L'histoire du Dauphiné, région alpine située entre Grenoble et Vienne, est souvent rapidement survolée au profit de l'étude de la province du Dauphiné après son acquisition par le roi de France en 1349. Pourtant, la période des Dauphins indépendants, qui s'étend sur environ 350 ans, mérite une attention particulière. Cet article propose une exploration approfondie de l'histoire du Dauphiné, depuis ses origines jusqu'à son intégration au royaume de France, en mettant en lumière les événements clés, les figures marquantes et les spécificités qui ont façonné son identité.
Genèse et Formation du Dauphiné (XIe-XIIIe siècles)
Le nom même de Dauphiné n'apparaît qu'à la fin du XIIIe siècle. La genèse de cette principauté s'accomplit dès les premières décennies du XIe siècle, avec les sires de Vion, dans un espace profondément bouleversé depuis la fin de l’Antiquité et l’effacement de la Romania. Du Ve au Xe siècle, s’y succédèrent le royaume des Burgondes, puis avec l’affirmation décisive des initiatives septentrionales, celui des descendants de Clovis, et enfin des Carolingiens, à qui il revint de réunir l’héritage du passé romain et les acquis des temps nouveaux dans l’empire de Charlemagne.
Le vaste ensemble « bourguignon », à valeur stratégique évidente dans cette perspective, constitue l’un des éléments de la Lotharingie, du Zuyderzee à l’Italie, définie lors du partage de 843, qui dessina les lignes de force du monde médiéval et moderne en création. Devenu royaume de Provence en 879 au profit de Boson, premier souverain étranger à la descendance carolingienne, puis à partir de Rodolphe II et de son fils Conrad, royaume de Bourgogne, sous la protection et la tutelle impériale d’Otton le Grand, l’ensemble de la région devait bientôt connaître l’affermissement des pouvoirs locaux - ceux des châtelains - à la faveur de l’éclipse de toute autorité royale unitaire dans des temps profondément troublés.
Avant le XIe siècle, point de principauté. Le terme Dalphinatus (de dalphinus, « dauphin », surnom porté depuis 1133 par ses dynastes) n'apparaît qu'en 1293. Avant 1029, au cours de longs siècles d'incubation, les germes préhistoriques et protohistoriques ont donné naissance à des tribus comme les Caturiges, les Tricastins, les Allobroges, les Voconces, les Ségovellaunes, qui ont tôt joué un rôle dans les grands courants commerciaux et culturels empruntant le Sillon rhodanien ou les cols alpestres. Leurs divisions, source de faiblesse, attirèrent aussi sûrement que leurs routes l'attention des Romains.
La conquête du pays terminée, ceux-ci se gardèrent d'inclure leurs vaincus dans une même circonscription provinciale, et, au Ve siècle, le futur Dauphiné relève toujours de quatre provinces différentes. Toutefois, grâce à la colonisation, à l'urbanisation (Vienne), à l'essor des voies de communication, à la prospérité, à un même style de vie, à une culture et à une religion communes (en dernier lieu, le christianisme), l'appartenance romaine exerçait un effet unificateur. Sous les Burgondes (534), la latinité ne recule que lentement ; elle survit pendant les premières décennies de la domination franque, qui dura trois cent cinquante ans.
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En 1029, par concession de l'archevêque de Vienne, le comte d'Albon devient maître du sud du Viennois. Joint aux biens épars qu'il possède déjà jusqu'en Briançonnais, ce fief constitue le noyau, arrondi par sa dynastie et les deux suivantes, de la principauté « delphinale ». Parallèlement, en dépit des difficultés rencontrées à Embrun, à Grenoble et à Gap, villes épiscopales, des guerres soutenues contre la Savoie, d'une impécuniosité alarmante au XIVe siècle, le nouvel État s'organise.
Les trois « races » des « Dauphins », ainsi désignés à partir du XIIe siècle, appartenant aux Maisons d’Albon, de Bourgogne (1192-1282) et de La Tour du Pin, jusqu’en 1349, se livrèrent au gré de circonstances favorables guettées avec avidité et une volonté acharnée d’affirmation, à l’œuvre de rassemblement d’un espace étendu depuis le Viennois de la vallée du Rhône jusqu’aux montagnes du Briançonnais en passant par le Grésivaudan.
L'Apogée et les Défis de la Principauté Dauphinoise
L’analyse des forces du prince, seules garantes de durée, montre cependant au milieu du XIIIe siècle la fragilité de cette construction, en dépit d’atouts évidents - indépendance de fait à l’égard de l’Empire suzerain, ampleur du territoire et surtout souci de gestion rigoureuse, dont témoignent les enquêtes sur lesquelles repose notre information. Humbert II, qui sut doter son domaine d’institutions solides, imposer avec force son autorité et, en une période d’épanouissement des principautés dans l’ensemble de l’Occident, confirmer son statut princier par toute une série de mesures de prestige - création précoce d’une université à Grenoble en 1339, croisade en Orient - dut accepter l’échec de ses ambitions et de ses rêves.
Le Transport du Dauphiné à la France (1349)
Mais par le « Transport » de 1349 à la couronne de France, Humbert II parvint au prix de son sacrifice personnel, à sauver précisément son Dauphiné de toute fusion ou annexion à une principauté proche. Quand, en 1349, la couronne de France le rachète, il suffit à ses représentants, parmi lesquels se détache le dauphin (l'héritier au trône, par ordre de primogéniture, porte désormais le titre de dauphin), le futur Louis XI, de parfaire l'œuvre accomplie tant du point de vue territorial (annexion du Valentinois) que du point de vue administratif.
La couronne sut recueillir l’héritage sans rupture et sans le figer : ce fut elle qui dota le Dauphiné de deux institutions majeures, qui devaient resurgir en pleine lumière au moment de la Révolution : les États, voulus par Charles V, le premier dauphin royal, et le Parlement, l’un des premiers parlements provinciaux, établi en 1453 par Louis II, le futur roi Louis XI, alors résidant en sa principauté, dont il fit le banc d’essai de l’ordre monarchique qu’il entendait mettre en œuvre.
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L'Intégration Progressive au Royaume de France (XVIe-XVIIIe siècles)
A partir du début du 16e siècle commence la véritable intégration du Dauphiné au royaume de France. L’Ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose le français comme langue administrative aux dépens du latin et réforme la justice ecclésiastique n’est pas reçue en Dauphiné au nom même des particularités provinciales : le roi n’y est pas qualifié de « dauphin de Viennois ».
Dans la seconde moitié du 16e siècle, le Dauphiné est profondément bouleversé et ravagé par les Guerres de religion. Le triomphe de Lesdiguières est aussi celui de Grenoble qui s’impose définitivement comme une véritable capitale. Mais les injustices fiscales et les malheurs de la guerre sous-tendent une profonde tension sociale qui s’expriment dans un long procès porté jusqu’à la cour du roi, le « Procès des tailles ». A sa conclusion en 1634, une véritable révolution fiscale est introduite : la réalité des tailles. Elle fait désormais peser l’impôt non sur la qualité des personnes mais sur celle des biens possédés.
Avec la prise de pouvoir par Louis XIV en 1661, la cause est entendue ! Alors que François 1er devait encore compter avec les libertés du « Pays » de Dauphiné, Louis XIV en 1661 ne parle plus que de « sa » province sur laquelle l’autorité monarchique s’impose par l’intermédiaire des intendants. Ils sont à la fois l’œil du roi dans la province et les acteurs décisifs du développement économique et social.
Au 18e siècle, le Dauphiné participe au mouvement des Lumières. Rousseau est reçu triomphalement à Grenoble. Le mouvement s’exprime dans le développement de sociétés de culture, loges maçonniques et sociétés académiques. Les deux principaux foyers sont Valence et Grenoble qui rivalisent sur ce terrain comme elles l’ont fait depuis le 16e siècle pour l’institution universitaire. C’est aussi dans les revendications politiques à un pouvoir mieux partagé que s’exprime le mouvement des Lumières. La création en 1787 d’une Assemblée provinciale ne répond pas aux attentes des élites dauphinoises. Dernier défenseur des « Libertés delphinales » et garant du Statut delphinal, le parlement dénonce de plus en plus vivement les initiatives centralisatrices de la monarchie.
Le Dauphiné, Berceau de la Révolution Française
La Journée des Tuiles qui suit le 7 juin, puis l’Assemblée de Vizille en juillet marquent les débuts de la Révolution française. La Fédération de 1790 est la conséquence de la formation en France des municipalités et des gardes nationales au moment de la Grande Peur. Dans les villages et les villes se forment en juillet 1789 des gouvernements particuliers qui se substituent aux anciennes autorités.
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La Disparition de l'Identité Provinciale (XIXe-XXe siècles)
Au 19e siècle, la publication d’Almanachs départementaux d’abord, puis la création de sociétés culturelles nouvelles (Sociétés de statistiques dans la Drôme ou l’Isère, Société d’Etudes des Hautes-Alpes), marquent la volonté de rompre avec l’ancienne identité provinciale, quand d’autres tentent d’en perpétuer le souvenir avec la reconstitution de l’Académie Delphinale en 1842. Progressivement, l’identité territoriale de l’ancienne province s’étiole. Aux dépens du cadre historique du Dauphiné se développent d’autres espaces territoriaux. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec l’appui de Raoul Blanchard, s’esquisse une « Région des Alpes françaises », fondée sur le développement des industries hydroélectriques, et que le géographe qualifiait de « région électrogène ».
Héritage et Persistance du Dauphiné
Malgré sa disparition en tant qu'entité administrative en 1790, le Dauphiné continue de vivre dans la mémoire collective et dans certaines institutions. Le nom « Dauphiné » est toujours utilisé pour qualifier une vaste zone du département de l’Isère et d’autres départements voisins. De nombreuses traces de ce passé existent encore dans les régions et particulièrement à Grenoble. Elle correspond aux actuels départements de l'Isère et de la Drôme.
Points Importants
- Le Dauphiné est une zone géographique qui s'étend sur plus de six départements.
- Le nom du « Dauphiné » est utilisé par tous.
- Ce nom qui qualifie une immense zone du département de l’Isère est le fruit de plusieurs siècles d’histoire.
Le Dauphiné Libéré
Au cours d’une réunion à Méaudre dans le Vercors le 25 janvier 1944, qui donne lieu à la mise en place du "Comité Départemental de Libération Nationale", le problème de la presse est évoqué. La parution d’un groupe de quatre journaux est envisagée pour Grenoble et la région alpine, « Le Dauphiné Libéré » en fait partie pour le Mouvement de Libération Nationale (MLN). Le 22 août 1944, jour de la Libération de Grenoble, le MLN dont les cadres furent décimés par la déportation, l’emprisonnement et la mort, n’est pas en mesure de réaliser un journal.
Un accord est passé le 15 janvier 1945 avec le Front National de libération (mouvement de résistance antifasciste) afin de publier un journal en commun « Les Allobroges - Le Dauphiné Libéré ». Mais très vite, devant la position dominante du Front National, le MLN, sous la direction de Louis Richerot, souhaite posséder son propre titre. Les démêlés entre les dirigeants des deux titres se soldent par une scission qui donnera naissance à un nouveau journal indépendant. Sept résistants de la première heure préparent ce lancement en recrutant des représentants dans chaque département de la zone d’action et des correspondants. « Le Dauphiné Libéré » paraît le vendredi 7 septembre 1945 avec un éditorial intitulé "Le libre journal des hommes libres".
Le premier numéro est tiré, à Grenoble, à 100 000 exemplaires. Louis Richerot est le premier gérant de la société. Dès 1946, une édition dans le Vaucluse est lancée. « Le Dauphiné Libéré » devient l’unique quotidien des Alpes et de la Vallée du Rhône, la voie est libre pour poursuivre sa croissance. En 1947, la première édition du Critérium du Dauphiné Libéré est orchestrée par Georges Cazeneuve. Elle deviendra cette course mythique qui rassemble, chaque année, l’élite mondiale du sport cycliste. En 2005, le Critérium est l’une des épreuves officielles de l’UCI pro Tour. Le tirage du quotidien ne cesse de croître et atteint 200 000 exemplaires en 1950.
Il est alors troisième grand régional après Ouest France et Le Progrès. Le 8 mars 1953 paraît le premier "Dauphiné Libéré Dimanche". Le Dauphiné est en pleine expansion et lance "La Dernière Heure Lyonnaise" en 1955. Le 2 septembre 1956, c’est la naissance des pages couleurs du Dimanche, qui sont parmi les premières en Europe. De 1961 à 1963, les mouvements s’enchaînent : Rachat de "L’Echo de la Liberté" dans le Rhône, création d’une édition à Genève, rachat de "La Dépêche" dans la Loire et création d’une édition en Saône et Loire. Enfin, en septembre 1966, "Le Dauphiné Libéré" et "Le Progrès" signent un accord afin de rapprocher les deux titres et faire cesser une lutte sans merci. Ils rassemblent moyens techniques et ressources publicitaires. Le premier groupe de presse régional français est né.
L’arrivée en 1979 de Jean-Charles Lignel à la tête du Progrès, entraîne la rupture des accords entre "Le Dauphiné Libéré" et "Le Progrès" ; les deux titres reprennent leur indépendance. "Le Dauphiné Libéré" est racheté trois ans plus tard (1983) par Robert Hersant, patron de la Socpresse, puis c’est le tour du Progrès en 1986. Le supplément « TV Magazine » accompagne "Le Dauphiné Libéré Dimanche" à partir de 1987. Le 3 novembre 1988, une page de l’histoire du Dauphiné Libéré se tourne avec le décès du fondateur du journal, Louis Richerot à l’âge de 90 ans. En 1989, les "Editions Dauphiné Libéré" sont créées. Ce nouveau département a pour objectif de diversifier l'offre du Dauphiné Libéré au travers de magazines et d'ouvrages de qualité.
En 1993, les Editions Dauphiné Libéré lancent le trimestriel "Alpes Loisirs", magazine de territoire, à diffusion nationale, véritable guide des quatre saisons dans les Alpes. Puis en 1996, sort le premier numéro de la collection "Les Patrimoines" , des ouvrages publiés en collaboration avec le Musée Dauphinois, pour faire découvrir le patrimoine régional à travers ses villes, ses sites remarquables et ses personnages. Le supplément Version Femina accompagne à son tour en 1999 "Le Dauphiné Libéré Dimanche". En 2002, La commande de deux nouvelles rotatives GOSS est passée, celles-ci seront mises en service courant 2006. Le 22 juin 2004, Serge Dassault est élu président de la Socpresse (qui était jusque là le « groupe Hersant »).
