Véritable lien vital entre la mère et le bébé, le placenta est un organe fascinant qui joue un rôle essentiel tout au long de la grossesse. Il assure les échanges nutritifs et gazeux indispensables au développement du fœtus et sécrète des hormones clés pour le maintien de la grossesse. Cet article explore en détail le rôle du placenta, les hormones qu'il libère, ainsi que les complications potentielles qui peuvent survenir.

Qu'est-ce que le placenta ?

Le placenta est un organe temporaire unique qui se forme chez la femme enceinte. Il constitue une unité d'échange entre la mère et le bébé, composé d'une partie embryonnaire (le trophoblaste) et d'une partie maternelle (l'endomètre). Le placenta, pesant environ 500 grammes, permet au fœtus de grandir pendant la grossesse. Les villosités qui le constituent, formant un réseau vasculaire d'artères et de veines, se rejoignent au niveau du cordon ombilical.

Quelques chiffres clés sur le placenta :

  • Diamètre : 15 à 20 cm
  • Surface d'échange : environ 14 m²
  • Longueur du réseau sanguin : 40 à 50 km

Formation du placenta

Le placenta commence à se former dès l'implantation de l'ovule fécondé dans l'utérus, un processus appelé nidation. Le trophoblaste, le tissu qui formera plus tard le fœtus, est à l'origine de la formation du placenta au cours des premières semaines de la grossesse.

Rôle du placenta pendant la grossesse

Le placenta est essentiel au bon déroulement de la grossesse. Il assure plusieurs fonctions vitales :

  • Échanges nutritifs et gazeux : Le placenta permet de maintenir le bébé en vie en assurant les échanges nutritifs et gazeux via le sang maternel. Il transmet l'oxygène, les nutriments, les protéines, les lipides, l'eau et les hormones nécessaires à la croissance de l'enfant via le cordon ombilical. C’est pourquoi on recommande aux femmes enceintes de ne pas consommer d’alcool durant leur grossesse et de ne jamais prendre de médicaments sans l’avis d’un professionnel de santé.
  • Sécrétion d'hormones : Le placenta maintient la grossesse grâce à la sécrétion d'hormones qui assurent le bon déroulement et le développement de la grossesse. Il produit de nombreuses hormones au cours de la grossesse, dont l’hormone de croissance placentaire et l'hormone lactogène placentaire, qui vise à préparer à la lactation. Il produit par ailleurs l'hormone chorionique gonadotrope, l’hormone placentaire qui permet de stopper les cycles menstruels de la femme enceinte. Enfin, le placenta va produire une quantité importante de progestérone pour éviter une naissance prématurée.
  • Filtration : Le placenta filtre les agressions extérieures (bactéries, virus, …). Le placenta reproduit le fonctionnement de certains organes non développés chez le fœtus jusqu’à ce qu’ils soient opérationnels. Pour la mère, le placenta prend la forme d’une barrière immunologique pour éviter que son système immunitaire ne considère le fœtus comme un corps étranger à combattre. Il élimine également les déchets organiques produits par le bébé (urine, dioxyde de carbone, …).

Le placenta sert également de barrière, bien que non parfaite, protégeant le fœtus de certaines substances nocives présentes dans le sang maternel. Cependant, certaines substances comme l'alcool peuvent traverser cette barrière et affecter le développement du fœtus.

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Hormones produites par le placenta

Le placenta est un véritable chef d'orchestre hormonal, sécrétant une variété d'hormones essentielles au maintien de la grossesse et au développement du fœtus. Parmi les principales hormones produites par le placenta, on retrouve :

  • Hormone chorionique gonadotrope (hCG) : La hCG est l'hormone de grossesse par excellence. Elle est secrétée par le syncytiotrophoblaste dès le 7ème jour après la fécondation, au moment de l’implantation. Ses concentrations augmentent progressivement, doublant environ toutes les 31 heures jusqu'à 8-10 semaines de gestation, puis diminuent au 3ème mois pour se stabiliser. L'hCG maintient le corps jaune, qui assure la sécrétion de progestérone ovarienne pendant les 6 premières semaines de la grossesse. C'est cette hormone que mesurent les tests de grossesse. Elle empêche la muqueuse utérine d'être éliminée afin que la femme n'ait pas ses règles. La hCG peut également affecter le système immunitaire, rendant plus vulnérable aux grippes et aux rhumes.
  • Hormone lactogène placentaire (HLP) : Également appelée hormone chorionique somatotrophique et mammotrophique humaine (HCS), elle est constituée d’une simple chaîne polypeptidique non glycosylée et présente une structure voisine de l’hormone de croissance hypophysaire. L’augmentation de sa sécrétion au cours de la grossesse suit l’évolution de la masse placentaire. Son rôle physiologique reste mal élucidé, mais elle aurait un rôle d’antagoniste de l’insuline sur le métabolisme maternel favorisant ainsi l’apport de nutriments au fœtus. L’HLP présente de nombreuses similitudes avec la prolactine, une autre hormone impliquée dans la lactation. L’HLP est responsable de la production du colostrum, le premier lait maternel extrêmement riche en graisse et en anticorps. Ce colostrum est le premier liquide qui sortira des seins de la maman. Il est extrêmement concentré en nutriments et en défenses immunitaires. De fait, une très faible quantité suffit à apporter au bébé toute l’énergie nécessaire à ses premières heures. L’HLP est responsable d’une plus grande résistance à l’insuline chez la future mère. Cela signifie que l’absorption du sucre se fait plus lentement, offrant ainsi une disponibilité prolongée du glucose au bébé. En contrepartie, la femme enceinte va utiliser les acides gras comme comme première source d’énergie afin de laisser le glucose disponible plus longtemps. En cas de grossesse multiple, les taux d’HLP sont généralement plus élevés. Cela s’explique assez naturellement par le fait que plusieurs foetus nécessitent d’être alimentés.
  • Hormone de croissance placentaire (GH) : En début de grossesse, la GH circulante chez la mère est d’origine hypophysaire. Après la première moitié de la grossesse, l’hormone placentaire remplace progressivement la GH hypophysaire qui devient indétectable. Son rôle reste mal connu.
  • Œstrogènes et progestérone : Les œstrogènes sont d’abord produites par les ovaires puis par le placenta. Elles aident à la croissance de l’utérus et au développement des organes du futur bébé. Ces hormones peuvent stimuler la production de mélanine, ce qui peut entraîner une sur-pigmentation et, par conséquent, l’apparition de taches sombres sur le visage. On appelle ce phénomène le masque de grossesse. On recommande donc aux femmes enceintes de se protéger fortement du soleil pendant toute leur grossesse. La progestérone joue un rôle crucial dans la préparation de l’utérus pendant la grossesse en épaississant les parois de l’utérus et en inhibant les contractions utérines jusqu’au moment de l’accouchement. À la toute fin de la grossesse, le taux de progestérone chute. Cela permet de libérer les récepteurs d’ocytocine afin que cette dernière puisse s’y déposer.
  • Relaxine : Comme son nom l’indique, la relaxine aide à détendre les muscles, les articulations mais aussi les ligaments en vue de l’accouchement. La relaxine modifie également la forme et la taille du col de l’utérus.

Complications possibles liées au placenta

Bien que le placenta soit essentiel à la grossesse, des complications peuvent survenir, mettant en danger la santé de la mère et du fœtus. Un suivi régulier pendant la grossesse est donc crucial pour détecter et gérer ces complications. Parmi les complications les plus fréquentes, on retrouve :

  • Décollement placentaire (ou trophoblastique) : C'est la complication la plus fréquente, touchant 15 à 20 % des grossesses. Il s'agit d'une perte d'adhésion d'une partie du placenta, créant un hématome. On parle de décollement placentaire à partir du 2ᵉ trimestre, et de décollement trophoblastique avant. Lorsque le décollement placentaire est limité, il peut compromettre l'apport de nutriments et d'oxygène au fœtus. Dans les cas les plus graves, la connexion placentaire est interrompue prématurément, mettant ainsi la vie du fœtus en danger.
  • Placenta praevia : Ce phénomène rare se caractérise par une mauvaise implantation du placenta dans l'utérus, recouvrant partiellement ou totalement l'ouverture cervicale. Les risques associés sont des complications lors de l'accouchement et un risque d'hémorragie important, pouvant nécessiter une césarienne.
  • Placenta accreta : Cette complication désigne la fusion ferme du placenta avec le muscle utérin. Bien que souvent sans impact sur la grossesse, le principal risque est une hémorragie vaginale au moment de la délivrance. Des facteurs prédisposants comme le placenta praevia ou une cicatrice utérine (césarienne antérieure) peuvent augmenter le risque.
  • Pré-éclampsie : Bien que n'étant pas directement une complication placentaire, la pré-éclampsie, qui survient généralement après la 20e semaine de gestation, est associée à un risque accru de problèmes placentaires.

Devenir du placenta après la grossesse

Après l'accouchement, le placenta est expulsé dans les 30 minutes suivantes, un processus appelé "délivrance". Un examen est systématiquement réalisé par le médecin ou la sage-femme pour contrôler l’expulsion complète du placenta et éviter tout risque d'infection. Le placenta est ensuite incinéré ou détruit, considéré comme un déchet par le corps de la femme.

Certaines femmes pratiquent la placentophagie, c'est-à-dire la consommation du placenta après l'accouchement, une pratique plus courante aux États-Unis. On lui attribue des bienfaits comme la lutte contre la dépression post-partum, la stimulation de la production de lait, le soulagement des douleurs liées à l'accouchement, l'amélioration de l'élasticité de la peau et le renforcement du lien mère-enfant. Cependant, aucune étude scientifique n'a prouvé ces bienfaits.

Les hormones de grossesse : un rôle fondamental

Dès les premiers jours de la grossesse, les hormones opèrent en secret afin de préparer le corps à cette grande transformation. Un bilan hormonal est d’ailleurs la méthode la plus sûre pour confirmer une grossesse. Les hormones jouent un rôle fondamental durant la grossesse, chacune ayant sa propre mission .

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Principales hormones de grossesse et leurs fonctions

  • hCG (Hormone Chorionique Gonadotrope) : Hormone produite uniquement durant la grossesse. Elle permet d’augmenter la production d’oestrogènes et de progestérone. L'HCG permet de prévenir le corps de ne plus produire d’ovaires, mais de concentrer son énergie sur la production d’oestrogènes et de progestérone, nécessaires à l’implantation de l’œuf dans l’utérus. De même, elle permet de maintenir en activité le corps jaune. Cette hormone peut être à l’origine de certains désagréments comme les nausées matinales et les éventuels vomissements des premières semaines de grossesse. La hCG peut également affecter le système immunitaire, rendant plus vulnérable aux grippes et aux rhumes. Sa production augmentera tout au long du premier trimestre jusqu’à diminuer vers la semaine 15. Généralement, la baisse d’hCG signe la fin des nausées chez les futures mamans. Le taux d’hCG fait partie des marqueurs sériques utilisés pour calculer le risque de trisomie 21, en combinaison avec l’âge maternel et le test de la clarté nucale.
    • Symptômes associés : Nausées matinales, éclat de grossesse (dû à la hausse de sécrétion du sébum).
    • Période de production : Premier trimestre de grossesse
  • Oestrogènes : Permettent la croissance de l’utérus, la croissance du placenta et aident la muqueuse à accueillir l’embryon. Elles contribuent à l'apport sanguin vers les seins et la zone pelvienne.
    • Symptômes associés : Peuvent être responsables des masques de grossesse, nausées matinales, changements d’humeur.
    • Période de production : Production élevée durant toute la grossesse puis taux qui chute rapidement après la naissance (baby blues).
  • Progestérone : Prépare la muqueuse utérine (endomètre) à recevoir l'ovule fécondé pour l'implantation. Maintient un environnement utérin sain pour le fœtus en croissance.
    • Symptômes associés : Brûlures d’estomac, inconfort digestif, saignements des gencives, fatigue, nausées, éclat de grossesse (du à la hausse de sécrétion du sébum), humeurs.
    • Période de production : Production élevée durant toute la grossesse puis taux qui chute rapidement après la naissance (baby blues).
  • Relaxine : Aide à détendre les muscles et les ligaments en vue de l’accouchement et modifie la forme et la taille du col de l’utérus.
    • Symptômes associés : Brûlures d’estomac, sensation de déséquilibre, douleurs dans la région pelvienne.
    • Période de production : Pic au 1er trimestre puis pendant l’accouchement.
  • HLP (hormone lactogène placentaire) : Participe à la croissance foetale, permet une insulinorésistance rendant le glucose plus longtemps disponible dans le sang et stimule la montée laiteuse (et la fabrication du colostrum).
    • Symptômes associés : Augmentation du volume des seins, diabète gestationnel.
    • Période de production : Apparition dès le 13e jour de la grossesse.
  • Ocytocine : L’ocytocine est surtout connue pour provoquer les contractions mais est essentielle durant toute la grossesse. Appelée l’hormone de l’amour, elle contribue à créer le lien d’attachement envers votre bébé. C’est une hormone qui s’auto-amplifie, il faut donc la chouchouter. Elle est sécrétée dans les moments heureux, lorsqu’on se sent en sécurité et apaisée.
  • Prolactine : La prolactine, comme son nom l’indique, est l’hormone clé de la lactation. Elle permet aux seins de se développer et de produire du lait. C’est la stimulation et l’extraction du lait qui va maintenir la fabrication. Grâce à cela, les femmes qui ne souhaitent pas allaiter ne produisent plus, l’allaitement cesse naturellement. En plus de son rôle dans l’allaitement, la prolactine est également l’hormone du maternage. Des chercheurs avancent l’hypothèse qu’elle pourrait influencer l’instinct de nidification, parfois observé par les femmes enceintes en fin de grossesse. La prolactine peut occasionnellement entraîner l’apparition de duvet de poils à des endroits inhabituels comme le visage ou le ventre. Si la maman allaite, les taux de prolactine resteront élevés après la naissance pour soutenir la production continue de lait.

Importance du dosage de l'hormone hCG

Le dosage de l'hormone béta-hCG, effectué dans un laboratoire, apparaît comme une option plus avantageuse parce que les résultats se révèlent plus fiables et plus précis. Ils sont disponibles dans les 24 à 48 heures. Le dosage sanguin possède en effet une meilleure valeur pronostique, il donne des résultats beaucoup plus justes et fins que le test urinaire. Il offre la possibilité d'estimer l'âge de la grossesse avec davantage de précision et de rapidité.

Le dosage sanguin facilite entre autres :

  • La détection d'une fausse-couche (dans ce cas, le taux d'hCG dégringole), une grossesse môlaire ou bien extra-utérine (appelée aussi nidation ectopique; le taux d'hCG stagne alors).
  • L'évaluation, entre la quinzième et la dix-septième semaine, du risque de trisomie 21; en tout début de grossesse, un taux élevé d'hCG fait suspecter une anomalie et peut conduire à la prescription d'une amniocentèse.
  • Le dépistage de certaines tumeurs, dans le cas où l'hormone hCG est secrétée de façon anormale, qui permet d'assurer sans délai le suivi thérapeutique.
  • La révélation de la possibilité de grossesses multiples; on constate que dans ce cas, le taux d'hCG a tendance à être plus élevé.

Interprétation des résultats du dosage béta-hCG

Hors grossesse, le taux d'hCG se situe à moins de 5 unités internationales/litre. Un résultat de dosage inférieur à 5 UI/l dans le sang et les urines élimine donc d'emblée le diagnostic de grossesse. L'hormone béta-hCG est détectable dans le sang maternel à compter du dixième jour environ de la phase post-ovulatoire. Le taux de sécrétion de l'hCG augmente à un rythme élevé entre la quatrième et la huitième semaine et son taux double toutes les 48 à 72 heures. Il atteint son maximum entre la sixième et la dixième semaine de grossesse. Puis, entre la quatorzième et la dix-huitième semaine, sa concentration chute progressivement et demeure en plateau - autour de 5000 UI/l - jusqu'à l'accouchement. L'hormone disparaît totalement dans les cinq jours qui suivent l'accouchement.

Lire aussi: Prise en charge de l'accreta placentaire

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