incomplétude de Gödel, demande Anglade ? Quelles découvertes vont-ils faire sur les enfants de la mer ? Permettront-elles de découvrir le secret de nos origines ?
L'Écologie et la Biodiversité
Ainsi la fibre écologique du film ne consiste-t-elle pas seulement en une sensibilisation à la biodiversité des fonds océaniques, mais engage plus largement toute une éthique du regard : faire attention à l’environnement, c’est d’abord l’observer avec une finesse qui s’attache jusqu’aux détails les plus infimes. La migration massive de la faune marine, provoquée par un événement mystérieux, souligne l'importance de la biodiversité et la nécessité de protéger les écosystèmes marins.
La Famille et les Relations Humaines
Les rapports compliqués que Ruka entretient avec sa mère se dénouent au contact de la mer. Le film explore les relations familiales complexes, notamment la séparation des parents de Ruka et les difficultés de communication avec sa mère. La relation qui se noue entre Ruka, Umi et Sora intrigue aussi car si les enfants montrent des caractères très différents, leur complicité est réelle et tend vers une amitié naissante.
Adaptation Cinématographique
Le long-métrage adapté du manga de Daisuke Igarashi, est sorti en salle le 10 juillet 2019. C’est l’occasion de vous émerveiller devant un paysage poétique et une musique familière, puisque Joe Hisaishi le compositeur iconique du studio Ghibli s’occupe de la bande originale du film d’animation.
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Réalisation et Production
Produit par le studio 4 °C, l’un des meilleurs du Japon, Les Enfants de la mer bénéficie d’une animation virtuose mettant dessins gracieux et images de synthèse discrètes au service d’une mise en scène élégante, rehaussée d’une bande sonore qui l’est tout autant. Ayumu Watanabe livre une fable graphiquement somptueuse adaptée du manga à succès de Daisuke Igarashi. Cette œuvre est la première d’envergure personnelle d’Ayumu Watanabe, né en 1966.
Esthétique et Animation
Le dessin est précis, les décors fourmillent de détails. Mais c’est surtout l’esthétique de l’eau, des fonds marins, d’un bleu profond, qui envoûte le regard. Les couleurs soutenues, contrastées, toujours harmonieuses, par moment explosives, sont d’une éblouissante beauté ! Pour dérouler le fil de son odyssée, Ayumu Watanabe s’appuie sur un parti pris plastique très équilibré, à savoir une remarquable intégration des techniques 2D et 3D, c’est-à-dire du dessin traditionnel et de la modélisation numérique. Le résultat est une véritable fête pour le regard : nous plongeant avec ses protagonistes au cœur de l’écosystème sous-marin, le film met en scène son foisonnement comme une grande fantasmagorie, un tourbillon de créatures dont la variété suscite sans cesse l’émerveillement. La richesse graphique de l’objet ne s’arrête pas là, mais concerne également la gestuelle des personnages, la minutie des décors, le rendu méticuleux des mouvements de l’eau (la valse des bulles quand on y plonge) ou la palette lumineuse des ciels (magnifique scène de crépuscule sur le littoral).
Musique
L'oeuvre est rehaussée d’une bande sonore qui l’est tout autant. Au rythme d’une bande-son composée par le grand Joe Hisaishi. La musique de Joe Hisaishi, compositeur emblématique du Studio Ghibli, apporte une dimension émotionnelle et onirique à l'œuvre.
Interprétations et Symbolisme
Ancré dans la vie quotidienne japonaise, le scénario la sublime en ouvrant des portes vers le fantastique et le merveilleux. L’aventure de Ruka se situe ainsi à mi-chemin du quotidien et de l’imaginaire et peut se voir aussi bien sous un jour introspectif, comme la fuite en elle-même d’une jeune fille souffrant - on le découvre - de la séparation de ses parents. Le film culmine quand, dans sa dernière partie, il investit la conscience heurtée de son héroïne et recourt alors à l’abstraction, voire au psychédélisme : l’animation, sublime, n’est plus alors que celle de pures formes en mouvement. C’est en s’élevant ainsi par-dessus l’intrigue que le film touche au cœur de son propos : une méditation poétique sur les rapports analogiques entre l’être et les éléments, la mer et le ciel, l’infiniment grand et l’infiniment petit. Ruka prend alors conscience de l’essentiel : tout être vivant est dépositaire d’une part du cosmos, qui relie le plus infime de ses atomes aux plus hautes sphères du firmament.
Accueil et Réception
Alors qu’elle traverse actuellement une crise de moyens comme de créativité, l’animation japonaise se montre toujours capable d’accoucher de véritables merveilles comme ces Enfants de la mer, fable graphiquement somptueuse et d’une belle sensibilité écologique, présentée lors du dernier Festival d’animation d’Annecy.
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Critiques
Certes, l’humilité des êtres humains à l’égard de la Nature et l’écologie sont des thèmes communs à nombre de films d’animation japonais - l’on pense évidemment à Hayao Miyazaki - mais Watanabe y ajoute une forte dose de métaphysique pour le moins déstabilisante. C’est de cela que Les enfants de la mer tire toute sa puissance théorique. S’il s’avère quelque peu indigeste sur le plan réflexif, le film se laisse regarder et apprécier, dès lors qu’on ne tente plus d’en saisir toutes les subtilités discursives. L’histoire et les grands enjeux qu’elle traite restent, dans l’ensemble, compréhensibles, et la mise en scène est à couper le souffle.
Distinctions
Daisuke Igarashi a été récompensé pour ce seinen d’un prix d’excellence du dessin au Japan Cartoonist Awards de 2009. Il a également été primé au Japan Media Arts Awards la même année.
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