Le lait maternel, souvent qualifié d'or liquide, est l'aliment idéal et parfaitement adapté pour le nourrisson, préconisé pour son bon développement. Sa composition, loin d'être statique, est un exemple remarquable d'adaptabilité, évoluant pour répondre aux besoins spécifiques du bébé à différents stades de sa croissance et même en fonction de l'environnement. Cet article explore les multiples facettes de cette évolution, en détaillant les composants du lait maternel et les facteurs qui influencent sa composition.
Composition du Lait Maternel : Un Aperçu
Le lait maternel est un repas fait sur mesure pour la croissance et le développement du bébé, sûr, bourré d’anticorps et de nutriments. Chaque lait maternel est différent en fonction de la mère, tous sont spécifiquement fabriqués selon les besoins de notre bébé. Il est donc plein de bénéfices pour sa santé. Le composant principal du lait maternel est l'eau, représentant environ 87% de sa composition. Le lait maternel contient ensuite de nombreux nutriments, anticorps, vitamines, etc. Outre l'eau, il contient :
Des glucides : Principalement du lactose, un sucre essentiel pour la croissance de bébé, qui facilite le transit et apporte de l'énergie. Certains bébés sont intolérants au lactose car ils ne produisent pas assez de lactases, l’enzyme qui digère le lactose. Toutefois, une intolérance congénitale est extrêmement rare. L'intolérance au lactose n'a rien à voir avec l'allergie aux protéines de lait de vache (APLV), occasionnée par un trouble immunitaire.
Des lipides : Des graisses, incluant des acides gras essentiels comme les oméga 3 (Acide Docosahexaénoïque) et les oméga 6 (Acide Arachidonique).
Des protéines : Essentielles pour la croissance et le développement, particulièrement abondantes dans le colostrum. Elles ont pour rôle essentiel de faire grossir bébé. La teneur en protéines du lait maternel mature est remarquablement faible, entre 8 et 12 g/L, démontrant une excellente absorption et une parfaite adéquation du profil en acides aminés avec les besoins du nourrisson. Les protéines du lait maternel sont aussi très spécifiques ; les caséines, qui ne représentent que 40% des protéines du lait maternel (contre 80% dans le lait de vache) sont différentes : elles forment des micelles plus petites que celles du lait de vache. Les protéines qui ne précipitent pas avec les caséines, appelées protéines solubles, représentent 60% des protéines du lait maternel. Parmi les protéines solubles du lait maternel, certaines ont des rôles fonctionnels essentiels et que l’on ne retrouve pas dans le lait de vache commercialisé, comme les immunoglobulines, la lactoferrine, des enzymes, des facteurs de croissance.
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Des vitamines, des sels minéraux et des oligo-éléments : Notamment les vitamines A, D, E, C, B, ainsi que du magnésium, potassium, sodium et calcium.
Évolution du Lait Maternel : Les Différentes Phases
La composition du lait maternel évolue de manière significative au cours de l'allaitement, passant par différentes phases :
Le Colostrum : Qualifié de premier lait ou d’or jaune, le colostrum correspond aux premières gouttes de lait tétées par bébé juste après la naissance de bébé. C’est ce que les seins commencent à fabriquer dès la grossesse et que le bébé peut consommer les premiers jours de sa vie, et jusqu’à l’arrivée de la montée de lait. Épais et souvent de couleur jaune (bien que certaines mères puissent avoir un lait rougeâtre en raison de la présence de cellules des canaux lactifères), le colostrum est extrêmement riche en protéines, lipides et glucides, répondant parfaitement aux besoins immédiats du nouveau-né. Le colostrum va évidemment être riche en eau, en revanche, contrairement au lait définitif, il va être plus concentré en protéines. Ce sont des molécules qui nourrissent, qui apportent beaucoup d’énergie.
Le Lait de Transition : Quelques jours après l’accouchement, quand le colostrum finit par s’épuiser, le lait passe par une phase de transition, pour progressivement acquérir toutes les vertus nécessaires à bébé sur le long terme.
Le Lait Mature : Après une dizaine de jours, le lait maternel devient mature et sa composition reste relativement stable. Quelques légers changements peuvent néanmoins s’opérer, en fonction de ce que la mère mange ou des besoins de bébé. Il peut ainsi être plus ou moins liquide, ou changer d’aspect entre le début et la fin de la tétée, s’enrichissant en matières grasses au fur et à mesure que le sein se vide. La composition du lait mature est atteinte très rapidement, 4 à 5 jours après le début de l’allaitement. Le lait des femmes qui accouchent prématurément est plus riche en AGPI (Acides gras polyinsaturés), ce qui correspond aux besoins plus élevés des prématurés en ces AGPI pour la maturation cérébrale.
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Variations Journalières et Saisonnières
Le lait maternel change constamment ! Le lait maternel est différent selon les saisons. En été, le lait maternel est beaucoup plus riche en eau afin de satisfaire les besoins d'hydratation du bébé en période de chaleur. En revanche, en hiver, sa concentration en eau diminue tandis que sa teneur en graisses est beaucoup plus élevée.
Le lait maternel varie aussi en cours de journée, et même la nuit ! Le matin, il est plus riche en lactose. Vers midi, il est plus riche en lipides et en protéines. L'après-midi il contient plus d'oligosaccharides. La variation de ces proportions en cours de journée permet au bébé d'adapter instinctivement la fréquence et l'horaire de ses tétées en fonction de ses besoins.
Le Lait du Début et de la Fin de Tétée
Le lait de début de tétée est totalement différent du lait de fin de tétée ! En début de tétée, le lait maternel est riche en eau et en sels minéraux afin de désaltérer le bébé. A la fin de la tétée la concentration en lipides augmente beaucoup afin de procurer au bébé le sentiment de satiété, et lui apporter un certain nombre de calories. C'est ce qu'on appelle le « lait gras ». La richesse nutritionnelle de ce lait permet de mettre fin à la tétée. Le bébé, rassasié, lâche le sein ou s'endort. En cours de têtée, la composition du lait change et s’enrichit en graisses et en micelles de caséine.
Facteurs Influant sur la Composition du Lait Maternel
Plusieurs facteurs peuvent influencer la composition du lait maternel :
L'alimentation maternelle : L'alimentation de la mère joue un rôle crucial. Une étude a démontré que l’alimentation maternelle peut influer sur le profil des oligosaccharides du lait maternel (HMO). Les HMO sont des macromolécules complexes, qui représentent le troisième composant le plus abondant dans le lait après le lactose et la graisse. Les résultats démontrent que les spécificités du régime alimentaire maternel modifient les concentrations de HMO dans le lait, qui façonnent le microbiome fonctionnel du lait avant l’ingestion du nourrisson. La présence de certains HMO favorise la croissance de certains microbes dans le lait, qui passent ensuite au bébé et peuvent favoriser un développement sain. Il est suggéré que l’établissement d’un microbiome sain chez le le nourrisson influence la santé métabolique à vie.
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Le rythme circadien : La composition du lait maternel évolue en fonction du rythme circadien de la mère. Le maximum de mélatonine est présent aux alentours de 3h du matin, moment où l’enfant est censé dormir profondément. Le cortisol est à son maximum à environ 6h du matin, moment où l’enfant doit commencer (doucement) à se réveiller.
Le tire-allaitement : Le tire-allaitement s’est imposé comme une solution précieuse pour les mères qui concilient allaitement et reprise du travail. Mais cette pratique soulève une question légitime : tirer son lait modifie-t-il sa composition ? Par exemple, l’arrière-lait (le lait exprimé en fin de tétée) est bien plus riche en lipides que l’avant-lait, plus aqueux et riche en lactose. Bien que bénéfique, il peut entraîner de légères modifications de cette composition : teneur en graisses plus faible, perte de nutriments, ou altération du microbiome.
Les substances ingérées par la mère : Ce qui est vrai pour les polluants environnementaux, l’est aussi pour toutes les substances que la mère peut être amenée à ingérer : même pollué, le lait maternel reste le meilleur quand on prend en compte tous les bénéfices de l’allaitement et tous les risques des laits industriels. Pour ce qui est tout d’abord du tabac, il semble entraîner un sevrage plus rapide, de l’irritabilité chez le bébé, une moindre production de lait, un réflexe d’éjection moins bon. Une consommation d’alcool faible et occasionnelle est compatible avec l’allaitement. Par contre, consommé régulièrement à hautes doses, il peut entraîner : une consommation de lait abaissée (malgré des tétées plus nombreuses) et donc un gain de poids insuffisant, de la somnolence chez le bébé, un moins bon réflexe d’éjection, etc. En-dessous de cinq tasses de café par jour, la caféine ne cause pas de problèmes à la plupart des femmes allaitantes et leurs bébés.
Idées reçues sur le lait maternel
Commençons par affirmer haut et fort que le « mauvais » lait, ça n’existe pas ! La seule contre-indication totale et définitive à l’allaitement, c’est la galactosémie congénitale, une maladie très rare où le bébé manque d’une enzyme nécessaire au métabolisme du galactose, un composé du lactose, sucre du lait. Ce n’est évidemment pas le cas du lait maternel, qui change de goût au gré des variations de l’alimentation maternelle. On a longtemps enjoint aux femmes allaitantes d’éviter certains aliments qui « donnent du goût au lait ». On sait maintenant que tous les aliments donnent du goût au lait, un goût plus ou moins fort selon la quantité de principes volatils contenus dans l’aliment. On sait aussi qu’il apprécie ces goûts, même prononcés. On a par exemple demandé à des mères d’absorber des capsules d’ail. Sauf intolérance particulière du bébé (par exemple aux protéines du lait de vache), les mères allaitantes n’ont donc aucune raison d’éviter certains aliments. De même, il n’y a pas de raison pour se priver d’exercices physiques. Il y a quelques années, on a découvert qu’après des exercices intensifs, la teneur du lait maternel en acide lactique était augmentée, et que les bébés pouvaient moins bien l’accepter. Aussitôt on a enjoint aux femmes allaitantes d’attendre 90 minutes pour donner le sein après un exercice physique !
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