Introduction

L'adoption de la métrique quantitative arabe ('arūḍ) par le « nouveau persan » a marqué une rupture avec les traditions syllabo-accentuelles du moyen-perse. Cette transition, bien que significative, n'a pas été sans conséquences, soulevant des questions quant à l'adaptation d'un système développé pour une langue sémitique à une langue indo-européenne. Cet article explore les discussions suscitées par les variantes persanes au sein du système ẖalīlien, en mettant en lumière les spécificités métriques persanes et leur potentiel substrat préislamique.

L'Adoption de la Métrique Arabe en Perse

Les invasions arabes du VIIe siècle, accompagnées de l'islamisation et de la diffusion de l'alphabet arabe, ont profondément transformé le paysage culturel iranien. La tradition poétique du moyen-perse et sa métrique syllabo-accentuelle ont été rapidement supplantées par la métrique arabe quantitative, dite « ẖalīlienne ». La métrique du « nouveau persan » (fārsī, pārsī ou darī) illustre ainsi l'adaptation de l'arūḍ à une langue vernaculaire. Cette adaptation soulève des questions quant au transfert de structures d'une langue sémitique à une langue indo-européenne et interroge l'existence d'un substrat iranien plus ancien réinterprété par la métrique arabe.

Défis et Adaptations Phonétiques

La langue persane, de nature indo-européenne, se distingue de l'arabe par ses caractéristiques linguistiques, notamment sa phonétique. Le persan possède un système vocalique spécifique et des configurations syllabiques uniques, engendrant des phénomènes absents de l'arabe classique. Si certaines différences phonétiques n'affectent pas les règles métriques, d'autres nécessitent une réadaptation des conventions ẖalīliennes. Par exemple, les syllabes fermées par des groupes consonantiques (CVCC), inexistantes en arabe, sont courantes en persan. Pour les intégrer au système métrique, les poéticiens persans ont introduit la notion de syllabe « surlongue » (kešīde : (− ∪)), analysée comme une syllabe longue (-) suivie d'une brève (∪).

L'Importance de la Phonographématique

L'alphabet arabe, utilisé pour écrire le persan, omet des signes essentiels à la prononciation correcte, notamment les voyelles. Kouloughli souligne que l'écriture arabe exige des compétences de déchiffrement particulières, renvoyant de nombreuses lectures au jugement du locuteur. Une analyse « phonographématique » du persan, établissant des correspondances fixes entre graphie et phonétique, permettrait de résoudre les ambiguïtés et de clarifier l'adoption de la métrique ẖalīlienne.

Particularités Phonétiques et Métriques

Bien que certaines consonnes emphatiques arabes (ﺹ / ﺽ / ﻁ / ﻅ) apparaissent dans l'écriture persane, elles ne se distinguent pas de leurs pendants non emphatiques dans la prononciation (ﺱ / د / ت / ز). De même, le ṯā’ (ﺙ) est assimilé à un sīn (ﺱ), le ‘eyn (ﻉ) à un hamze (ﺀ), le ḥā’ (ﺡ) au hā’ (ﻩ), et la distinction entre qāf (ﻕ) et ġeyn (ﻍ) est floue. Cependant, ces différences n'ont pas de conséquence métrique, car toute consonne compte comme une lettre, servant de base aux unités métriques.

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Les Voyelles Persanes [o] et [e]

Ṭūsī mentionne deux voyelles persanes, [o] et [e] (ḥarakāt-e majhūle), inconnues de l'arabe littéraire. L'absence d'incidence métrique de ces voyelles est soulignée par le savant, indiquant que cette convention ne va pas de soi.

Digraphes et Nasalisation

Dans certains mots, le digraphe ﺨﻮ transcrit un phonème unique [ẖw], simplifié en [ẖ]. À l'époque préclassique, le persan a développé une nasalisation (ġonnat) des voyelles longues suivies d'un nūn (ﻦ). Bien que ce phénomène soit résiduel à l'époque classique, la convention métrique associée est restée en vigueur : la séquence [voyelle longue + nūn] compte comme une syllabe longue, contrairement aux autres séquences [voyelle longue + consonne] qui génèrent une syllabe surlongue.

Le Hā’ Final

En finale de mot, la lettre hā’ (ﻪ) a une double lecture. Précédée d'une voyelle, elle conserve sa valeur consonantique d'aspirée. Mais après une consonne non vocalisée, elle marque une voyelle ([a] en persan classique, [e] en persan moderne), vocalisant la consonne précédente.

Agencements Syllabiques et Équivalences Métriques

Le persan présente des agencements syllabiques particuliers, inconnus de l'arabe classique, en raison de l'absence d'i‘rāb et de voyelles brèves finales. La plupart des finales de mot ne sont pas vocalisées. Les configurations [voyelle longue + consonne] ou [voyelle brève + consonne + consonne] sont prises en compte, aboutissant à la notion de syllabe surlongue.

Amuïssement et Équivalence Métrique

Contrairement à l'arabe, le persan n'admet pas la succession de trois consonnes vocalisées en poésie (CVCVCV = ∪ ∪ ∪). L'amuïssement de la consonne intermédiaire (CVCVCV > CVCCV, soit ∪ ∪ ∪ > - ∪) est courant, à condition de ne pas entraîner d'ambiguïté lexicale ou métrique. Cette règle d'équivalence métrique permet de transformer deux syllabes brèves en une longue (∪∪ = -), sauf dans le premier pied du vers.

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Consonne Initiale et Syllabe Finale

Comme en arabe, le persan n'admet pas de consonne quiescente en début de séquence. La syllabe finale d'hémistiche est anceps, indifférente à la quantité et comptée longue. En pratique, on distingue deux variantes d'un même mètre selon que les vers s'achèvent sur une syllabe brève (allongée) ou longue, variantes que les poètes ne mélangent pas.

Gémination et Hamze

Rare dans les mots d'origine iranienne, la gémination (tašdīd) est considérée comme quasiment absente de la langue persane. Les métriciens classiques l'utilisent pour expliquer certains allongements dans le vers, en géminant la consonne suivant une syllabe brève finale de mot. Contrairement à l'arabe, le hamze est presque toujours facultatif en persan dans les mots à initiale vocalique, favorisant la lecture « liée » (vaṣl) pour sa « fluidité » stylistique (ravānī).

Variantes et Spécificités Métriques Persanes

L'adaptation de la métrique ẖalīlienne à la poésie persane se manifeste par des variantes compatibles avec la phonétique persane, une singularité dans l'usage des mètres et le développement de spécificités notables, comme le mètre épique mutaqārib et la variété de hazaj propre au robā‘ī.

Le Mètre Épique Mutaqārib

Le mètre épique motaqāreb, utilisé dans le Šāhnāme de Ferdowsī, témoigne d'une adaptation spécifique de la métrique arabe aux besoins de la poésie épique persane.

La Variété de Hazaj du Robā‘ī

La variété de hazaj propre au genre du robā‘ī représente une autre spécificité métrique persane, adaptée aux contraintes et aux particularités de cette forme poétique.

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