La naissance est un moment charnière, un rite de passage marqué par de nombreuses traditions. L'expulsion du fœtus, suivie de celle du placenta, marque une séparation physique entre la mère et l'enfant. Cette contribution se penche sur le devenir des matières issues de la délivrance, en particulier le placenta, à travers le prisme de l'anthropologie. Les pratiques médicales entourant l'accouchement en maternité et leur perception par les femmes sont également examinées.
Les « Compagnons du Fœtus » : Une Exploration Transdisciplinaire
Un colloque récent a mis en lumière l'importance matérielle et symbolique des « compagnons du fœtus », incluant le placenta, le cordon ombilical, les membranes et le liquide amniotique. Cet événement a réuni des chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) et des professionnels de santé afin d'explorer ces éléments sous différents angles : historique, anthropologique, sociologique, médical, biologique et juridique.
Des pratiques contemporaines telles que les bébés lotus (non-section du cordon ombilical), le don de sang de cordon et le recueil du liquide amniotique témoignent de l'intérêt actuel pour ces « compagnons du fœtus ». Ces pratiques suscitent à la fois des espoirs et des inquiétudes, et font écho à des traditions sociales et religieuses anciennes.
Représentations et Savoirs Autour des Annexes Fœtales
La littérature scientifique sur les annexes fœtales est vaste, mais souvent dispersée. Le placenta y occupe une place centrale, au détriment des autres « compagnons du fœtus ». Cependant, certaines études s'intéressent aux rites entourant le cordon ombilical ou les membranes.
Le placenta a été étudié sous différents angles : ses représentations, ses usages rituels, médicaux et pharmaceutiques, à travers les époques, de l'Antiquité au monde contemporain. L'anthropologie s'est emparée de cet objet d'étude, que ce soit en Europe ou dans d'autres régions du monde, comme la Polynésie, les Andes ou le Burkina Faso. Des biologistes se sont également intéressés au placenta, en le croisant avec la psychanalyse ou en l'intégrant dans une approche vulgarisée de l'embryologie. Plus récemment, des approches juridiques et éthiques ont émergé.
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Ce colloque ambitionne d’élargir la focale en intégrant l’ensemble des annexes fœtales, marquées par ce statut ambivalent, entre organes transitoires et fluides exceptionnels.
Un premier axe de recherche concerne les représentations visuelles ou littéraires de ces compagnons du fœtus, ainsi que les savoirs médicaux et biologiques qui leur sont associés depuis l'Antiquité. Bien qu'invisibles pendant la grossesse et évanescents à la naissance, ces éléments ont suscité des représentations variées au fil des siècles. De l'omphalos à la relique du saint nombril du Christ, en passant par les images du « fœtus au ballon », les annexes fœtales peuplent l'imaginaire de la vie prénatale et de la naissance. Elles éclairent également les processus de croissance et de développement du fœtus et font l'objet d'interprétations diverses au fil des avancées scientifiques.
Pratiques et Rituels Associés aux Annexes Fœtales
Au-delà des représentations et des savoirs, les compagnons du fœtus ont donné lieu à des pratiques diverses. Certaines sont nécessaires à la survie du nouveau-né, comme la ligature et la section du cordon ombilical. D'autres relèvent d'une pensée analogique, comme l'enterrement du placenta au pied d'un arbre, symbolisant le double de l'enfant.
Ces pratiques sont mises en œuvre par les professionnel·le·s de la naissance, mais aussi par les parents, les familles et les membres de la communauté. Elles ont parfois été critiquées lors de la médicalisation de la grossesse et de la naissance, mais ont également suscité des réélaborations inspirées de traditions parfois réinventées.
Enjeux Juridiques et Éthiques
Le placenta, le liquide amniotique et le cordon ombilical soulèvent des questions juridiques complexes concernant le statut de propriété, le consentement et les usages médicaux ou personnels de ces substances après la naissance. Les réglementations et les pratiques varient considérablement selon les pays.
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En France, le placenta et le cordon sont considérés comme des déchets hospitaliers, destinés à être incinérés ou utilisés à des fins médicales ou scientifiques. Aux États-Unis, la restitution du placenta aux familles est souvent autorisée, et la conservation privée du sang de cordon est encouragée par un marché en pleine expansion. Dans certains pays d'Afrique et d'Asie, le placenta conserve une forte valeur culturelle et est utilisé dans des rites religieux ou traditionnels, en dehors de tout encadrement administratif.
Le Placenta dans l'Histoire et les Traditions
Dans la France rurale d'autrefois, lorsque l'accouchement avait lieu à la maison, le placenta était traditionnellement enterré. Considéré comme le double symbolique de l'enfant, son ensevelissement était associé à un vœu concernant les qualités de l'enfant, exprimé par le choix de la plante ou de l'arbre planté sur le lieu d'ensevelissement. Cette tâche revenait souvent au père, qui participait ainsi activement à la naissance. Les usages en matière de placenta s'inscrivaient dans une répartition sexuée des tâches.
Le placenta était perçu comme l'ombre du nouveau-né, une trace de l'univers intra-utérin, renvoyée à la terre. Dans d'autres cultures, planter un arbre sur le placenta permettait de faire prendre racine à l'arbre, perçu comme une autre composante de l'identité.
Il existait également une coutume d'ingestion du placenta, destinée à restaurer les nutriments perdus par la mère pendant la grossesse. Cette pratique, courante au Moyen Âge, a été condamnée dès le XVIe siècle.
L'ensevelissement du placenta reposait sur une analogie entre l'avenir du nouveau-né et le devenir de cette substance, visualisée par la plante ou l'arbre se nourrissant de ses propriétés fertiles. Cet acte témoignait des liens persistants entre l'humain et son environnement physique.
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L'Évolution des Savoirs et des Pratiques Médicales
Les savoirs obstétricaux et les pratiques associées se sont progressivement élaborés et répandus. Les premiers traités d'obstétrique accordaient une attention particulière à la section du cordon ombilical et à la délivrance. Au XVIIIe siècle, ces écrits ont permis aux sages-femmes d'améliorer leur pratique, notamment en vérifiant que le placenta était sorti en entier.
L'importance de la dimension ontologique du placenta est confirmée par les savoirs médicaux actuels. Le placenta est considéré comme l'organe d'échanges entre la mère et le fœtus, une annexe temporaire destinée à protéger, nourrir et oxygéner l'embryon puis le fœtus. Il assure les échanges sanguins, gazeux, nutritifs et médicamenteux, joue un rôle hormonal et protecteur. Après l'expulsion du fœtus, le placenta est relégué à une réification exempte de dimension relationnelle.
L'Hospitalisation de la Naissance et ses Conséquences
L'hospitalisation de la naissance est un phénomène relativement récent. Elle a profondément transformé les relations humaines autour de la mère et du nouveau-né, tout en recréant un rite de passage, socialisant la séparation physique des corps et reconstituant une période de mise à l'écart avant la réintégration sociale.
De nos jours, dans un accouchement ordinaire, le placenta est expulsé spontanément environ vingt minutes après la naissance de l'enfant. Cependant, à l'hôpital, la délivrance est souvent guidée par la sage-femme.
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